Icky Thump, des White Stripes
Par Anansi le samedi 15 septembre 2007, 17:04 - Le canard et la musique - Lien permanent

Quand les White Stripes s'amusent à expérimenter de nouveaux horizons musicaux tout en revenant aux fondamentaux, ça donne Icky Thump, leur dernier album sorti en juin dernier. J'ai écouté, et j'ai adoré, comme vous le lirez si vous cliquez sur "lire la suite". Ou alors vous pouvez vous contenter de ce chapeau, ça vous regarde.
Retour aux
sources. Quand Jack White est allé faire
mumuse en montant les Raconteurs, on s'est dit que c'en était fini des White
Stripes. Peut-être que l'homme en avait marre de ce duo avec sa soeur
Meg, et qu'il voulait maintenant expérimenter d'autres choses.
La preuve, le précédent album des Stripes, Get Behind Me Satan, était
déjà carrément déroutant avec son piano omniprésent et sa guitare qui était
allé se dorer le vibrato au club med.
Et pourtant, les deux ricains sont bel et bien de retour, et
de la plus belle manière qui soit : qu'on se le dise, Icky Thump est
une tuerie (même si
la pochette est quand même bien pérave). Sorte de mariage ultime et
polygame entre le rock des années 70 gavé aux Led Zep, la musique celtique qui
fait péter les cornemuses, le blues-folk de l'Amérique profonde et la musique
des films mexicains, ce dernier album est un pur vent de fraicheur, et fait
partie des meilleures oeuvres du groupe.
Déjà, tout commence avec la chanson-titre, qui mériterait un
article à elle seule. Déjà, on se rassure, la grosse guitare qui tâche est là,
mais elle est loin d'être seule. Le morceau commence par un solo jamais
entendu, à base de sons probablement extraterrestres, un peu comme s'ils
avaient parasités la piste sans même que le groupe ne s'en rende compte. Puis
la guitare arrive, accompagnée de la voix rude et rauque de Jack
White. Il nous hypnotise, nous empoisonne, pour ensuite laisser la
place à un solo de guitare et de clavier. Jusqu'à ce que Jack
revienne avec un "lalalalala laaaaaa" (bon, à l'écrit ça rend moins
bien, forcément) carrément dantesque, laissant l'auditoire sur place,
transcendé et halluciné. Le riff de guitare continue, les claviers s'affolent,
la batterie explose...
Trompettes
et cornemuses. 300 MPH Torrential Outpoor Blues est
alors là pour nous calmer, et nous servir du folk tranquille, où la voix posée
de Jack rencontre une guitare acoustique toute douce. Et puis,
d'un coup d'un seul, une guitare électrique suraigüe va faire péter l'ampli
avec une force herculéenne, pour se taire aussitôt. Un coup de poing bref et
subliminal, qui arrive de nulle part, qui reviendra de plus en plus fort durant
les 5m29 de la chanson.
Et puis, avec Conquest, le monde change. Comme si
on avait quitté cette planète pour en rejoindre une plus sauvage, peuplée
entièrement de mariachis... Véritable ode au mexique, le morceau commence par
des trompettes tonitruantes qui resteront tout au long du morceau, tranchant
littéralement avec le reste de l'album. Jack en profite alors
pour se faire plaisir comme personne, et beugler des
"CoooOOOOooonqueeeEEEEeeest !!" qui ne feraient pas tache dans
Desperados ou dans n'importe quel film où les bottes à éperon sont
obligatoires.
Un peu plus loin dans l'album, on retrouve cette envie du
groupe d'aller chercher d'autres sons, avec le couple Prickly Thorn, but
Sweetly Worn et St. Andrew (This Battle Is In The Air), qui
lorgnent elles du coté des musiques celtiques, avec cornemuses et mandolines à
volonté. Véritablement géniaux, ces deux titres sont des univers parallèles
simples mais efficaces, qui vont se complexifier au fur et à mesure de leur
avancée, pour atteindre leur apogée à la fin de St. Andrew... Laï,
laï laï, oh oh.
On ne peut
pas plaire à tout le monde. Mais les Stripes ne
renient pas les gros riffs de guitare pour autant, et Bone Broke par
exemple est là pour nous le prouver. La grosse guitare qui fait mal à l'ampli,
Jack qui crie dans le micro, une batterie mise à rude péreuve
par Meg, yep c'est du bon gros White Stripes. On se
croirait même revenus dans les années 70, avec un son qui rappelle furieusement
les Led Zeppelin. Comme quoi, c'est toujours possible de faire du bon rock à
notre époque, au milieu des pseudos-groupes pour adolescentes.
Et pour continuer le plaisir, j'enchaine directement avec
Little Cream Soda, au riff ravageur encore une fois, complètement
saturé. Comme pour Bone Broke, la chanson commence sur un solo de
guitare électrique, mais la voix du chanteur se fait ici plus posée, les
couplets étant pratiquement parlés plutôt que chantés.
"And there was a time when all I wanted/Was my ice cream
cold in my little cream soda".
Par contre, le concept sera poussé à l'extrême avec Rag
and Bone, où les couplets ne sont rien d'autres qu'une discussion entre la
soeur et le frangin, pour se transformer en chant dans les refrains. Et encore
une fois, la guitare au rythme ravageur est omniprésente. Carrément
surpuissant.
Je pourrais aussi parler de I'm Slowly Turning Into
You, où les claviers et les guitares sont tellement saturés et étriqués
que l'on ne sait plus qui est quoi, le tout se transformant en cocktail
satanique trouvant son apogée dans un solo iréel diabolique et dérangeant... Ou
encore du Catch Hell Blues, pratiquement entièrement instrumentale,
qui vaut à elle seule l'achat de l'album, mais je vais m'arrêter là et me
contenter de simplement vous dire : Icky Thump c'est du bon,
mangez-en.

