Hank Hates Us All. Que Dieu bénisse l'Amérique. Alors, non, je ne me suis pas subitement transformé en Nicolas Sarkozy en train de bouffer du KFC devant un match de base-ball, mais c'est la première expression qui m'est venue lorsque j'ai regardé le premier épisode de Californication. Plus exactement, que Dieu bénisse Showtime, cette chaîne du cable américaine, dernière représentante avec HBO de ce que doit vraiment être la télévision.
    A son palmarès, citons Dead Like Me, les cultissimes Masters of Horror, The L Word, Stargate SG1 (de 1997 à 2002, avant que ce soit racheté par Sci-Fi), ou encore la géniale série comique Weeds (je ne m'étends pas sur celle-ci, une 'tite truite en parle beaucoup mieux que moi)... Sans oublier l'une des plus grandes séries de ces dernières années, Dexter (je vous parle bientôt de la saison 2, passionante et beaucoup plus psychologique que la première saison). Californication a elle été lancée en août 2007, et - je vous le dis d'entrée - elle est incroyable.
    Série comique avant tout (elle en possède d'ailleurs la durée : chaque épisode dure 30 minutes), elle représente un vrai mélange d'influences diverses, brassant de nombreux thèmes sans la moindre censure. Le scénario met en scène Hank Moody - joué par un David Duchovny proprement prodigieux -, écrivain quadragénaire en panne d'inspiration qui décide de quitter New-York pour rejoindre Los Angeles. Sarcastique, amoral, complètement déphasé, Hank passe alors son temps à sauter sur toutes les filles qui l'entourent, son seul raccord à une vie saine restant son ex-femme et sa fille.



    Des scènes cultes à la pelle. Autour de l'univers barge et défoncé de Hank, graviteront un certain nombre de personnages au moins aussi allumés que lui, à commencer par Mia, la fille du nouveau mari de son ex-femme (vous suivez ?). Mia est d'ailleurs jouée par Madeline Zima, que l'on connait déjà par son rôle de la toute petite Grace Sheffield dans la série Une Nounou d'Enfer, sur M6. Du coq à l'âne...
    Pour le coup, la série porte très bien son nom ; outre la référence évidente à l'album et la chanson des Red Hot Chili Peppers1, elle explique très bien que l'une des activités principales en Californie est la fornication. Et effectivement, le sexe est l'un des thèmes principaux de la série, et on le retrouve partout, tout le temps.
    Californication n'est donc pas une série à mettre entre toutes les mains, mais "les grandes personnes" seront écroulées de rire devant les situations, toujours très matures. Et puis il faut avouer que, après les amourettes à deux balles de Claire Bennet dans Heroes, ça fait plaisir de retrouver quelque chose d'adulte, de brut, sans aucune (mais alors aucune) concession.
    Mais, au-delà du sexe, la série est vraiment un vivier insondable de scènes toutes plus cultes les unes que les autres, parsemant tous les épisodes de cette première saison de 12 épisodes. Rien que la première scène du premier épisode vaut son pesant de cacahuètes vitriolées, faisant l'exploit de méler deux des plus importants sujet de censure aux Etats-Unis, la religion et le sexe. Je peux aussi citer la scène du cinéma qui vient un peu plus loin, mais vous le verrez par vous-mêmes quand elle sera diffusée sur M6 (parce que, oui, M6 en a acheté les droits, coiffant Canal sur le poteau) : le nombre de scènes mémorables que les auteurs arrivent à coincer dans une trentaine de minutes est impressionant.



    How to get LA'd. L'une des grandes forces de la série réside aussi dans toutes les références à la pop-culture qu'elle distille ci et là dans les épisodes, et qui font toujours un plaisir fou à retrouver. En particulier, la musique se retrouve très fréquemment, les auteurs possédant en plus de très bon goûts. Outre le titre-même de la série dont j'ai déjà parlé, on retrouve les RHCP avec la secrétaire complètement cintrée de l'agent de Hank, qui s'appelle Dani California ! Le titre du deuxième épisode, Hell-A Woman, rappelle lui l'album LA Woman des Doors, tandis que les Stones sont fréquemment évoqués...
    Le cinéma est lui aussi très présent, par de nombreux hommages, comme par exemple le titre du quatrième épisode, Fear and Loathing at the Fundraiser, faisant directement référence au Las Vegas Parano (Fear and Loathing in Las Vegas en VO) de Terry Gilliam. Mais les auteurs s'amusent aussi à le descendre en flêche, avec l'adaptation du livre de Hank. En effet, le livre God Hates Us All qui a valu sa renommée au héros s'est vu adapter au cinoche sous le gentillet titre A Crazy Little Thing Called Love (hop, référence à Queen ?), avec une affiche édulcorée surpourrie et pour les protagonistes principaux, Tom Cruise et Katie Holmes ! Enormissime, tout simplement.
    Décalée, sans complexe, trash, mature, hilarante, et passionante, Californication est donc un vrai bijou de comédie. Même si on pourrait regretter un scénario finalement anecdotique, la force de ses personnages la porte avec grâce dans la stratosphère des séries télé. Elle montre en plus que David Duchovny sait faire autre chose que traquer des aliens, et le rôle d'Hank Moody lui colle littéralement à la peau.
    Le plus beau dans l'histoire, c'est que, là où on pourrait croire que la série n'arrive à se démarquer que grâce à un héros qui se contente d'insulter tout le monde et sauter sur tout ce qui bouge, elle en prend finalement le contre-pied, en ayant la classe de forger un véritable héros des temps modernes, aux couches multiples et à géométrie variable. L'irrévérence vient en bonus, la cerise sur un succulent gateaux que l'on mange avec un plaisir coupable.



1 D'ailleurs, les mecs ont beaucoup moins la Rock 'n' Roll Attitioude qu'ils le prétendent, puisqu'ils viennent de porter plainte contre Showtime pour l'utilisation de leur titre... Ah non mais j'vous jure, la rebellion est bien révolue, les tatoués d'aujourd'hui sont des cravateux procéduriers.