Pour une poignée de dollars.
    En ce moment, c'est la mode des retours tonitruants. Donc, après Tim Burton qui vient de se retrouver après s'être amusé avec des singes, des gros poissons et des usines à chocolat, ce sont les Coen Bros. qui arrivent, pleins de confiance. Eux aussi, on avait l'air de les avoir perdus, ces derniers temps : Intolérable Cruauté n'avait qu'un seul intérêt, et qui se résumait à trois mots (Catherine Zeta Jones), tandis que Ladykillers était... Bah, il était, et c'est déjà trop.
    Mais voilà, les deux frangins ont décidé de délaisser les comédies pures pour revenir du coté du film d'action époplégique1, et du thriller teinté d'une aura de western. Voici donc venir No Country For Old Men, et c'est juste prodigieux. Adapté d'un roman de Cormac McCarthy2, le film prend place à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. Llewelyn Moss, typique héros sudiste avec chemise à rayures et bottes en croco, tombe un beau jour sur plusieurs camionettes abandonnées dans le désert, entourées de cadavres. Non loin de là, une mallette noire, qui renferme pas moins de 2 millions de dollars. Il a compté les biftons.
    Et tandis qu'il ramène le bouzin chez lui, il va voir se mettre en place une immense machinerie, avec plusieurs engrenages : les mexicains, qui veulent récupérer leur argent, le shériff local qui tente tant bien que mal de comprendre la raison de ce massacre, et un tueur psychopathe qui cherche lui aussi la malette. La chasse à l'homme est lancée.

"You just have to call it."
    Procédons dans l'ordre : le premier atout de No Country For Old Men, c'est son casting. Les Frères Coen nous offrent un duo de héros absolument brillant, chacun à l'opposé de l'autre, mais très badass tous les deux. D'un coté, nous avons "le gentil", Llewelyn Moss, joué par Josh Brolin. J'ai connu ce monsieur avec le Grindhouse : Planet Terror de Rodriguez, où il campait le rôle de Doc Block, un docteur fou, violent et (tiens donc) psychopathe. Il y était extraordinaire, et il s'avère tout aussi bon en proie qu'en chasseur.
    Et puis, de l'autre coté nous avons le psychopathe dément, qui tue ses victimes par la pression pure délivrée par une bouteille d'oxygène, ou, si l'affaire est sérieuse, par un fusil à air comprimé. Un bon vivant, quoi. C'est Javier Bardem qui se charge d'interpréter ce charmant monsieur lancé aux trousses de Moss, et bon sang, ce mec est incroyable. Incroyable. Il faut dire, il a son physique avec lui : il a la tête du psychopathe. Il a aussi la voix du psychopathe. Ce râle d'outre-tombe, qui réveillerait non seulement les morts, mais aussi les fossiles et les dinosaures.
    Lorsque Anton Chigurh annonce "What's The Most You Ever Lost On A Coin-Toss ?", c'est le genre de phrases que l'on ne pourrait qu'écrire en italique et avec des majuscules à chaque mot, sous peine de les voir s'enfuir, parce qu'ils ne veulent rien avoir à faire avec cet homme-là.
    La quasi-totalité du film repose donc sur cette opposition entre les deux protagonistes, le traqueur et le traqué. Et les réalisateurs arrivent à y insuffler un tel rythme et une telle tension que le spectateur se prend au jeu et a peur en même temps que Llewelyn Moss de ce qui pourrait lui arriver. Heureusement, ce dernier est malin lui aussi, et ne va pas attendre de se faire cueillir... Un duo brillant, je vous disais.

Intuitions et interrogations.
    Au-delà de ces deux personnages, on trouve aussi Tommy Lee Jones en shériff dépassé par les évènements, et qui prend beaucoup moins part à l'action que l'on pouvait s'y attendre (mais bon, faut bien vendre le film). En fait, on le retrouvera surtout dans le dernier quart du film, que je trouve d'ailleurs un peu en-deçà du reste, parce que plus décousu. Le changement est en tout cas total, puisque l'intrigue se pose pour devenir ésotérique, presque contemplative.
    Le Premiere américain a d'ailleurs fait un très bon article sur cette fameuse dernière partie (à ne lire que si vous avez vu le film, donc), qui a beaucoup fait parler d'elle. Oh, pas parce qu'elle est particulièrement mauvaise ; seulement parce qu'elle est dure à comprendre. Je n'en dirai pas plus pour ne pas spoiler, mais en ce qui me concerne, ce ne sont pas tous les sous-entendus et les non-dits qui m'ont étonné (j'adore que l'on ne me dise pas tout, que l'on me laisse me faire ma propre idée sur ce qui vient de se passer), mais plutôt cette sensation que le fil narratif se délite, se cherche. Il faut dire, la décharge d'adrénaline est telle dans les scènes qui précédent que le contre-coup n'en est que plus marquant.
    Mais cela n'empêche pas le film d'être excellent dans sa globalité. Avec un univers sombre où des bruits communs résonnent comme des coups de tonnerre (il n'y a aucune musique pendant les deux heures), des héros avec du charisme à revendre, de l'action frénétique, une tension de tous les instants, une fin énigmatique et des dialogues dignes des frères Coen, on a ce qui sera très certainement l'un des meilleurs films de 2008. Décidément, l'année cinématographique commence bien.




1 : non, ça ne veut rien dire. J'avais juste envie de mettre ça là.
2 : dont je suis en train de lire le dernier bouquin, La Route, est qui est fantastique.