No Country For Old Men, de Joel & Ethan Coen
Par Anansi le dimanche 3 février 2008, 11:26 - Pellicule aviaire - Lien permanent

Oui, on va encore parler cinéma. Cette fois, c'est No Country For Old Men, ce sont les Frères Coen, et ça tue les ours. Alors, si vous voulez voir Josh Brolin traqué par un Javier Bardem qui tue des gens avec une bouteille d'oxygène, c'est par là.
Pour une poignée de dollars.
En ce moment, c'est la mode des retours tonitruants. Donc,
après Tim Burton qui vient de se retrouver après s'être amusé
avec des singes, des gros poissons et des usines à chocolat, ce sont les
Coen Bros. qui arrivent, pleins de confiance. Eux aussi, on avait
l'air de les avoir perdus, ces derniers temps : Intolérable Cruauté
n'avait qu'un seul intérêt, et qui se résumait à trois mots (Catherine
Zeta Jones), tandis que Ladykillers était... Bah, il était,
et c'est déjà trop.
Mais voilà, les deux frangins ont décidé de délaisser les
comédies pures pour revenir du coté du film d'action époplégique1,
et du thriller teinté d'une aura de western. Voici donc venir No Country
For Old Men, et c'est juste prodigieux. Adapté d'un roman de
Cormac McCarthy2, le film prend place à la
frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. Llewelyn Moss, typique héros
sudiste avec chemise à rayures et bottes en croco, tombe un beau jour sur
plusieurs camionettes abandonnées dans le désert, entourées de cadavres. Non
loin de là, une mallette noire, qui renferme pas moins de 2 millions de
dollars. Il a compté les biftons.
Et tandis qu'il ramène le bouzin chez lui, il va voir se
mettre en place une immense machinerie, avec plusieurs engrenages : les
mexicains, qui veulent récupérer leur argent, le shériff local qui tente tant
bien que mal de comprendre la raison de ce massacre, et un tueur psychopathe
qui cherche lui aussi la malette. La chasse à l'homme est lancée.
"You just have to call it."
Procédons dans l'ordre : le premier atout de No Country
For Old Men, c'est son casting. Les Frères Coen nous offrent un duo de
héros absolument brillant, chacun à l'opposé de l'autre, mais très
badass tous les deux. D'un coté, nous avons "le gentil", Llewelyn
Moss, joué par Josh Brolin. J'ai connu ce monsieur avec le
Grindhouse : Planet Terror de Rodriguez, où il
campait le rôle de Doc Block, un docteur fou, violent et (tiens donc)
psychopathe. Il y était extraordinaire, et il s'avère tout aussi bon en proie
qu'en chasseur.
Et puis, de l'autre coté nous avons le psychopathe dément,
qui tue ses victimes par la pression pure délivrée par une bouteille d'oxygène,
ou, si l'affaire est sérieuse, par un fusil à air comprimé. Un bon vivant,
quoi. C'est Javier Bardem qui se charge d'interpréter ce
charmant monsieur lancé aux trousses de Moss, et bon sang, ce mec est
incroyable. Incroyable. Il faut dire, il a son physique avec lui :
il a la tête du psychopathe. Il a aussi la voix du psychopathe. Ce râle
d'outre-tombe, qui réveillerait non seulement les morts, mais aussi les
fossiles et les dinosaures.
Lorsque Anton Chigurh annonce "What's The Most You Ever
Lost On A Coin-Toss ?", c'est le genre de phrases que l'on ne pourrait
qu'écrire en italique et avec des majuscules à chaque mot, sous peine de les
voir s'enfuir, parce qu'ils ne veulent rien avoir à faire avec cet
homme-là.
La quasi-totalité du film repose donc sur cette opposition
entre les deux protagonistes, le traqueur et le traqué. Et les réalisateurs
arrivent à y insuffler un tel rythme et une telle tension que le spectateur se
prend au jeu et a peur en même temps que Llewelyn Moss de ce qui pourrait lui
arriver. Heureusement, ce dernier est malin lui aussi, et ne va pas attendre de
se faire cueillir... Un duo brillant, je vous disais.
Intuitions et interrogations.
