Drastic Fantastic, de KT Tunstall
Par Anansi le samedi 3 novembre 2007, 14:40 - Le canard et la musique - Lien permanent

Retour en
arrière. KT Tunstall, je l'ai connue à Taratata, il y a...
Boudi, un bon moment, genre plus de deux ans (après vérification, c'était le
1er juillet 2005). A l'époque, personne ne la connaissait, son album n'était
pas encore sorti en France, et on voit se ramener une belle jeune fille avec sa
grosse guitare étoilée... Premier bon point, elle était écossaise. Deuxième bon
point, elle jouait seule sur scène, tous les effets étant effectués par sa "Wee
Bastard", petite pédale permettant de répéter les passages qu'elle
enregistre.
Elle va y faire une splendide reprise de I Want You
Back, et y chanter Black Horse and The Cherry Tree, magnifique
chanson (enfin, que je trouvais magnifique jusqu'à ce que cette grognasse
d'Alice ne nous lave le cerveau) limite hallucinogène qui parle d'un endroit où
règnent un cerisier et un gros cheval noir, lequel la demande en mariage, mais
non non non tu n'es pas celui qu'il me faut.
Puis, quelques temps après sortait son premier album,
Eye To The Telescope, pas forcément super concluant. En fait, c'est là
qu'on rendait compte que la Kate, elle déchirait en live, elle
se faisait plaisir, mais elle avait encore beaucoup de mal avec le studio.
Résultat, des chansons molles, là où les versions live avaient la patate, et
une voix posée qui se restreignaient carrément.
Et justement, l'expérience studio avait été tellement
destibilisante, que son deuxième album fut acoustique, enregistré à la bonne
franquette en pleine tournée avec ces musiciens. Et bingo, Acoustic
Extravaganza sortit, et là on retrouvait la KT Tunstall
au sommet de son art. L'ambiance "bon les mecs, venez on fout le micro dans un
coin et on joue" est juste géniale, donnant quelques chefs-d'oeuvre dont
Ashes ("FUCK YOU little princess, you the hell d'you think you are
?"), Girl & The Ghost, ou encore Miniature
Disasters, son meilleur morceau, qui s'offre un deuxième vie (et quelle
vie) après la version studio.
Une
histoire de pêches. Bon, mine de rien, après cette intro qui
m'a bouffé tout le premier tiers de mon article, il serait peut-être temps que
je vous parle de Drastic Fantastic, le troisième album avec un titre
aussi kitsch (et excellent) que
sa jaquette. La galette commence avec Little Favours, version
complètement transfigurée d'une chanson de son premier LP, jamais commercialisé
(où elle chantait avec une sublime accent écossais). Et elle montre d'emblée la
voie : des mélodies classes mais pas molles, une batterie puissante et une
interprète qui se fait plaisir avec sa guitare et sa voix, qu'elle s'amuse à
légèrement trafiquer.
C'est d'ailleurs l'impression qui ressort de ce troisième
album ; KT Tunstall maitrise maintenant vraiment bien le
studio, et cela nous permet d'obtenir des expériences inédites, en travaillant
les accords, la voix... White Bird est assez extraordinaire par
exemple, avec une chanteuse posant douceureusement sa voix, comme si elle nous
invitait à quelque chose de pas très sain.
Funnyman, avec ses guitares électroacoustiques, est
elle plus joyeuse mais, encore une fois, il y subsiste une ambiance
particulière, chirurgicalement distillée par une voix magnifiquement
travaillée. En tout cas, attendez-vous à avoir cette chanson dans la tête
pendant un long moment, je vous préviens.
Puis, Hold On arrive, et on arrive de plein pied
dans la pop habitée chère à KT Tunstall. Mais, là où le
premier album avait gêné par sa molesse et - quelque part - son manque
d'expérience, Hold On tape elle en pleine dans le mille. C'est bien
construit (l'intro où la miss s'amuse avec ses cordes est excellent), ça fout
la pêche... En trois mots, ça fait plaisir.
Ultime
hybride. Et on continue dans la pop qui tue avec I Don't
Want You Now, qui enfonce définitivement le clou, lorgnant carrément du
coté de Blur (excusez du peu)... Les guitares s'amusent, les percus se
déchainent, et au milieu l'écossaise a vraiment l'air de se régaler, si bien
que je n'ai envie que d'une seule chose après l'avoir écoutée : la voir en live
parce que, woaw, ça doit déchirer.
Et puis, au fur et à mesure que l'on s'approche de la fin de
l'album, c'est l'ambiance du début qui revient, cette sensation de beauté
classe un peu ésotérique, comme par exemple avec Beauty Of
Uncertainty, où la chanteuse prend une voix dont je ne la croyais même pas
capable... Une voix rauque, grave. C'est dérangeant et beau à la fois, signe
d'une grande maitrise.
Bref, en deux mots comme en cents, voilà le premier vrai
album studio de KT Tunstall. Elle a su éviter tous les écueils
de sa première réalisation, et s'est servi de ses trouze-milliards de show et
de l'expérience réussie de son deuxième album pour nous pondre le compromis
parfait, comme si elle s'était échinée à réunir les ingrédients pour enfin
cuisiner selon sa recette.
L'hybride ultime, entre la puissance et l'élégance de son
jeu sur scène, et toutes les opportunités offertes par l'enregistrement studio
: les possibilités de création illimitées, les bidouillages, les modifications
de la voix... Tout cela offre à Drastic Fantastic une ambiance sans
pareille, et donne à une artiste les moyens de nous présenter concrètement son
univers. Kate, I love you !

