Retour aux sources. Quand Jack White est allé faire mumuse en montant les Raconteurs, on s'est dit que c'en était fini des White Stripes. Peut-être que l'homme en avait marre de ce duo avec sa soeur Meg, et qu'il voulait maintenant expérimenter d'autres choses. La preuve, le précédent album des Stripes, Get Behind Me Satan, était déjà carrément déroutant avec son piano omniprésent et sa guitare qui était allé se dorer le vibrato au club med.
    Et pourtant, les deux ricains sont bel et bien de retour, et de la plus belle manière qui soit : qu'on se le dise, Icky Thump est une tuerie (même si la pochette est quand même bien pérave). Sorte de mariage ultime et polygame entre le rock des années 70 gavé aux Led Zep, la musique celtique qui fait péter les cornemuses, le blues-folk de l'Amérique profonde et la musique des films mexicains, ce dernier album est un pur vent de fraicheur, et fait partie des meilleures oeuvres du groupe.
    Déjà, tout commence avec la chanson-titre, qui mériterait un article à elle seule. Déjà, on se rassure, la grosse guitare qui tâche est là, mais elle est loin d'être seule. Le morceau commence par un solo jamais entendu, à base de sons probablement extraterrestres, un peu comme s'ils avaient parasités la piste sans même que le groupe ne s'en rende compte. Puis la guitare arrive, accompagnée de la voix rude et rauque de Jack White. Il nous hypnotise, nous empoisonne, pour ensuite laisser la place à un solo de guitare et de clavier. Jusqu'à ce que Jack revienne avec un "lalalalala laaaaaa" (bon, à l'écrit ça rend moins bien, forcément) carrément dantesque, laissant l'auditoire sur place, transcendé et halluciné. Le riff de guitare continue, les claviers s'affolent, la batterie explose...


- The White Stripes - Icky Thump

    Trompettes et cornemuses. 300 MPH Torrential Outpoor Blues est alors là pour nous calmer, et nous servir du folk tranquille, où la voix posée de Jack rencontre une guitare acoustique toute douce. Et puis, d'un coup d'un seul, une guitare électrique suraigüe va faire péter l'ampli avec une force herculéenne, pour se taire aussitôt. Un coup de poing bref et subliminal, qui arrive de nulle part, qui reviendra de plus en plus fort durant les 5m29 de la chanson.
    Et puis, avec Conquest, le monde change. Comme si on avait quitté cette planète pour en rejoindre une plus sauvage, peuplée entièrement de mariachis... Véritable ode au mexique, le morceau commence par des trompettes tonitruantes qui resteront tout au long du morceau, tranchant littéralement avec le reste de l'album. Jack en profite alors pour se faire plaisir comme personne, et beugler des "CoooOOOOooonqueeeEEEEeeest !!" qui ne feraient pas tache dans Desperados ou dans n'importe quel film où les bottes à éperon sont obligatoires.
    Un peu plus loin dans l'album, on retrouve cette envie du groupe d'aller chercher d'autres sons, avec le couple Prickly Thorn, but Sweetly Worn et St. Andrew (This Battle Is In The Air), qui lorgnent elles du coté des musiques celtiques, avec cornemuses et mandolines à volonté. Véritablement géniaux, ces deux titres sont des univers parallèles simples mais efficaces, qui vont se complexifier au fur et à mesure de leur avancée, pour atteindre leur apogée à la fin de St. Andrew... Laï, laï laï, oh oh.


- The White Stripes - Conquest

    On ne peut pas plaire à tout le monde. Mais les Stripes ne renient pas les gros riffs de guitare pour autant, et Bone Broke par exemple est là pour nous le prouver. La grosse guitare qui fait mal à l'ampli, Jack qui crie dans le micro, une batterie mise à rude péreuve par Meg, yep c'est du bon gros White Stripes. On se croirait même revenus dans les années 70, avec un son qui rappelle furieusement les Led Zeppelin. Comme quoi, c'est toujours possible de faire du bon rock à notre époque, au milieu des pseudos-groupes pour adolescentes.
    Et pour continuer le plaisir, j'enchaine directement avec Little Cream Soda, au riff ravageur encore une fois, complètement saturé. Comme pour Bone Broke, la chanson commence sur un solo de guitare électrique, mais la voix du chanteur se fait ici plus posée, les couplets étant pratiquement parlés plutôt que chantés.
    "And there was a time when all I wanted/Was my ice cream cold in my little cream soda".
    Par contre, le concept sera poussé à l'extrême avec Rag and Bone, où les couplets ne sont rien d'autres qu'une discussion entre la soeur et le frangin, pour se transformer en chant dans les refrains. Et encore une fois, la guitare au rythme ravageur est omniprésente. Carrément surpuissant.
    Je pourrais aussi parler de I'm Slowly Turning Into You, où les claviers et les guitares sont tellement saturés et étriqués que l'on ne sait plus qui est quoi, le tout se transformant en cocktail satanique trouvant son apogée dans un solo iréel diabolique et dérangeant... Ou encore du Catch Hell Blues, pratiquement entièrement instrumentale, qui vaut à elle seule l'achat de l'album, mais je vais m'arrêter là et me contenter de simplement vous dire : Icky Thump c'est du bon, mangez-en.