Ils ont pas de pétrole, mais ils ont des idées. En ce moment, c'est la fête au Disque-Monde. Histoire d'enfoncer le clou jusqu'au coude (si si), j'enchaine directement avec Hogfather... Mais avant, petit retour dans le temps si vous le voulez bien. Pour Terry Pratchett, toute idée de film sur le Disque-Monde a toujours été à écarter : oh, il y avait bien eu une tentative pour faire Mortimer (Mort en VO) mais le projet a vite été tué dans l'oeuf. Et puis, finalement, l'écriture de Pratchett est si visuelle qu'elle n'a pas besoin d'un film.
    Mais voilà qu'un beau jour de Printemps, le producteur Rod Brown et le réalisateur Vadim Jean (dont le précédent film a le titre d'une maison de passe : Leon the Pig Farmer) se pointent chez Sky One, une chaine du cable anglais, est affirment qu'ils veulent adapter le vingtième tome des Annales du Disque-Monde, Hogfather (Le Père Porcher). Et la diffusion se fera les 17 et 18 décembre 2006, en deux parties d'1h30 chacune. Après plusieurs réunions avec Terry Pratchett, le projet est officiellement lancé, avec pour ligne de conduite : "ok, bon, on n'a pas des milliards de dollars mais on a la passion, alors on va faire un truc qui tue".
    C'est donc avec fébrilité que l'on voit le film commencer, avec une vue de l'espace nu, pour laisser laisser contempler la Grande A'Tuin... Une tortue remarquablement bien reproduite, d'ailleurs. Et le scénario se met en place, présentant les protagonistes et l'histoire : les nuits du Porcher sont au Disque-Monde une nuit de joie pour les enfants, qui reçoivent des cadeaux du Père Porcher (imaginez que le Père Noël rencontre un cochon)... Mais voilà qu'il disparait subitement.
    Pour combler le vide, ce sera La Mort qui portera une fausse barbe et une robe rouge, celle-ci étant personnification anthropomorphique (il est très pointilleux à ce sujet) chargée de faire la transition entre le monde des vivants et celui des morts. Parallèlement, pour retrouver le Père Porcher et contrer les hommes de la Guilde des Assassins qui le recherche, une certaine Suzanne va devoir faire vite... Parce que Suzanne est la petite-fille de la Mort, un héritage pas toujours facile à porter.


La séquence d'introduction

    Dieu est dans le détail. Très vite, le public se divise donc en deux parties. D'un coté, on a ceux qui ne connaissent rien au Disque-Monde, et qui regarde avec intérêt un conte de Noël original et carrément tordu, plutôt cheap niveau effets spéciaux mais qui est drôle et intelligent, et c'est bien l'essentiel. Et puis, de l'autre coté on a les fans de Pratchett. Et là, c'est l'extase, le nirvana télévisuel. Parce que finalement, ce qui frappe le plus avec cette adaptation du Père Porcher, c'est le respect quasiment religieux à l'oeuvre originale, non seulement le livre mais aussi le cycle dans son ensemble.
    Pour commencer, il faut noter que c'est Stephen Player, iconographe reconnu du Disque-Monde et illustrateur des deux sublimes cartes The Streets of Ankh-Morpork et The Discworld Mapp, qui se charge du story-board... Niveau respect par rapport aux illustrations, on ne peut pas faire mieux.
    Et puis, c'est avec les détails que Vadim Jean fait vraiment plaisir aux fans. Déjà, le message d'introduction en voix off reprend des phrases exactes du début du bouquin, depuis "Il y a ce désir constant de découvrir l'endroit où tout a commencé..." jusqu'à ce discours éloquent du philosophe Didactylus, affirmant que "les choses arrivent, point barre. Rien à glander."
    Et il y a ces clins d'oeils que personne ne comprend, sauf les hardcores : l'inscription "Born To Rune" sur la robe du Doyen de l'Université de l'Invisible - l'école de magie -  qui fait référence au tome Accros du Roc (tome 16, où apparait Suzanne), l'allusion à Bougre-de-Sagouin Jeanson... Des détails parmi d'autres pour véritablement créer le Disque-Monde. A ce titre, Vadim Jean est un peu le Peter Jackson du Disque-Monde, sauf qu'il prend encore moins de libertés par rapport à l'oeuvre originale, pour le plus grand bonheur des fans.



Suzanne brandissant l'épée de La Mort

    Ouh là, y'a beaucoup de liens dans ce paragraphe. Les personnages jouent aussi naturellement une part importante dans la qualité du film, avec un casting excellent, entièrement constitué d'anglais plus ou moins inconnus. Déjà, M. Leureduthé (le grand méchant), avec sa voix de petit garçon et son oeil de verre, est magnifiquement interprété par Mark Warren. Non, moi non plus je ne connais pas.
    Et puis bien sûr il faut parler de La Mort, donc la voix est celle de Ian Richardson (et sera Christopher Lee pour La Huitième Couleur). Quant à son valet Albert, il est joué par Sir David Jason... Deux personnages encore une fois excellement bien adaptés pour le petit écran.
    Mais enfin, je ne peux pas ne pas parler de Suzanne, l'un des personnages principaux, et qui trouve en Michelle Dockery une interprète géniale. C'est bien simple, on la croirait directement sortie du crayon de Paul Kidby, l'illustrateur du Disque-Monde ! Par contre, je dois m'arrêter là pour les personnages, sinon j'en ai pour le week-end : les mages de l'Université de l'Invisible, les deux agents du Guet, les Assassins... Je ne peux pas tous les faire.
    Hogfather est donc une réussite totale, par plusieurs points : son respect sans borne au Disque-Monde, la passion de son réalisateur qui n'a fait aucun compromis, son ton humoristique et ses répliques qui font mouche, exactement comme dans le livre, ses acteurs excellents, ses décors et costumes qui arrivent à tenir la route malgré un buget limité... En gros, c'est l'adaptation dont je rêvais, comme tous les fans du cycle de Terry Pratchett. Et ce n'est pas une surprise qu'elle ait gagné plusieurs prix, et que la diffusion ait cartonné en Angleterre... Et puis, y'a pas à dire, voir le Disque-Monde en live, ça fait un petit pincement. Merci m'sieur Vadim Jean, je vous aime. Maintenant, ne reste plus qu'à espérer une diffusion à la télé française (M6 est, parait-il, sur le coup), ou la sortie du DVD dans nos contrées.
    Oh, oh, oh.