Riiiiide the snaaaaaake...
La claque.
Le coup de poing dans le bide.
Le nirvana.
    Imaginez : nous sommes au Etats-Unis, down south. Everything is hotter. Vision parallèle de deux individus que tout oppose. D'un coté, une jeune fille a l'air névrosé et à l'allure provoc, considérée comme le déchet de la ville, parce qu'elle se trimbale une maladie encore incomprise : la nymphomanie. De l'autre coté, un vieux bluesman noir pieux qui tente de se remettre de sa séparation avec sa femme. Un soir, la première est abandonnée sur la route, inconsciente et au visage sanglant, et sera récupérée par le brave homme le lendemain. Il la soigne, et finira par la séquestrer et l'attacher à une chaîne en fer pour la guérir de ses pulsions.
    Et c'est le vrai début du film. Une oeuvre complétement sidérante, qui cache derrière son aspect dérangeant et impoli une véritable leçon sur la rédemption, sous toutes les formes qu'elles soient. Une réelle invitation à l'introspection, menée par un duo de personnages apparemment différents mais qui ont pourtant beaucoup de choses en commun : le manque de goût pour une vie qu'ils n'ont pas su mener comme ils l'auraient voulu.
    Que ce soit Christina Ricci (Sleepy Hollow, Monster) en lolita qui aurait bouffé Ian Curtis au petit dej', ou Samuel L. Jackson (que l'on n'avait pas vu aussi bon depuis Pulp Fiction) en homme cynique qui perd de plus en plus goût à la vie, le couple d'acteur principal est simplement prodigieux, livrant une incroyable prestation, rarement vue dans aucun autre film. Ces deux héros sont dirigés par un Craig Brewer qui s'amuse comme un gosse à déranger toute la mécanique qu'il met lui-même en place, ne se contentant pas de défiler tranquillement son script, préférant créer constamment des scènes inattendues.



    Ain't but one kind of blues. On savait de quoi le monsieur était capable avec son excellent Hustle & Flow, mais il se surpasse avec Black Snake Moan, et donne naissance à l'un des meilleurs films de ces dernières années. D'ailleurs, là où Hustle & Flow racontait la montée du héros dans le rap free-style après sa rencontre avec son ami ingénieur du son, Black Snake Moan est lui imprégné du sceau du blues, le vrai, le beau.
    Il est donc temps que je vous parle de ce qui fait vraiment de ce film est une perle, sans quoi il ne serait "que" très bon : la musique. Oh maman ! Véritablement construit comme un morceau de blues, le film entier ne vit que par les pulsations de la musique, qui la guide, la pousse. Je vous le dis d'emblée, la bande originale est ce qu'on a écouté de mieux depuis... Euh... Pulp Fiction, sûrement. Plusieurs scènes ne sont que musique, les personnages oubliant toute leur vie pour être tout entiers dévoués aux sons, guidés par les magnifiques hullulements d'une Gibson ES335 pourpre, chatouillée par Lazarus, ce vieil homme qui n'avait plus joué depuis des lustres.
    Quand Samuel L. Jackson - qui a appris à jouer de la guitare pendant des heures alors qu'il jouait ses précédents films, et chante vraiment dans le film - branche sa guitare à son ampli Peavey, et commence sa Complainte du Serpent Noir, alors que le tonnerre gronde dehors et que Christina Ricci l'admire, c'est à ce moment précis que le très bon film devient beaucoup plus. Une scène mythique. Pour tout vous dire, je suis encore en train d'écouter la BO (que je suis allé acheter ce matin dès que je me suis levé, après avoir loué le film hier soir) alors que j'écris cet article, et c'est juste jouissif.



    300 MPH Outpoor Blues. Le blues constitue donc le point d'inertie de tout le récit, les personnages tentant de l'utiliser pour fuir une condition difficile. Alors qu'on aurait pu s'attendre à une oeuvre sur la domination entre la belle détraquée à la sexualité maladive et le vieil homme cherchant à l'exorciser, Brewer détourne encore une fois les codes pour emmener ces protagonistes tournoyer ensemble autour du cyclone, le blues. Dans un sens, le film aurait pu être très proche de Hard Candy, avec son opposition constante dominant-dominé, avec cette fois l'érotisme provoc en prime. Mais en y intégrant une dimension humaine et un romantisme névrosé, le réalisateur l'éloigne complètement de tout ce qui se fait actuellement.
    Par beaucoup d'aspects, Black Snake Moan se rapproche pas mal de tous les films vintage : photographie typée 70's, affiches sales et déchirées, générique jaune criard intégré directement dans le film, bande-son hallucinante, héroïne ultra-sexy, violence... Autant d'éléments qui donnent une âme au film, comme on le retrouve avec peu de réalisateurs, Quentin Tarantino en tête. Ce film n'aurait d'ailleurs pas fait tâche dans Grindhouse, l'esprit étant relativement proche, même s'il n'a pas les délires de Death Proof - pour rester avec Tarantino - sur le traitement de l'image (ce qu'il compense par un vrai scénario, lui).
    Black Snake Moan fait donc partie de ces rares films à posséder une véritable aura, de ces oeuvres cultes, à des années-lumières de la production actuelle. Avec son air de film de genre impudique, Craig Brewer livre une fable moderne sur l'aliénation, à grands coups de personnages tous autant détraqués les uns que les autres menés par un couple d'acteurs prodigieux, et un bon paquet de scènes cultes. Et surtout, surtout, c'est la musique qui fait battre le coeur des héros, et elle seule devrait vous convaincre de voir le film.