Terry Pratchett's Hogfather, de Vadim Jean
Par Anansi le samedi 29 septembre 2007, 11:55 - Canard sur canapé - Lien permanent

C'est en décembre 2006 que fut diffusé à la télé anglaise l'adaptation de Hogfather, le vingtième tome du Disque-Monde de Terry Pratchett... Alors que le DVD est disponible en Z2 anglaise depuis avril dernier, je viens de le regarder, et c'est fantastique. Trois heures de bonheur en charette.
Ils ont
pas de pétrole, mais ils ont des idées. En ce moment, c'est la fête au Disque-Monde. Histoire
d'enfoncer le clou jusqu'au coude (si si), j'enchaine directement avec
Hogfather... Mais avant, petit retour dans le temps si vous le voulez
bien. Pour Terry Pratchett, toute idée de film sur le
Disque-Monde a toujours été à écarter : oh, il y avait bien eu une
tentative pour faire Mortimer (Mort en VO) mais le projet a
vite été tué dans l'oeuf. Et puis, finalement, l'écriture de
Pratchett est si visuelle qu'elle n'a pas besoin d'un
film.
Mais voilà qu'un beau jour de Printemps, le producteur
Rod Brown et le réalisateur Vadim Jean (dont
le précédent film a le titre d'une maison de passe : Leon the Pig
Farmer) se pointent chez Sky One, une chaine du cable anglais, est
affirment qu'ils veulent adapter le vingtième tome des Annales du
Disque-Monde, Hogfather (Le Père Porcher). Et la
diffusion se fera les 17 et 18 décembre 2006, en deux parties d'1h30 chacune.
Après plusieurs réunions avec Terry Pratchett, le projet est
officiellement lancé, avec pour ligne de conduite : "ok, bon, on n'a pas des
milliards de dollars mais on a la passion, alors on va faire un truc qui
tue".
C'est donc avec fébrilité que l'on voit le film commencer,
avec une vue de l'espace nu, pour laisser laisser contempler la Grande
A'Tuin... Une tortue remarquablement bien reproduite, d'ailleurs. Et le
scénario se met en place, présentant les protagonistes et l'histoire : les
nuits du Porcher sont au Disque-Monde une nuit de joie pour les enfants, qui
reçoivent des cadeaux du Père Porcher (imaginez que le Père Noël rencontre un
cochon)... Mais voilà qu'il disparait subitement.
Pour combler le vide, ce sera La Mort qui portera une fausse
barbe et une robe rouge, celle-ci étant personnification anthropomorphique (il
est très pointilleux à ce sujet) chargée de faire la transition entre le monde
des vivants et celui des morts. Parallèlement, pour retrouver le Père Porcher
et contrer les hommes de la Guilde des Assassins qui le recherche, une certaine
Suzanne va devoir faire vite... Parce que Suzanne est la petite-fille de la
Mort, un héritage pas toujours facile à porter.
La séquence d'introduction
Dieu est
dans le détail. Très vite, le public se divise donc en deux
parties. D'un coté, on a ceux qui ne connaissent rien au Disque-Monde,
et qui regarde avec intérêt un conte de Noël original et carrément tordu,
plutôt cheap niveau effets spéciaux mais qui est drôle et intelligent, et c'est
bien l'essentiel. Et puis, de l'autre coté on a les fans de
Pratchett. Et là, c'est l'extase, le nirvana télévisuel. Parce
que finalement, ce qui frappe le plus avec cette adaptation du Père
Porcher, c'est le respect quasiment religieux à l'oeuvre originale, non
seulement le livre mais aussi le cycle dans son ensemble.
Pour commencer, il faut noter que c'est Stephen
Player, iconographe reconnu du Disque-Monde et illustrateur
des deux sublimes cartes The Streets of Ankh-Morpork et The
Discworld Mapp, qui se charge du story-board... Niveau respect par rapport
aux illustrations, on ne peut pas faire mieux.
Et puis, c'est avec les détails que Vadim
Jean fait vraiment plaisir aux fans. Déjà, le message d'introduction
en voix off reprend des phrases exactes du début du bouquin, depuis "Il y a ce
désir constant de découvrir l'endroit où tout a commencé..." jusqu'à ce
discours éloquent du philosophe Didactylus, affirmant que "les choses arrivent,
point barre. Rien à glander."
Et il y a ces clins d'oeils que personne ne comprend, sauf
les hardcores : l'inscription "Born To Rune" sur la robe du Doyen de
l'Université de l'Invisible - l'école de magie - qui fait référence au
tome Accros du Roc (tome 16, où apparait Suzanne), l'allusion à
Bougre-de-Sagouin Jeanson... Des détails parmi d'autres pour véritablement
créer le Disque-Monde. A ce titre, Vadim Jean est un
peu le Peter Jackson du Disque-Monde, sauf qu'il
prend encore moins de libertés par rapport à l'oeuvre originale, pour le plus
grand bonheur des fans.

