"Take the poison of your age" : Six Feet Under, d'Alan Ball
Par Anansi le jeudi 30 août 2007, 13:18 - Le coin-coin des séries - Lien permanent

"All that lives, lives forever. Only the shell, the perishable, passes away. The spirit is without end. Eternal. Deathless."
Une année
sans lumière. Vous le savez peut-être, j'ai carrément un train
de retard concernant plusieurs choses. Ces temps-ci, je tente donc de rattraper
mon retard quant aux séries cultes... Et après avoir vu et adoré la première
saison de Carnivàle (mais je
n'ai pas envie de voir la seconde, le cliffhanger sans suite me ferait trop
mal), je me suis lancé dans la première saison de Six Feet Under. La
fameuse série d'Alan Ball, dont je lis les éloges sur à peu
près n'importe quel endroit parlant de séries télé sur internet.
Alors, oui, je m'attendais à de la super qualité, mais alors
là...
La baffe.
En pleine tronche.
Paf.
Pourquoi ? D'abord, pour les personnages coulés au vitriol,
tous dérangés et névrosés, et qui donnent à la série cet aspect morbide mais
toujours plus drole que glauque. Je rappelle le scénario : la famille Fisher
tient une entreprise de pompes funèbres. C'est clair, simple, et ce n'est pas
vraiment commun. A la mort du père, tout le business est légué à ses deux fils
: David
Fisher, gay complexé et qui a dédié toute sa vie dans l'entreprise de son
décédé père, et Nathan Fisher,
qui a très tôt quitté la maison pour partir à l'aventure, et qui veut tout
faire sauf tenir une entreprise de pompe funèbre. A ces deux premiers piliers,
viennent graviter toute une galerie de personnages : la petite soeur
Claire, l'ado anarchiste, Ruth Fisher, la
mère complètement déprimée par la perte de son mari et qui n'attend plus rien
de la vie, ou encore Brenda, la copine de Nathan... Je ne vous dis rien sur
cette dernière, mais son personnage est juste sensationnel.

[Antichrist Television Blues]. On peut aussi ajouter Federico
Diaz, l'embaumeur mexicain joué par un Freddy Rodriguez
(Planet
Terror) absolument incroyable... D'ailleurs, si ces personnages sont
aussi crédibles et incomparables, c'est aussi grace à leurs acteurs : David est
joué par - je le rappelle - ce grand monsieur qu'est Michael C.
Hall (Dexter),
et Nathan est interprété par Peter Krause, qu'on voit dans
The Lost Room, mini-série de Sci Fi bientôt diffusée sur Meuh6.
L'autre force de Six Feet Under, c'est aussi et
surtout son ton : alors que la mort est un sujet omniprésent, il est traité
avec humour et décalage. La série joue donc sur deux fronts durant tous les
épisodes, certains passages tristes et déprimant pouvant faire place quelques
instants plus tard à un passage hilarant, et vice-versa. De l'humour noir, très
noir, qui pourra peut-être déranger certaines personnes étroites d'esprit mais
qui ravira tous les autres, à la recherche d'un humour intelligent.
Et puis, grace à HBO, tout cela est magnifié par le fait
qu'il n'y ait absolument aucun tabou : Claire fume des pétards, David couche
avec des hommes, d'autres personnages prennent de l'ectasy et/ou de
l'héroïne... Les auteurs sont complètement libres, se permettent absolument
tout, et ça fait du bien de voir ça à la télé (ou en DVD, en l'occurence).

My body is
a cage. Tiens, je me rend compte que je ne vous ai pas encore
parlé du script, (c'est le problème quand il y a trop de qualités à énumérer),
qui confère lui aussi son statut de série culte que beaucoup de monde donne à
Six Feet
Under.
Comme dans beaucoup d'autres séries de HBO, chaque saison
(enfin, en tout cas la première pour l'instant) est construit comme une sorte
de film géant ; tout se suit, pas question d'un "Previously on Six Feet
Under" au début des épisodes, l'ensemble étant réglé dans la continuité et
tant pis pour vous si vous avez manqué un épisode. Pas de cliffhanger à la fin
des épisodes non plus, c'est pas le genre de la maison, les climax autant
scénaristiques que psychologiques étant chirurgicalement distillés au fur et à
mesure que l'histoire avance.
Enfin bon, je crois que vous l'avez compris : je fais
désormais moi aussi partie des personnes qui chériront Six Feet Under ad
vitam eternam (comment c'est la classe d'écrire en latin), pour la beauté
qu'elle représente. Parce qu'elle nous fait poser des questions, parce qu'elle
ose tout, parce que les personnages sont superbement construits et que l'humour
noir est une merveille. En tout cas, si les quatre autres saisons sont au moins
aussi bonnes que cette première, elle se placera à coté de Rome dans mon
Valhalla télévisuel, c'est déjà dit...
Ah, au fait, Arcade Fire a composé spécialement une chanson
pour la série... Les grands esprits se rencontrent, que voulez-vous.


Commentaires
C'est dingue ça ! Moi aussi depuis juin, je rattrape mon retard dans les séries, et j'ai commencé par Six Feet Under (j'ai le droit de dire aussi "les grands esprits se rencontrent" ? :melon: ). Je suis d'accord avec toi pour la qualité des acteurs et des personnes, pour le format intéressant de la série etc. Mais bon, j'ai trouvé la saison 2 moins bien (un peu ennuyeuse) mais c'était beaucoup mieux avec la saison 3. Je regarderai sûrement bientôt la 4 et la 5 parce qu'il paraît que ça devient de plus en plus délirant...
On est connectés
C'est marrant que tu dises ça pour la saison 2, parce que j'ai lu des messages qui disaient que c'était la meilleure... Enfin on verra bien, tu me tiendras au courant quand tu auras fini les autres saisons, histoire de voir si la qualité est toujours là