"My arm is complete again !" : Sweeney Todd, de Tim Burton
Par Anansi le dimanche 27 janvier 2008, 16:45 - Pellicule aviaire - Lien permanent

Tim Burton, plus en forme que jamais, adapte une comédie musicale sanglante, avec tranchage de gorge et tourte de chair humaine à la clé. Un opéra cynique et grand-guignolesque, mais surtout furieusement jouissif.
"You sir ! What about a shave
?"
Ces derniers temps, on avait l'impression que Tim
Burton s'était assagi, et commençait à se reposer. Il faut l'avouer,
le Burton gothique et dérangé des débuts n'était pas franchement d'actualité :
La Planète des Singes était perfectible (au mieux), Big Fish
s'occupait lui aux rapports père-fils et à une triste introspection, et
Charlie et la Chocolaterie était certes bon mais trop aseptisé.
Un peu plus tard, Les Noces Funèbres inaugurèrent
un retour du Californien à ses premières amours, mais bon, c'était du numérique
quoi. Mais heureusement, le Tim Burton que l'on aime, celui qui dépeint des
univers trash et freaky avec une ironie criminelle, revient en force avec
l'énorme Sweeney Todd : The Demon Barber of Fleet Street.
Comme il sait si bien le faire, le réalisateur s'amuse à
méler l'humour et l'ignoble, tout cela baignant dans un grotesque qui ne lâche
pas le film durant ses 2 heures bien remplies. Ce n'est pas le papa Burton que
l'on a ici, mais le gamin un peu fou, qui nous conte des situations atroces
avec le sourire aux lèvres et les yeux qui brillent. Et nous, on admire.
"The Worst Pies in London."
Le scénario est très simple : Benjamin Barker est accusé
d'un crime qu'il n'a jamais commis, et reste emprisonné pendant 15 ans. A sa
libération, le monsieur est donc carrément sur les nerfs, et décide de tuer non
seulement ceux responsables de sa condamnation, mais aussi tous ceux qu'il va
croiser. Sweeney Todd, le Diabolique Barbier de Fleet Street, est né. Il sera
aidé dans sa tache par Mrs. Lovett, cuisinière en manque d'argent qui doit
confectionner des tourtes avec seulement de la pâte depuis des années. Parce
que la viande coûte cher. Mais justement, le duo fera coup double : Sweeney
tranchera la gorge des visiteurs de son salon de coiffure, et Mrs. Lovett
utilisera leur chair comme garniture. Have a little priest !
Pour incarner les deux héros de l'histoire, Tim Burton est
allé à l'évidence même : Johnny Depp avec qui il collabore
pour la sixième fois, et Helena Bonham Carter (Les Noces
Funèbres, Charlie et la Chocolaterie) qui n'est autre que sa
femme. Ils forment tous un triptyque absolument éblouissant, Depp et Carter
cavalant, dansant, chantant avec un naturel déconcertant dans leurs costumes
tellement superbes, devant la caméra d'un Tim Burton qui les connait par
coeur.
L'univers mis en place est également pour beaucoup dans
cette synergie, le baroque sanguinolant étant plus présent que jamais. Les rues
sont sales, la nuit est omniprésente, la poussière envahit le monde, et tout
est tellement gris... Oui, du grand, du très grand univers, créé par un Burton
vraiment inspiré et mis en forme par un Dante Ferreti qui n'a pas volé sa
nomination à l'Oscar de la meilleure direction artistique. De toutes façons,
quand on s'appelle Dante, on part forcément gagnant dans la vie.
Ce refrain qui te plait.
Ce Sweeney Todd nous permet en plus de constater
que, si Johnny Depp et Helena Bonham Carter sont doués pour jouer la comédie,
ils savent en plus très bien chanter. Parce que oui, ça chante. Ca chante
beaucoup, même. En effet, si vous avez fait un peu attention à ce que vous êtes
en train de lire, vous savez que ce film est l'adaptation d'une comédie
musicale de Broadway. Burton a respecté cela jusqu'au bout, et le résultat
tient finalement beaucoup plus d'un opéra filmé que d'un simple film : les
chansons et les musiques, signées Stephen Sondheim (le
créateur de la pièce originale), sont omniprésentes.
Et le résultat est divin, pour peu que ne l'on soit pas
réfractaire à l'idée que les personnages chantent beaucoup plus qu'ils ne
parlent. Un opéra baroque, bizarre et inquiétant, volontairement grandiloquent
et tonitruant par moment... On pourrait croire que l'intrigue en soit décousue,
mais finalement tout s'emboîte si bien que l'on ne peut qu'être captivé par
cette histoire macabre. (Au passage, respect à l'équipe qui s'est chargée des
sous-titres pour le cinéma, ils sont allés jusqu'à respecter les rimes.)
En clair, Sweeney Todd est une étape majeure dans
la filmographie de Tim Burton, celle d'un homme qui est plongé dans son
univers, sans que cela soit redondant avec ses oeuvres passées. En chantant
l'histoire de ce barbier meurtrier et son amie cuisinière de chair humaine, le
réalisateur ne fait certes qu'adapter un succès déjà bien installé, mais il le
fait en s'appropriant tellement ce monde qu'on le croirait fait pour lui. Et
surtout, on se rend compte qu'il peut faire absolument ce qu'il veut, sans que
quiconque puisse lui dire quoi faire. Ouaip, c'est définitivement l'un de mes
Burton préférés, à coté d'Ed Wood et Sleepy Hollow.


