Nous sommes en 1602, en Angleterre. Le climat inhabituel et agité ne présage rien de bon. La Reine Elizabeth est malade, et son docteur et magicien Stephen Strange n'a pas l'air de pouvoir y faire grand chose. Le plus grand espion de la Reine, Sir Nicholas Fury, dejoue une tentative d'assassinat sur Elizabeth, perpétrée par un homme ailé engagé par le Comte Otto Von Fatalis.
    Et au milieu de ce maëlstrom naissant, l'Inquisition gronde, traquant les "prodiges", des êtres dotés de pouvoirs extraordinaires. La fin du monde est proche. Et quel est le rôle de la jeune Virginia Dare, première personne d'origine britannique à naître sur le territoire américain ?
    Voilà le scénario de Marvel 1602, l'une des rares collaborations entre Neil Gaiman et l'univers de Marvel. Hé oui, tout fan qui se respecte pense immédiatement à Sandman lorsque l'on évoque un comics de l'anglais, mais ce n'est pas tout, et cette série, publiée en 2004 (2006 pour la première fois en France), est là pour le prouver.
    On sent néanmoins la volonté toujours présente d'innover, de créer quelque chose de nouveau avec un sujet ultra-connu, pour créer une histoire solide et une mythologie. L'idée est donc de transposer les héros de la Marvel au début du XVIIè siècle anglais, au début de la conquête du Nouveau-Monde. Tout le monde est là : les Quatre Fantastiques, Daredevil, Peter Parker (qui s'appelle ici Peter Parquagh), les X-Men avec Carlos Javier à leur tête (ok ?), Hulk, Captain America...



    Tous ces héros se voient donc évoluer dans cette époque si particulière, un monde de sorcellerie, de science, de conquête et chasse aux sorcières. En bref, l'idée est géniale et l'intrigue dantesque, mais comment pouvait-il en être autrement lorsque Neil Gaiman est l'auteur ? (quoi ? Comment ça, je suis tout sauf objectif ? Bah ouais, faut croire.)
    Au fil des 8 chapitres de 32 pages composant cette maxi-série, on se délecte de voir nos super-héros si connus jouer un rôle dans un contexte tout sauf contemporain, et évoluer avec de vraies figures historiques. Comme toujours, Gaiman adore mélanger les réalités, et faire cohabiter le réel et le fantastique, l'historique et le mythologique. Virginia Dare, par exemple, a vraiment existée et a donnée son nom à l'état de Virginie. Aussi, la couverture même du bouquin rappelle furieusement la peinture de la Conspiration de Guy Fawkes, qui eut lieu en 1605...
    Les dessins d'ailleurs, parlons-en tiens. En premier lieu, je peux dire que ceux qui ont du mal avec le graphisme un peu vieillot de Sandman seront ravis : le dessin est ici magnifique en toutes circonstances. Andy Kubert - dessinateur de grands comics dont Les Origines, Thor, X-Men... - a vraiment un crayonné fin et précis. La mise en couleur de Richard Isanove est tout aussi belle, même si le fait que tout ait été fait par ordinateur puisse parfois un peu coté "froid" au dessin. Malgré tout, les couleurs sont toujours chatoyantes, et le graphisme n'en est que plus beau.



    Il faut aussi préciser (beh oui, il faut, sinon où va le monde ?) que l'édition de Panini Comics y est pour beaucoup dans le plaisir de la lecture... Déjà disponible depuis juin 2006 sous la forme de deux tomes réunissant chacun 4 chapitres, cette réédition sous la collection Marvel Deluxe comprend tous les chapitres, dans un bouquin relié avec des pages d'une qualité de dingue.
    A cela, il faut ajouter des croquis préparatoires, des couvertures alternatives, une chronique de Peter Sanderson (un critique de comics super connu, il parait), une post-face de Neil Gaiman... Une édition de folie, je vous dis.
    En gros, cette première collaboration entre Gaiman et la Marvel avait fait beaucoup de bruit, et ce n'est pas sans raison. Fidèle à lui-même, le bonhomme a cherché à émerveiller, créer un monde de toutes pièces. L'ambiance cérébrale et onirique de Sandman laisse ici la place aux intrigues et au sauvetage du monde par des super-héros, et pourtant la patte de l'auteur est toujours là, se renouvelant sans se trahir.
    Mais tout le monde ne va pas forcément aimer, Gaiman le dit lui-même dans la post-face : "Les lecteurs l'ont acheté, en ont parlé. La plupart ont aimé. D'autres pas, et ceux qui n'aimaient pas n'aimaient vraiment pas. Des deux cotés, on est tombés d'accord sur le fait que ça n'avait rien à voir avec du Sandman, et ça m'a plutôt rassuré, car j'avais fait tout mon possible pour ne pas écrire du Sandman".