Une année sans lumière. Vous le savez peut-être, j'ai carrément un train de retard concernant plusieurs choses. Ces temps-ci, je tente donc de rattraper mon retard quant aux séries cultes... Et après avoir vu et adoré la première saison de Carnivàle (mais je n'ai pas envie de voir la seconde, le cliffhanger sans suite me ferait trop mal), je me suis lancé dans la première saison de Six Feet Under. La fameuse série d'Alan Ball, dont je lis les éloges sur à peu près n'importe quel endroit parlant de séries télé sur internet.
    Alors, oui, je m'attendais à de la super qualité, mais alors là...
    La baffe.
    En pleine tronche.
    Paf.
    Pourquoi ? D'abord, pour les personnages coulés au vitriol, tous dérangés et névrosés, et qui donnent à la série cet aspect morbide mais toujours plus drole que glauque. Je rappelle le scénario : la famille Fisher tient une entreprise de pompes funèbres. C'est clair, simple, et ce n'est pas vraiment commun. A la mort du père, tout le business est légué à ses deux fils : David Fisher, gay complexé et qui a dédié toute sa vie dans l'entreprise de son décédé père, et Nathan Fisher, qui a très tôt quitté la maison pour partir à l'aventure, et qui veut tout faire sauf tenir une entreprise de pompe funèbre. A ces deux premiers piliers, viennent graviter toute une galerie de personnages : la petite soeur Claire, l'ado anarchiste, Ruth Fisher, la mère complètement déprimée par la perte de son mari et qui n'attend plus rien de la vie, ou encore Brenda, la copine de Nathan... Je ne vous dis rien sur cette dernière, mais son personnage est juste sensationnel.



    [Antichrist Television Blues]. On peut aussi ajouter Federico Diaz, l'embaumeur mexicain joué par un Freddy Rodriguez (Planet Terror) absolument incroyable... D'ailleurs, si ces personnages sont aussi crédibles et incomparables, c'est aussi grace à leurs acteurs : David est joué par - je le rappelle - ce grand monsieur qu'est Michael C. Hall (Dexter), et Nathan est interprété par Peter Krause, qu'on voit dans The Lost Room, mini-série de Sci Fi bientôt diffusée sur Meuh6.
    L'autre force de Six Feet Under, c'est aussi et surtout son ton : alors que la mort est un sujet omniprésent, il est traité avec humour et décalage. La série joue donc sur deux fronts durant tous les épisodes, certains passages tristes et déprimant pouvant faire place quelques instants plus tard à un passage hilarant, et vice-versa. De l'humour noir, très noir, qui pourra peut-être déranger certaines personnes étroites d'esprit mais qui ravira tous les autres, à la recherche d'un humour intelligent.
    Et puis, grace à HBO, tout cela est magnifié par le fait qu'il n'y ait absolument aucun tabou : Claire fume des pétards, David couche avec des hommes, d'autres personnages prennent de l'ectasy et/ou de l'héroïne... Les auteurs sont complètement libres, se permettent absolument tout, et ça fait du bien de voir ça à la télé (ou en DVD, en l'occurence).



    My body is a cage. Tiens, je me rend compte que je ne vous ai pas encore parlé du script, (c'est le problème quand il y a trop de qualités à énumérer), qui confère lui aussi son statut de série culte que beaucoup de monde donne à Six Feet Under.
    Comme dans beaucoup d'autres séries de HBO, chaque saison (enfin, en tout cas la première pour l'instant) est construit comme une sorte de film géant ; tout se suit, pas question d'un "Previously on Six Feet Under" au début des épisodes, l'ensemble étant réglé dans la continuité et tant pis pour vous si vous avez manqué un épisode. Pas de cliffhanger à la fin des épisodes non plus, c'est pas le genre de la maison, les climax autant scénaristiques que psychologiques étant chirurgicalement distillés au fur et à mesure que l'histoire avance.
    Enfin bon, je crois que vous l'avez compris : je fais désormais moi aussi partie des personnes qui chériront Six Feet Under ad vitam eternam (comment c'est la classe d'écrire en latin), pour la beauté qu'elle représente. Parce qu'elle nous fait poser des questions, parce qu'elle ose tout, parce que les personnages sont superbement construits et que l'humour noir est une merveille. En tout cas, si les quatre autres saisons sont au moins aussi bonnes que cette première, elle se placera à coté de Rome dans mon Valhalla télévisuel, c'est déjà dit...
    Ah, au fait, Arcade Fire a composé spécialement une chanson pour la série... Les grands esprits se rencontrent, que voulez-vous.