Lady Vivian Hastings (Long John Silver, T.1)
Par Anansi le dimanche 9 septembre 2007, 00:01 - Littérature et BD - Lien permanent

Ca faisait longtemps que je ne vous avais pas parlé de BD, et pour cause : il n'y avait pas grand chose de croustillant à se mettre sous la dent... Mais heureusement, le premier tome du nouveau cycle des auteurs de Prophet est arrivé, et c'est excellentissime.
Hommage et
déformations. "Mon cher Orphée, quand tu liras ces quelques
lignes, je ne serai probablement plus de ce monde. N'y vois pourtant pas les
derniers atermoiements d'une vieillard apeuré ou une quelconque demande
d'absolution. Je ne mérite ni pitié, ni pardon. Mille fois tu m'as interrogé
sur mon passé, mille fois la honte a scellé mes lèvres. Mais en ces heures
sombres, je trouve enfin le courage de te léguer ces terribles
souvenirs."
Voilà les premières lignes du premier tome d'un tout nouveau
cycle de BD que l'on doit à Xavier Dorison et Mathieu
Lauffray, Long John Silver. Ce nom, beaucoup de monde le
connait déjà, puisque, comme le dit la quatrième de couverture, il s'agit de
"la figure de proue de L'île au Trésor de R.L
Stevenson". Bon, moi je n'en avais aucune idée puisque je ne l'ai
jamais lu (alors qu'il trône tout de même fièrement dans ma bibliothèque, l'air
de rien), mais je ne le dis pas trop.
Alors, oui, le thème de la piraterie n'est plus très
original ces temps-ci, et est même carrément dans le vent (punaise, mon humour
chaloupé est carrément surpuissant), mais finalement ce premier tome partage
beaucoup plus de points communs avec le Peter Pan de
Loisel, qu'avec Pirates des Caraïbes. En premier
lieu, c'est l'approche qui est la même : se "servir" d'un conte enfantin
mondialement adulé, pour construire une histoire parallèle fictive, beaucoup
plus sombre et torturée que l'oeuvre originale.
Des
personnages charismatiques... Ici, Xavier
Dorison et Mathieu Lauffray imaginent donc ce qu'il
pourrait advenir au grand John Long Silver, le dernier pirate, la légende
vivante... Plutôt qu'être une suite à L'ile au Trésor, l'ouvrage est
plus un "humble hommage à cet immense chef-d'oeuvre qui ne cesse de nous
émerveiller depuis tant d'années", et ça ce sont les auteurs qui le disent. Et
effectivement, le bouquin respire vraiment la passion, et la sincérité de
vouloir faire honneur à l'oeuvre originale.
Le pirate n'est pourtant pas le héros de ce premier tome...
Hé oui, ce n'est pas pour rien qu'il s'intitule Lady Vivian Hastings,
bande de nazes. Délaissée par son mari parti découvrir le Nouveau Monde et la
mythique cité de Guyanacapac, Lady Vivian est restée seule à Bristol, dans le
sublime manoir familial. Séduisante et manipulatrice, elle passe de courtisans
en courtisans, en oubliant de préciser que sa fortune a pratiquement
entièrement disparue.
Mais tout va changer le jour où elle apprend que son mari
lui demande de la rejoindre en Amérique du Sud, car il a découvert Guyanacapac,
et tout l'or qu'elle contient... Et je m'arrête là pour le scénario, vraiment
passionant et s'inscrivant totalement dans la lignée des grandes aventures de
pirates. Ainsi, ce premier tome servant d'introduction nous présente tous les
personnages (et il y en a un paquet), allant de cette fameuse Lady Vivian au
loyal docteur Livesey, en passant bien sûr par le génial John Silver et sa
troupe de pirates, qui n'apparaissent que plus tard dans l'aventure, pour mieux
marquer leur arrivée.
... Et un
sublime dessin. Pour ce premier tome, l'accent est donc
beaucoup plus mis sur les personnages et l'ambiance, que sur la grande aventure
de pirates avec combats maritimes et tout le tintouin... Les auteurs se
focalisent sur les états d'ames, nous permettant de rentrer directement dans
les esprits de ces personnages tous torturés, et évoluant dans un univers qui
l'est au moins autant.
A ce propos, l'ambiance morbide et malsaine est très bien
rendue grace aux dessins de Lauffray, proprement prodigieux.
C'est simple, je n'avais rien vu d'aussi beau et classe depuis le Peter
Pan de Loisel (on y revient), même si le dessinateur de
Long John Silver a un peu plus de mal avec les expressions des
personnages. Par contre, le trait est toujours brut et faussement imprécis,
servant superbement bien l'ambiance au couperet, tout cela se faisant avec
l'aide des couleurs ne s'éloignant jamais du rouge ou du bleu, les deux
couleurs majeures. Rien que la
couverture est sublime et, pour tout vous dire, c'est la raison pour
laquelle j'ai remarqué cette BD à la FNAC.
En bref, la première pensée qui vient après avoir lu les 55
pages de ce premier tome, c'est que le temps va paraître carrément long avant
l'arrivée de Neptune, le tome deux (sur quatre). Servie par des
dessins magistraux, cette première incursion dans le monde réinventée de Long
John Silver est beaucoup plus que réussie, parce qu'elle a le mérite de poser
tranquillement les bases de cette quadrilogie, en préférant les personnages,
l'ambiance et le scénario aux scènes d'action pure. Donc, bravo messieurs
Dorison et Lauffray, vous avez méchamment
bien bossé.



