Grindhouse : Planet Terror, de Robert Rodriguez
Par Anansi le lundi 20 août 2007, 16:54 - Pellicule aviaire - Lien permanent

Nous revoilà avec la deuxième moitié de Grindhouse, le projet commun de Rodriguez et Tarantino... Et le moins que l'on puisse dire, c'est que la portion du mexicain est complètement différente de celle de son compère. Un résultat sanglant, divertissant, jouissif et jubilatoire, pour un film déjà culte. Vous êtes prévenus.
Wray of
the Dead. On y est. Et ce n'est pas trop tôt. Trois mois après
le Death Proof de Tarantino, l'autre moitié de
Grindhouse se décide enfin à arriver en France, après que le diptyque
se soit méchamment viandé au box-office américain. Après le génial hommage de
Tarantino à toute la pop culture des dernières décennies à
grand renfort de dialogues à rallonge entre femmes qui en ont entre les jambes,
Rodriguez à lui décidé de jouer le jeu des séries Z à fond, en
nous racontant une histoire d'une ville envahie par des zombies...
Et le résultat est simplement incroyable, nous offrant l'un
des meilleurs films du réalisateur (si ce n'est LE meilleur), et la sensation
qu'il s'est fait plaisir comme personne. Planet Terror suit
ainsi toute une batterie de personnages, chacun ayant son rôle à jouer pour
lutter contre l'invasion de zombies mangeurs d'hommes, comme dans tout bon
vieux film d'horreur qui se respecte. Les personnages - tous stéréotypés et
complètement irréels - suivent aussi scrupuleusement les codes, tout cela
servant à merveille le joyeux bordel de l'ami Rodriguez.
On retrouve ainsi par exemple Cherry Darling, l'héroïne
unijambiste jouée par une Rose McGowan plus aïe
caramba que jamais (et qui nous rappelle qu'au-delà d'avoir joué dans
Charmed, elle a surtout été la fiancée un peu tordue de
Marylin Manson), ou encore El Wray, le héros aux couteaux
papillons qui doit être le mec le plus classe que j'ai pu voir au cinéma depuis
un bon moment. Mais enfin, il faut dire que Freddy Rodriguez a
l'avantage d'être l'un des héros de la série Six Feet Under, donc le
monsieur partait avec un bon à priori. On notera aussi l'infirmière blonde aux
faux airs d'Uma Thurman qui cache ses seringues dans ses bas
(qu'on entr'aperçoit dans Death Proof), le docteur psychopathe, les
bien nommées Crazy Babysitter Twins... Des personnages tous à moitié
cintrés, qui font ton sur ton avec le monde poisseux et l'univers que le
réalisateur met tant de bonheur à créer et détruire.

Un homme
passionné. Parce que, oui, Rodriguez a
beaucoup de détraqueurs mais tout le monde s'accorde à dire qu'il met toujours
beaucoup de coeur à l'ouvrage, et qu'il est toujours à fond dans ce qu'il
entreprend. Alors, parfois ça peut foirer et se terminer en trilogie de films
pour gamins pour faire plaisir à son fiston (Spy Kids), mais cela peut
aussi donner des petites merveilles, comme From Dusk Till Dawn (écrit
par... oh ben tiens, Quentin Tarantino) ou le cultissime
Sin City.
Pour Planet Terror, le réalisateur s'est
encore une fois impliqué à fond, assurant les fonctions de scénariste,
réalisateur, producteur, monteur, chef op et compositeur de toute la BO (une
bande originale de haute volée, d'ailleurs, j'ai encore le thème principal qui
me trotte dans la tête). Un peu comme dans le temps bénis du cinéma fauché des
années 60 et 70, en somme... Une période que Rodriguez
s'évertue (oui oui, il passe son temps à s'évertuer, le mec) à recréer avec une
joie presque démente.
Et comme toutes les personnes passionnées, tout cela en
devient vraiment passionnant. Effet de pellicule vieillie, raccord foireux,
pellicule manquante, couleurs qui bavent par moment... Des effets que l'on a
déjà vu avec Death Proof, très logiquement, mais qui sont encore plus
présents ici. Le plaisir est donc bien là, même sans l'effet de surprise. Un
retour en arrière improbable, et vraiment rafraichissant, parce qu'on ne voit
pas souvent au cinoche et que l'effort en est d'autant plus louable.

Jaquette du DVD ricain (sortie en octobre)
Conclusion
: déjà culte. Beaucoup moins centré sur les dialogues que ne
l'est Death Proof (mais il n'est pas ici question de les comparer,
parce qu'il n'ont finalement rien à voir, alors arrêtez), Planet
Terror est avant tout un divertissement jubilatoire, merveilleusement
mené par un réalisateur qui manie très bien ce genre de cinéma. Les zombies
mangent des cervelles, les membres s'envolent, chaque personnage est composé
d'environ trois milles litres de sang qui éclaboussent la caméra dans un bruit
de chair apétissant... Tout ça est tellement irréel que ça en devient beaucoup
plus drole que dérangeant.
Certains peuvent essayer de chercher plus loin, comme par
exemple Ecrans qui y voit "un certain état des lieux sociopolitique dans lequel
l’immigration est perçue comme un fléau" (ouais ouais les gars...), mais au
final le message est clair : un énorme et vibrant hommage de presque deux
heures aux séries Z ultra-beaufs des années 60, menées par des femmes dévêtues
qui tapent sur des zombies qui bavent.
Ajoutez à ça de l'intelligence, des personnages tous aussi
charismatiques les uns que les autres et servis par un casting excellent,
Quentin Tarantino avec un rôle génial, la fausse bande-annonce
de Machete pour démarrer le film (yeah !), tout de suite suivie par
une scène d'introduction destinée à rester dans toutes les mémoires, et on a un
film exceptionnel. Je pourrai encore vous en parler pendant des heures, et
notamment évoquer la bande-annonce de Women In Cages en plein milieu
du film ou les petits liens avec le segment de Tarantino
(l'hopital, l'hommage à Jungle Julia à la radio...), mais vous avez compris :
Planet Terror est mythique. Tout simplement.

Commentaires
Bonjour, je cherche le titre de la chanson qui passe au moment de la bande annonce de Women in Cages... Il me semble qu'elle fait aussi partie de la B.O. d'un autre grand film (de Tarantino?)