Au-delà de ces deux personnages, on trouve aussi
Tommy Lee Jones en shériff dépassé par les évènements, et qui
prend beaucoup moins part à l'action que l'on pouvait s'y attendre (mais bon,
faut bien vendre le film). En fait, on le retrouvera surtout dans le dernier
quart du film, que je trouve d'ailleurs un peu en-deçà du reste, parce que plus
décousu. Le changement est en tout cas total, puisque l'intrigue se pose pour
devenir ésotérique, presque contemplative.
Le Premiere américain a d'ailleurs fait un très bon
article sur cette fameuse dernière partie (à ne lire que si vous avez vu le
film, donc), qui a beaucoup fait parler d'elle. Oh, pas parce qu'elle est
particulièrement mauvaise ; seulement parce qu'elle est dure à comprendre. Je
n'en dirai pas plus pour ne pas spoiler, mais en ce qui me concerne, ce ne sont
pas tous les sous-entendus et les non-dits qui m'ont étonné (j'adore que l'on
ne me dise pas tout, que l'on me laisse me faire ma propre idée sur ce qui
vient de se passer), mais plutôt cette sensation que le fil narratif se délite,
se cherche. Il faut dire, la décharge d'adrénaline est telle dans les scènes
qui précédent que le contre-coup n'en est que plus marquant.
Mais cela n'empêche pas le film d'être excellent dans sa
globalité. Avec un univers sombre où des bruits communs résonnent comme des
coups de tonnerre (il n'y a aucune musique pendant les deux heures),
des héros avec du charisme à revendre, de l'action frénétique, une tension de
tous les instants, une fin énigmatique et des dialogues dignes des frères Coen,
on a ce qui sera très certainement l'un des meilleurs films de 2008.
Décidément, l'année cinématographique commence bien.
1 : non, ça ne veut rien dire. J'avais juste envie de mettre ça là.
2 : dont je suis en train de lire le dernier bouquin, La Route, est
qui est fantastique.


Commentaires
Entièrement d'accord ! Y a des moments de tension incroyable ! Pis on peut aussi parler du cadre de l'action avec tantot de grands espaces vides et désertiques et tantot des espaces confinés comme à l'hotel notamment. C'est vrai qu'aussi même si tout tourne autour de Brolin, y a pas vraiment de héros à proprement parler, ils sont un peu tous desespérés. L'humour noir aussi par moment est excellent, y a plein de mélange un peu western, un peu d'action pure... Dommage que la fin retombe, j'ai un peu laché prise dans la dernière séquence, mais allez-y ce film fait passer tout plein de choses au contraire d'un certain petit gaulois tout pas beau ennuyeux :p
Oh là là, les scènes du motel !
Euh... ben nous on venait d'aller voir Sweeney Todd la veille, donc quand on est retourné au cinéma, on a choisi "la chambre 1408" (bouh les pas beaux ^^) plutôt que "no country for old men", faut dire que l'affiche et le synopsis n'avait rien d'attrayant, et que j'avais jamais entendu parlé du film (ca nous excuse nan ? Bon tant pis ^^)
C'est clair que l'affiche off' française donne pas vraiment envie de voir le film... (Contrairement à celle que j'ai mis en première image de l'article, qui claque méchamment la race des caribous.) Enfin, en tout cas, vous savez ce que vous devez voir la prochaine fois
(et si vous le faites, je vous ordonne de
le voir en VO !)
Que dire d'autre à part : A VOIR!!!
Ok ne crions pas au chef d'oeuvre mais quand même! Plus qu'un bon moment bien mieux qu'un bouche trou dans une soirée PES, ce film est décapant!
Avec ces personnages extrêmes, une histoire qui bouge vraiment, un casting au poil et suffisamment d'hémoglobine (oui il le fallait! ^^) ce film vaut le détour!
En V.O OBLIGATOIREMENT pour la voix de "Javierrrrrrrrr" sortant tout droit des profondeur de la terre!
Simplement le besoin de revoir la scène finale, car je pense n'avoir pas su apprécier le message subtil qu'elle renferme (un grand moment nostalgique).
Merci messieurs Cohen!!!
(PS : Et monsieur Quick qui m'a parfaitement échauffé l'estomac avant ce film génial!)