Wray of the Dead. On y est. Et ce n'est pas trop tôt. Trois mois après le Death Proof de Tarantino, l'autre moitié de Grindhouse se décide enfin à arriver en France, après que le diptyque se soit méchamment viandé au box-office américain. Après le génial hommage de Tarantino à toute la pop culture des dernières décennies à grand renfort de dialogues à rallonge entre femmes qui en ont entre les jambes, Rodriguez à lui décidé de jouer le jeu des séries Z à fond, en nous racontant une histoire d'une ville envahie par des zombies...
    Et le résultat est simplement incroyable, nous offrant l'un des meilleurs films du réalisateur (si ce n'est LE meilleur), et la sensation qu'il s'est fait plaisir comme personne. Planet Terror suit ainsi toute une batterie de personnages, chacun ayant son rôle à jouer pour lutter contre l'invasion de zombies mangeurs d'hommes, comme dans tout bon vieux film d'horreur qui se respecte. Les personnages - tous stéréotypés et complètement irréels - suivent aussi scrupuleusement les codes, tout cela servant à merveille le joyeux bordel de l'ami Rodriguez.
    On retrouve ainsi par exemple Cherry Darling, l'héroïne unijambiste jouée par une Rose McGowan plus aïe caramba que jamais (et qui nous rappelle qu'au-delà d'avoir joué dans Charmed, elle a surtout été la fiancée un peu tordue de Marylin Manson), ou encore El Wray, le héros aux couteaux papillons qui doit être le mec le plus classe que j'ai pu voir au cinéma depuis un bon moment. Mais enfin, il faut dire que Freddy Rodriguez a l'avantage d'être l'un des héros de la série Six Feet Under, donc le monsieur partait avec un bon à priori. On notera aussi l'infirmière blonde aux faux airs d'Uma Thurman qui cache ses seringues dans ses bas (qu'on entr'aperçoit dans Death Proof), le docteur psychopathe, les bien nommées Crazy Babysitter Twins... Des personnages tous à moitié cintrés, qui font ton sur ton avec le monde poisseux et l'univers que le réalisateur met tant de bonheur à créer et détruire.



    Un homme passionné. Parce que, oui, Rodriguez a beaucoup de détraqueurs mais tout le monde s'accorde à dire qu'il met toujours beaucoup de coeur à l'ouvrage, et qu'il est toujours à fond dans ce qu'il entreprend. Alors, parfois ça peut foirer et se terminer en trilogie de films pour gamins pour faire plaisir à son fiston (Spy Kids), mais cela peut aussi donner des petites merveilles, comme From Dusk Till Dawn (écrit par... oh ben tiens, Quentin Tarantino) ou le cultissime Sin City.
    Pour Planet Terror, le réalisateur s'est encore une fois impliqué à fond, assurant les fonctions de scénariste, réalisateur, producteur, monteur, chef op et compositeur de toute la BO (une bande originale de haute volée, d'ailleurs, j'ai encore le thème principal qui me trotte dans la tête). Un peu comme dans le temps bénis du cinéma fauché des années 60 et 70, en somme... Une période que Rodriguez s'évertue (oui oui, il passe son temps à s'évertuer, le mec) à recréer avec une joie presque démente.
    Et comme toutes les personnes passionnées, tout cela en devient vraiment passionnant. Effet de pellicule vieillie, raccord foireux, pellicule manquante, couleurs qui bavent par moment... Des effets que l'on a déjà vu avec Death Proof, très logiquement, mais qui sont encore plus présents ici. Le plaisir est donc bien là, même sans l'effet de surprise. Un retour en arrière improbable, et vraiment rafraichissant, parce qu'on ne voit pas souvent au cinoche et que l'effort en est d'autant plus louable.



Jaquette du DVD ricain (sortie en octobre)

    Conclusion : déjà culte. Beaucoup moins centré sur les dialogues que ne l'est Death Proof (mais il n'est pas ici question de les comparer, parce qu'il n'ont finalement rien à voir, alors arrêtez), Planet Terror est avant tout un divertissement jubilatoire, merveilleusement mené par un réalisateur qui manie très bien ce genre de cinéma. Les zombies mangent des cervelles, les membres s'envolent, chaque personnage est composé d'environ trois milles litres de sang qui éclaboussent la caméra dans un bruit de chair apétissant... Tout ça est tellement irréel que ça en devient beaucoup plus drole que dérangeant.
    Certains peuvent essayer de chercher plus loin, comme par exemple Ecrans qui y voit "un certain état des lieux sociopolitique dans lequel l’immigration est perçue comme un fléau" (ouais ouais les gars...), mais au final le message est clair : un énorme et vibrant hommage de presque deux heures aux séries Z ultra-beaufs des années 60, menées par des femmes dévêtues qui tapent sur des zombies qui bavent.
    Ajoutez à ça de l'intelligence, des personnages tous aussi charismatiques les uns que les autres et servis par un casting excellent, Quentin Tarantino avec un rôle génial, la fausse bande-annonce de Machete pour démarrer le film (yeah !), tout de suite suivie par une scène d'introduction destinée à rester dans toutes les mémoires, et on a un film exceptionnel. Je pourrai encore vous en parler pendant des heures, et notamment évoquer la bande-annonce de Women In Cages en plein milieu du film ou les petits liens avec le segment de Tarantino (l'hopital, l'hommage à Jungle Julia à la radio...), mais vous avez compris : Planet Terror est mythique. Tout simplement.