The Future Ain't What It Used To Be. A l'époque où Beowulf avait été montré à la dernière Comic-Con, je vous avais déjà dit en détail pourquoi ce film était dans le peloton de tête des films que j'attendais le plus. Tout ça est normal : l'histoire ancestrale d'un héros tueur de monstre, l'adaptation d'un poème daté entre le Vème siècle et la fin du premier millénaire pour le grand écran par Roger Avary et surtout Neil Gaiman, tout cela orchestré par Roger Zemeckis à grand renfort de technologies hallucinantes...
    Les premières bandes annonces en avaient déjà mis plein la vue, montrant une Performance capture plus impressionnante que jamais. Pour expliquer en gros le principe de cette technique, cela consiste en équiper l'acteur d'une tenue munie de 72 points blancs, et placer aussi presque 200 petites sphères blanches sur son visage, tout cela formant des points de repère pour la numérisation en temps réel (j'adore, on croirait presque que j'y pane quelque chose).
    Puisque j'ai commencé sur la technique, parlons de la beauté du film... Et il y aurait beaucoup à dire, parce que, c'est juste superbissime. Avant tout, je précise que j'ai eu la chance de voir Beowulf en 3D, grace au Multiplexe de Nîmes qui avait organisé une "avant-première évènement" comme ils disent, mardi dernier... Et c'était juste à tomber par terre.
    Bon, évidemment, la 3D ne sert à rien si on est dyscropathe (à ne pas confondre avec la discopathie, pathologie visant à se prendre pour le chanteur de Boney M), et je ne vise personne en disant cela, hum. Les autres pourront en tout cas voir une technologie juste super au point, hallucinante de dynamisme. Mais, même sans la 3D, le tout doit sûrement être tout de même de toute beauté, avec ces visages hyper réalistes (même si ça manque encore de "vitalité"), ces éléments de décor criant de réalisme (oh maman, le feu !), et ces effets de lumières.

    Riders On The Storm. Enfin bref, je me doutais bien que j'allais avoir affaire à une belle image, étant donné que c'est l'un des arguments marketing phares du film, mais c'est finalement bien plus que ça. En cela, je remercie Zemeckis, qui a voulu aller à fond dans son idée, et offrir aux acteurs des modèles cinématiques photoréalistes.
    Des acteurs qui se débrouillent très bien d'ailleurs, en particulier Ray Winstone donnant un Beowulf charismatique, et Anthony Hopkins pour le Roi Hrothgar. Malgré tout, l'une des craintes que j'avais à propos de ce Beowulf, c'est d'avoir un peu le syndrome 300, c'est-à-dire une film hallucinant de beauté, et à l'ensemble très bon, mais sans histoire derrière pour donner de la consistence et du fond à l'ensemble. Et heureusement, ce n'est pas du tout le cas.
    Neil Gaiman (ce héros) et Roger Avary se sont occupés très tôt de transposer le poème original au grand écran, le premier script datant de 1997... Il aura donc fallu dix ans pour que les pages typographiées deviennent des personnages de chair et de pixel (ouarf, l'expression surpourrie). Pourtant, au départ, Zemeckis n'était pas emballé à l'idée d'adapter Beowulf... Jusqu'à ce qu'il découvre le scénario des deux auteurs. "Je leur ai demandé ce qui rendait cette adaptation si fascinante, alors que le poème était tellement ennuyeux à mes yeux. Ils m'ont alors expliqué que le texte original avait été écrit entre le sixième et le dixième siècle. Mais l'histoire en-elle même date des siècles précédents. L'art de l'écriture étant peu pratiqué à cette époque, seuls des moines érudits ont pu consigner ce texte. Nous supposons donc qu'ils ont énormément brodé autour de l'histoire originale. Neil et Roger ont dès lors interprété ce qui est "caché entre les lignes" du poème, retirant patiemment les vides scénaristiques et ajoutant des scènes que les moines ont pu escamoter à l'époque." [L'Ecran Fantastique, HS]

    You're Lost, Little Girl. Et effectivement, ceux qui ont lu un tant soit peu du Gaiman reconnaîtront par beaucoup d'éléments cette touche si particulière. Le début-même du film rappelle beaucoup de nouvelles de l'auteur, tandis que l'ambiance de tout le film est marqué du seau de l'auteur de American Gods, avec ces on-dits, ces parcelles de vies que l'on ne veut pas nous dévoiler, et qui hante les héros. L'auteur nous manipule, nous emmène là où il veut, et on le suit, tranquillement.
    Mais il n'a pas non plus été le seul à influer sur le déroulement de l'intrigue... Et justement, l'avantage est que Zemeckis a débuté comme scénariste, et il a donc pu participer à la rédaction du script avec les deux auteurs, ce qui donne un ensemble cohérent de bout en bout, en très étroite collaboration de chaque étape du process.
    Pour résumer, le script est très bon, rendant justice à l'oeuvre originale tout en paliant à ses défauts, et créant un fil conducteur absent dans le poème. C'est donc plaisant de voir que toute la débauche d'effets numériques, aussi impressionnante soit-elle, est avant tout là pour servir une histoire, une vraie légende. Je sens d'ailleurs que je vais bientôt craquer et m'offrir le script book, contenant le script de 1997, deux longs essais d'Avary, quelques pages du story-board, le shooting script de 2005, et un essai de Gaiman sur ce qu'est et n'est pas un script de film.
    Bon, alors, attendez... une Performance capture de folie. Check. Une qualité d'image à crever. Check. Mais on a quand même un script en béton pour un film de ce genre. Check. Ecrit par le co-scénariste de Pulp Fiction et Reservoir Dogs, et l'auteur aux 37 prix littéraires. Check. Bon, bah écoutez, je crois que j'ai tout fait. Si avec tout ça, je ne vous ai pas au moins intéressés à Beowulf, je ne sais vraiment pas quoi faire.


P.S : je sais, les intertitres n'ont rien à voir avec le texte. C'est ça d'écouter les Doors en écrivant un article.