De l'art d'être doué. "The America's favourite serial-killer is back"... C'est ce qu'annonçait Showtime, lors du retour en grande pompe de l'une de leur série phare, Dexter. Et effectivement, la première saison de Dexter a marqué les esprits comme peu d'autres, disposant aussitôt d'un capital fan énorme.
    L'une des raisons à cela, c'est bien sûr Michael C. Hall, qui est et restera un acteur prodigieux, je ne le dirai jamais assez. Se glissant sans aucun problème dans la peau d'un "gentil méchant", le bonhomme réussit à rendre avec une justesse sans pareille l'oxymore vivant que représente Dexter, ce criminologue qui sort la nuit pour assassiner les sérial-killers oubliés de la procédure.
    Malgré tout, la saison 1 bouclant plus ou moins la boucle après un season finale tonitruant, on se demandait bien ce que les auteurs pourraient bien imaginer pour une saison 2. Et évidemment, on redoute le syndrome Prison Break, où "la série qui ne devait pas durer mais qu'on fait continuer quand même parce que ça cartonne". Heureusement, il s'avère que Dexter apprend quelque chose à tout le monde : quand les auteurs sont excellents, une série ne dure jamais assez longtemps. Et hop, une rime en bonus, merci pour lui.
    Et en effet, si la première saison laissait peu de place à une suite directe, ne s'octroyant même pas les faveurs d'un bon vieux cliffhanger des familles dont toutes les autres familles raffolent, les auteurs sont parvenus à ouvrir un nouveau chapitre de la vie de leur héros. Tout cela sans que ça ne paraisse parachuté ou malvenu une seule seconde, ce qui se révèle carrément fort en chocolat. La classe, tout simplement.



    Panique à Dexter-City. Nous retrouvons Dexter exactement là où nous l'avions laissé à la fin de la saison 1. Alors qu'il est en train de préparer ses outils, il nous informe que "Tonight's the night. And It's going to happen again. Has to happen." Nous retrouvons donc immédiatemment ce qui a fait les qualités de la série : cette plongée dans les pensées du héros, toujours très logique, mais une logique biaisée, étrange. Ici l'émotion n'a pas sa place, sous peine de se voir éjecter par Sa Majesté l'Immoralité.
    Pourtant, un élément va venir gripper la machine, et va chambouler entièrement la vie du héros. Sans trop vous dévoiler le scénario, sachez que cette deuxième saison est placée sous le signe du doute. Constamment, Dexter va voir toutes ses bases s'effriter, depuis ses actions jusqu'à ses origines-mêmes.
    La naissance d'un "Dexter nouveau" en quelques sortes, ce qui serait assez chiant (et pas très original) dans l'absolu, mais qui devient excellent quand le héros est en combat perpétuel entre ce qu'il était et ce qu'il est devenu. La narration devient donc beaucoup plus psychologique, le spectateur s'identifiant à ce héros qui ne maitrise plus rien, lui qui était le pilier de sa propre vie. On s'énerve alors contre Dexter, on veut qu'il change, qu'il joue les règles de son propre jeu.
    Et croyez-moi, quand j'en suis venu à applaudir mon héros après qu'il ait fait totalement basculer certaines choses (non non, je vous dirai pas), je me suis rendu compte que, oui, Dexter est la plus grande série actuelle. Pour tout vous dire, je ne m'étais jamais autant identifié à un héros depuis le temps béni où je me farcissais quatre épisodes de Farscape par jour (sur les bons conseils de Rhum, merci camarade !).



    Un obscur héros. Là où la saison 1 opposait une forte dualité entre la moralité de la police, et la logique implacable et sans sentiments de Dexter, la saison 2 grimpe donc un cran au-dessus et insère ce combat dans le cerveau de son héros, pour le faire vaciller et lui faire perdre son statut de "l'homme invulnérable" qu'il semble être au début. Comme toutes les bonnes histoires sur les super-héros, le justicier masqué n'est pas toujours cette bête de justice, et doit vaincre ses propres démons avant d'exterminer les autres.
    Une idée du justicier que l'on retrouve d'ailleurs pour un épisode, où Dexter s'imagine en Dark Defender... Et ce n'est pas le seul surnom qu'aura le bonhomme, mais je n'en dirai pas plus, parce que les spoilers c'est moche et ça mange des bébés. En tout cas, l'un des autres éléments que j'adore dans cette saison 2, c'est que tous les fils lancés dans la première saison se relient, trouvent leur sens. En plus d'apporter de nombreux nouveaux éléments, cette deuxième partie est donc dans la continuité directe du premier acte, expliquant certains passages flous : pourquoi Harry a-t-il recueilli Dexter ? Pourquoi se faisait-il un devoir de lui inculquer tous ses codes ?
    Cette deuxième saison de Dexter tient donc toutes les promesses qu'elle a faite, c'est-à-dire garder ses qualités tout en renouvelant l'histoire du plus grand héros télévisuel actuel. Sorte de mélange improbable entre Batman et le Joker, Dexter gagne en profondeur et humanité, tout en gardant ce cynisme et ce détachement face à la réalité qui a fait sa force. Tout cela grâce - encore une fois - à un Michael C. Hall plus incroyable que jamais, cristallisant toutes les facettes de son personnage pour les recracher à la tronche du spectateur, émerveillé. Enfin, et pour clore cet article, je finirai par une citation du deuxième épisode, une interrogation du héros, allégorie-même de toute cette saison : "Where is the orderly, controled, effective, Dexter? How did I lose him? How do I find him again?"