Commentaires
Alors là, que dire...
Premierement, je cours pas après les comédies musical, bien au contraire. Je suis même plutot récaltitrant au genre.
Deuxiemement, pour moi un film se doit de posséder un scenario, une realisation et un jeu d'acteur. Et ce dernier ne peut se faire sans un bon dialogue.
Alors, lorsque un certain canard m'a parler de Sweeney Todd, j'ai tout d'abord pensé : "Euh... oué oué ! ou pas.... je pense que j'aurais cours de tennis avec jambon en guise de raquette". Mais lorsque'il m'a dit que c'etait le dernier Tim Burton, alors là se fût different.
Je me suis dis que ça valais le coup de faire confiance à un tel génie (n'ayons pas peur des mots ^^)
Et quel ne fut pas ma surprise a la sortie de la seance en VO ... un pur bonheur... Pour tout dire j'ai eu peur au debut. Pas un mot, rien... ca commence cash par une chanson et puis s'en suis une autre... je me suis dis que j'allai mourir...
Mais c'est impressionant se qui se passe par la suite. Les parole, les musiques, les decors, le jeu des personnages (hauts en couleurs), vous fond chaviré. On fait une total abstraction des chanson en elle même et cela se transforme en un dialogue tout se qu'il y a de plus normal. Je suis rester bête ( et je le suis toujours ^^)
En resumé, c'est un chef d'oeuvre.
Croyais en un "komédimusicalophobe" en voie de guérison
Merci canard.
Merci pour ce témoignage, mon cher

N'empêche, je suis exactement dans le même cas que toi : les films musicaux m'ont toujours saoûlés. Je savais donc pas trop à quoi m'attendre avec ce Sweeney Todd, mais finalement le Burton m'a encore bluffé. Tout est tellement ignoble
C'est un vrai Tim Burton , glauque à souhaits avec toujours la même recherche dans les couleurs, les décors ... mais je sors de la salle de ciné avec une impression de oui mais bon !!!!
Je n'ai pas du tout été géné par les passages chantés, je trouve qu'il s'intégre tres bien au film, ils se substituent parfaitement à des dialogues classiques , mais à mon avis il manque un petit quelque chose pour que ce bon Burton soit un chef d'oeuvre comme edward aux mains d'argent