"It's all coming apart" : Control, de Anton Corbijn
Par Anansi le dimanche 20 janvier 2008, 11:24 - Canard sur canapé - Lien permanent

Dans ce film sorti au ciné le 26 septembre 2007, le célèbre photographe Anton Corbijn relate la vie dramatique de Ian Curtis, leader du groupe de rock mythique des années 70, Joy Division. L'histoire d'un homme déchiré entre raison et euphorie, écartelé par sa vie de famille, sa nouvelle célébrité et son amour pour une autre femme. Jusqu'à son suicide à 23 ans, à la veille de la première tournée américaine du groupe...
Heart-Shaped Box.
"Si je fais un film, je ne veux pas qu'il traite de la
musique. Ce sera différent. Si je veux être pris au sérieux, il ne faut pas que
je fasse un film lié à la musique." avait dit un jour Anton
Corbijn. Manque de bol, la tentation est trop forte, et il se lancera
quelques années plus tard dans la retranscription de la vie d'une des plus
grandes rock-stars qui soient : Ian Curtis.
Parce que depuis la fin des années 70, le réalisateur
hollandais baigne dans la musique, sous toutes les formes qu'elles soient.
Photographe mondialement reconnu, il est l'auteur de pratiquement toutes les
pochettes d'album de U2 et Depeche Mode, et il photographie les plus grands :
David Bowie, The Rolling Stones, Stevie Wonder, Nirvana, ou encore Arcade Fire.
Il réalisa en plus bon nombre de clips pour quelques grands noms du medium (la
musique, pas Madame Soleil), qui lui apportèrent amour, gloire et beauté. Ce
qui fait sa renommée, c'est un traitement en noir et blanc très contrasté, doux
et glacial à la fois.
Un procédé qu'il va garder pour son premier long-métrage,
Control, et qui correspond parfaitement à l'état d'esprit de Ian
Curtis. Un homme lunatique, traumatisé et psychologiquement torturé, qui
voulait simplement chanter, et cherchait tout sauf être une rock-star. Parce
que, si l'homme deviendra le leader de Joy Division, il était l'antithèse
totale d'un rockeur. Tavaillant à la Bourse du Travail, il était atteint
d'épilepsie, ce qui l'obligeait non seulement à subir un traitement draconique
à base de médicaments divers et variés, mais également à se coucher tôt et à ne
pas boire d'alcool. Pas vraiment l'idée que l'on peut se faire d'un héros
musical... Les crises d'épilepsie du chanteur en plein concert étaient
d'ailleurs courantes, et font clairement partie du mythe.
Love Will Tear Us Apart.
S'écoulant pendant une courte période de quatre ans,
Control débute alors que Ian Curtis (joué par le formidable
Sam Riley) a 19 ans, et vit dans un quartier paisible de
Manchester. Dans sa chambre, trônent fièrement des vynils de Iggy Pop ou les
Six Pistols, et sur les murs, des posters de David Bowie. En posant doucement
les bases de l'histoire, Anton Corbijn se fait plaisir, et sa passion pour sa
musique transpire sur la pellicule : les détails sont omniprésents, des petites
images de Bowie jusqu'au bout de papier pleurant la mort de Jim Morrison. Tout
est superbement traité.
L'un des éléments primordiaux de la vie du chanteur, et par
extension du film, est la rencontre avec Deborah "Debbie" Woodruff, qui
deviendra très peu de temps plus tard Mme Deborah Curtis. D'ailleurs, elle
écrira en 1995 le livre Touching From A Distance, qui revient sur
toute la vie de son mari... Livre duquel est adapté le film. Pratiquement en
même temps, Ian rejoint Bernard Albrecht, Peter Hook et Stephen Morris, pour
former son premier groupe de rock.
Au départ appelé Warsaw en hommage à la chanson
Warsawa de David Bowie, il devient le fameux groupe resté dans
l'histoire, Joy Division. Un nom que certains critiquèrent d'antisémite, car il
fait référence aux Divisions de la Joie, un groupe de femmes polonaises
utilisées par les nazis comme esclaves sexuelles. Et c'est là que tout
commence. Que le petit déclic - clic - survient. Sur scène, le jeune homme de
Manchester se métamorphosait, et muait en une sorte de bête glaciale et
desespérée, chantant sa musique du plus profond de ses tripes.
Unknown Pleasures.
Les scènes de concert, parsemant tout le film, sont
d'ailleurs magistralement filmées par Anton Corbijn. Alors que n'importe quel
autre réalisateur aurait cherché l'esbroufe et le grand spectacle pour
retranscrire le débordement d'énergie du chanteur, il va lui dans le sens
complètement opposé, en filmant avec une sobriété et un détachement paradoxal
et prodigieux. C'est également l'occasion de se rendre compte à quel point Sam
Riley, l'acteur interprétant Ian Curtis, est une veritable merveille et
reproduit à la perfection toute la folie perverse du chanteur de Joy Division,
avec ces fameuses gesticulations et mouvements de paupières fous. Il
est véritablement Ian Curtis, à un tel point que cela en est
destabilisant. Et pas seulement sur scène : petit à petit, l'acteur nous fait
rentrer de plus en plus dans le tourbillon qui emportait le chanteur, avec un
talent rarement vu.
Plus qu'un tourbillon, c'est un cyclone qu'avait créé la
rock-star : tiraillé entre sa nouvelle gloire, sa vie de famille et son amour
pour une autre femme, tous les éléments gravitaient constamment autour de lui,
rendant sa vie impossible. Tout était si simple, avant... Cet état
neurasthénique (si si, regardez dans le dico), Anton Corbijn arrive à nous le
faire ressentir avec une justesse folle, non seulement avec un noir et blanc
très mélancolique, mais également avec une mise en scène très classique, à la
limite du documentaire.
Certains considèreront cela comme un défaut, mais force est
de constater (ouais, c'est le paragraphe des phrases surpourries, faudra vous y
faire) que cela ne fait qu'ajouter un sentiment de dépression, de calme
tristesse, bouleversante et envoûtante. En tout cas, tout le monde s'accorde à
dire que la photographie est bien évidemment splendide, connaissant les
antécédents du réal' : certains plans et vues de caméra empruntent beaucoup
plus à la photo qu'au cinéma, pour un résultat qui tient du génie.
Ajoutez à cela une BO évidemment somptueuse avec du Joy
Division, David Bowie, Sex Pistols, Velvet Underground, ou encore des morceaux
spécialement composés par New Order (le nouveau groupe des membres de Joy
Division) et vous avez tous les éléments d'un petit bijou. Anton Corbijn et son
héros Sam Riley offrent donc un film qui va hanter les mémoires (la mienne, en
tout cas) pendant encore très longtemps, forgeant dans le fer une éprouvante
narration de la vie de ce poête maudit qui se voyait progressivement perdre
tout contrôle.

Argh, ce noir et blanc est sublime !


Commentaires
Il est vrai très bon film (la pizza était loin d'être mauvaise elle aussi soit dit en passant ^^)!
Je veux mourrir a 23 ans! Mais bon d'abord je veux être une rockstar et avoir des millions de groupies, des filles de jois assoifées de sexe!!! AHHHHHH
Quoi? C'est pas la lattre au père Noël ici? ^^
En tout cas film à voir, des plan magnifique, un noir et blanc parfait, et surtout un superbe drâme baignant dans notre bien aimé "Sex Drugs and Rock n' Roll"...
!!!FORMIDABLE!!!