Suzanne brandissant l'épée de La Mort
Ouh là,
y'a beaucoup de liens dans ce paragraphe. Les personnages
jouent aussi naturellement une part importante dans la qualité du film, avec un
casting excellent, entièrement constitué d'anglais plus ou moins inconnus.
Déjà, M.
Leureduthé (le grand méchant), avec sa voix de petit garçon et son oeil de
verre, est magnifiquement interprété par Mark Warren. Non, moi
non plus je ne connais pas.
Et puis bien sûr il faut parler de La Mort, donc la voix
est celle de Ian Richardson (et sera Christopher
Lee pour La Huitième Couleur). Quant à son valet Albert, il est joué
par Sir David Jason... Deux personnages encore une fois
excellement bien adaptés pour le petit écran.
Mais enfin, je ne peux pas ne pas parler de Suzanne, l'un des personnages
principaux, et qui trouve en Michelle Dockery une interprète
géniale. C'est bien simple, on la croirait directement sortie du crayon de
Paul Kidby, l'illustrateur du Disque-Monde ! Par
contre, je dois m'arrêter là pour les personnages, sinon j'en ai pour le
week-end : les
mages de l'Université de l'Invisible, les deux agents du
Guet, les
Assassins... Je ne peux pas tous les faire.
Hogfather est donc une réussite totale, par
plusieurs points : son respect sans borne au Disque-Monde, la passion
de son réalisateur qui n'a fait aucun compromis, son ton humoristique et ses
répliques qui font mouche, exactement comme dans le livre, ses acteurs
excellents, ses décors et costumes qui arrivent à tenir la route malgré un
buget limité... En gros, c'est l'adaptation dont je rêvais, comme tous les fans
du cycle de Terry Pratchett. Et ce n'est pas une surprise
qu'elle ait gagné plusieurs prix, et que la diffusion ait cartonné en
Angleterre... Et puis, y'a pas à dire, voir le Disque-Monde en live,
ça fait un petit pincement. Merci m'sieur Vadim Jean, je vous
aime. Maintenant, ne reste plus qu'à espérer une diffusion à la télé française
(M6 est, parait-il, sur le coup), ou la sortie du DVD dans nos contrées.
Oh, oh, oh.


Commentaires
Et pour les amateurs, ça passe sur M6 ce lundi, le soir du réveillon à 22h05. Joyeux Noël !
Bonjour daxlebo !
Effectivement, M6 était bel et bien sur le coup, et offre un beau cadeau de Noyel
Très bien documenté ton article. Yes, vivement demain soir, pour le plus beau des cadeaux! Et pour le film plus d'info?
Merci Sly
Bien joli ton blog, et puis un article avec du Pratchett, du
Gaiman, du Tim Burton et du Bob Dylan dedans, c'est juste la classe.
Pour La Huitième Couleur, il y a un site de prod avec pas mal d'infos, mais qui n'a pas été mis à jour depuis longtemps : http://www.skyoneonline.co.uk/tcom/...
Par contre, sauf si je me plante, à priori ce sera un téléfilm diffusé sur Sky One comme pour Hogfather, plutôt qu'un film.
au sujet de Pratchett, j'ai trouvé ça : http://www.lostinbrittany.org/dotcl...
Désolé de plomber l'ambiance....
Je viens de finir la huitième couleur, et j'apprends en même temps qu'une adaptation TV est en cours de prod...? ça, c'est de la news! Merci Mr Canard!
Héhé de rien mon Jett, tout le plaisir est pour moi !
Effectivement, j'ai aussi appris récemment la maladie de Pratchett (sauf que moi, c'était là : http://journal.neilgaiman.com/2007/...), et c'est clair que ça fout un coup au moral ça... Après la mort de Robert Jordan, voilà que Pratchett reçoit la visite de Mr Zheimer Al, c'est une période triste pour la fantasy. Par contre, comme il le dit si bien, il n'est pas encore mort, et il a encore beaucoup de livres à écrire. Faut juste espérer que ça dure encore longtemps