"Requiem for a Demonic Dexter" : Dexter, saison 2
Par Anansi le vendredi 14 décembre 2007, 17:39 - Le coin-coin des séries - Lien permanent


De l'art
d'être doué. "The America's favourite serial-killer is
back"... C'est ce qu'annonçait Showtime, lors du retour en grande pompe de
l'une de leur série phare, Dexter. Et effectivement, la première
saison de Dexter a marqué les esprits comme peu d'autres, disposant
aussitôt d'un capital fan énorme.
L'une des raisons à cela, c'est bien sûr Michael C.
Hall, qui est et restera un acteur prodigieux, je ne le dirai jamais
assez. Se glissant sans aucun problème dans la peau d'un "gentil méchant", le
bonhomme réussit à rendre avec une justesse sans pareille l'oxymore vivant que
représente Dexter, ce criminologue qui sort la nuit pour assassiner les
sérial-killers oubliés de la procédure.
Malgré tout, la saison 1 bouclant plus ou moins la boucle
après un season finale tonitruant, on se demandait bien ce que les auteurs
pourraient bien imaginer pour une saison 2. Et évidemment, on redoute le
syndrome Prison Break, où "la série qui ne devait pas durer mais qu'on
fait continuer quand même parce que ça cartonne". Heureusement, il s'avère que
Dexter apprend quelque chose à tout le monde : quand les auteurs sont
excellents, une série ne dure jamais assez longtemps. Et hop, une rime en
bonus, merci pour lui.
Et en effet, si la première saison laissait peu de place à
une suite directe, ne s'octroyant même pas les faveurs d'un bon vieux
cliffhanger des familles dont toutes les autres familles raffolent, les auteurs
sont parvenus à ouvrir un nouveau chapitre de la vie de leur héros. Tout cela
sans que ça ne paraisse parachuté ou malvenu une seule seconde, ce qui se
révèle carrément fort en chocolat. La classe, tout simplement.

Panique à
Dexter-City. Nous retrouvons Dexter exactement là où nous
l'avions laissé à la fin de la saison 1. Alors qu'il est en train de préparer
ses outils, il nous informe que "Tonight's the night. And It's going to
happen again. Has to happen." Nous retrouvons donc immédiatemment ce qui a
fait les qualités de la série : cette plongée dans les pensées du héros,
toujours très logique, mais une logique biaisée, étrange. Ici l'émotion n'a pas
sa place, sous peine de se voir éjecter par Sa Majesté l'Immoralité.
Pourtant, un élément va venir gripper la machine, et va
chambouler entièrement la vie du héros. Sans trop vous dévoiler le scénario,
sachez que cette deuxième saison est placée sous le signe du doute.
Constamment, Dexter va voir toutes ses bases s'effriter, depuis ses actions
jusqu'à ses origines-mêmes.
La naissance d'un "Dexter nouveau" en quelques sortes, ce
qui serait assez chiant (et pas très original) dans l'absolu, mais qui devient
excellent quand le héros est en combat perpétuel entre ce qu'il était et ce
qu'il est devenu. La narration devient donc beaucoup plus psychologique, le
spectateur s'identifiant à ce héros qui ne maitrise plus rien, lui qui était le
pilier de sa propre vie. On s'énerve alors contre Dexter, on veut qu'il change,
qu'il joue les règles de son propre jeu.
Et croyez-moi, quand j'en suis venu à applaudir mon héros
après qu'il ait fait totalement basculer certaines choses (non non, je
vous dirai pas), je me suis rendu compte que, oui, Dexter est la plus
grande série actuelle. Pour tout vous dire, je ne m'étais jamais autant
identifié à un héros depuis le temps béni où je me farcissais quatre épisodes
de Farscape par jour (sur les bons conseils de Rhum, merci camarade !).

Un obscur
héros. Là où la saison 1 opposait une forte dualité entre la
moralité de la police, et la logique implacable et sans sentiments de Dexter,
la saison 2 grimpe donc un cran au-dessus et insère ce combat dans le cerveau
de son héros, pour le faire vaciller et lui faire perdre son statut de "l'homme
invulnérable" qu'il semble être au début. Comme toutes les bonnes histoires sur
les super-héros, le justicier masqué n'est pas toujours cette bête de justice,
et doit vaincre ses propres démons avant d'exterminer les autres.
Une idée du justicier que l'on retrouve d'ailleurs pour un
épisode, où Dexter s'imagine en Dark Defender... Et ce n'est pas le
seul surnom qu'aura le bonhomme, mais je n'en dirai pas plus, parce que les
spoilers c'est moche et ça mange des bébés. En tout cas, l'un des autres
éléments que j'adore dans cette saison 2, c'est que tous les fils lancés dans
la première saison se relient, trouvent leur sens. En plus d'apporter de
nombreux nouveaux éléments, cette deuxième partie est donc dans la continuité
directe du premier acte, expliquant certains passages flous : pourquoi Harry
a-t-il recueilli Dexter ? Pourquoi se faisait-il un devoir de lui inculquer
tous ses codes ?
Cette deuxième saison de Dexter tient donc toutes
les promesses qu'elle a faite, c'est-à-dire garder ses qualités tout en
renouvelant l'histoire du plus grand héros télévisuel actuel. Sorte de mélange
improbable entre Batman et le Joker, Dexter gagne en profondeur et humanité,
tout en gardant ce cynisme et ce détachement face à la réalité qui a fait sa
force. Tout cela grâce - encore une fois - à un Michael C.
Hall plus incroyable que jamais, cristallisant toutes les facettes de
son personnage pour les recracher à la tronche du spectateur, émerveillé.
Enfin, et pour clore cet article, je finirai par une citation du deuxième
épisode, une interrogation du héros, allégorie-même de toute cette saison :
"Where is the orderly, controled, effective, Dexter? How did I lose him?
How do I find him again?"

