Retour en arrière. KT Tunstall, je l'ai connue à Taratata, il y a... Boudi, un bon moment, genre plus de deux ans (après vérification, c'était le 1er juillet 2005). A l'époque, personne ne la connaissait, son album n'était pas encore sorti en France, et on voit se ramener une belle jeune fille avec sa grosse guitare étoilée... Premier bon point, elle était écossaise. Deuxième bon point, elle jouait seule sur scène, tous les effets étant effectués par sa "Wee Bastard", petite pédale permettant de répéter les passages qu'elle enregistre.
    Elle va y faire une splendide reprise de I Want You Back, et y chanter Black Horse and The Cherry Tree, magnifique chanson (enfin, que je trouvais magnifique jusqu'à ce que cette grognasse d'Alice ne nous lave le cerveau) limite hallucinogène qui parle d'un endroit où règnent un cerisier et un gros cheval noir, lequel la demande en mariage, mais non non non tu n'es pas celui qu'il me faut.
    Puis, quelques temps après sortait son premier album, Eye To The Telescope, pas forcément super concluant. En fait, c'est là qu'on rendait compte que la Kate, elle déchirait en live, elle se faisait plaisir, mais elle avait encore beaucoup de mal avec le studio. Résultat, des chansons molles, là où les versions live avaient la patate, et une voix posée qui se restreignaient carrément.
    Et justement, l'expérience studio avait été tellement destibilisante, que son deuxième album fut acoustique, enregistré à la bonne franquette en pleine tournée avec ces musiciens. Et bingo, Acoustic Extravaganza sortit, et là on retrouvait la KT Tunstall au sommet de son art. L'ambiance "bon les mecs, venez on fout le micro dans un coin et on joue" est juste géniale, donnant quelques chefs-d'oeuvre dont Ashes ("FUCK YOU little princess, you the hell d'you think you are ?"), Girl & The Ghost, ou encore Miniature Disasters, son meilleur morceau, qui s'offre un deuxième vie (et quelle vie) après la version studio.

    Une histoire de pêches. Bon, mine de rien, après cette intro qui m'a bouffé tout le premier tiers de mon article, il serait peut-être temps que je vous parle de Drastic Fantastic, le troisième album avec un titre aussi kitsch (et excellent) que sa jaquette. La galette commence avec Little Favours, version complètement transfigurée d'une chanson de son premier LP, jamais commercialisé (où elle chantait avec une sublime accent écossais). Et elle montre d'emblée la voie : des mélodies classes mais pas molles, une batterie puissante et une interprète qui se fait plaisir avec sa guitare et sa voix, qu'elle s'amuse à légèrement trafiquer.
    C'est d'ailleurs l'impression qui ressort de ce troisième album ; KT Tunstall maitrise maintenant vraiment bien le studio, et cela nous permet d'obtenir des expériences inédites, en travaillant les accords, la voix... White Bird est assez extraordinaire par exemple, avec une chanteuse posant douceureusement sa voix, comme si elle nous invitait à quelque chose de pas très sain.
    Funnyman, avec ses guitares électroacoustiques, est elle plus joyeuse mais, encore une fois, il y subsiste une ambiance particulière, chirurgicalement distillée par une voix magnifiquement travaillée. En tout cas, attendez-vous à avoir cette chanson dans la tête pendant un long moment, je vous préviens.
    Puis, Hold On arrive, et on arrive de plein pied dans la pop habitée chère à KT Tunstall. Mais, là où le premier album avait gêné par sa molesse et - quelque part - son manque d'expérience, Hold On tape elle en pleine dans le mille. C'est bien construit (l'intro où la miss s'amuse avec ses cordes est excellent), ça fout la pêche... En trois mots, ça fait plaisir.

    Ultime hybride. Et on continue dans la pop qui tue avec I Don't Want You Now, qui enfonce définitivement le clou, lorgnant carrément du coté de Blur (excusez du peu)... Les guitares s'amusent, les percus se déchainent, et au milieu l'écossaise a vraiment l'air de se régaler, si bien que je n'ai envie que d'une seule chose après l'avoir écoutée : la voir en live parce que, woaw, ça doit déchirer.
    Et puis, au fur et à mesure que l'on s'approche de la fin de l'album, c'est l'ambiance du début qui revient, cette sensation de beauté classe un peu ésotérique, comme par exemple avec Beauty Of Uncertainty, où la chanteuse prend une voix dont je ne la croyais même pas capable... Une voix rauque, grave. C'est dérangeant et beau à la fois, signe d'une grande maitrise.
    Bref, en deux mots comme en cents, voilà le premier vrai album studio de KT Tunstall. Elle a su éviter tous les écueils de sa première réalisation, et s'est servi de ses trouze-milliards de show et de l'expérience réussie de son deuxième album pour nous pondre le compromis parfait, comme si elle s'était échinée à réunir les ingrédients pour enfin cuisiner selon sa recette.
    L'hybride ultime, entre la puissance et l'élégance de son jeu sur scène, et toutes les opportunités offertes par l'enregistrement studio : les possibilités de création illimitées, les bidouillages, les modifications de la voix... Tout cela offre à Drastic Fantastic une ambiance sans pareille, et donne à une artiste les moyens de nous présenter concrètement son univers. Kate, I love you !