House of Leaves, de Mark Z. Danielewski
Par Anansi le vendredi 10 août 2007, 17:20 - Littérature et BD - Lien permanent

Certaines personnes croient encore que le Projet Blair Witch a véritablement existé. Ceux-là seront les plus touchés par House of Leaves, récit horrifique à mettre à coté des Stephen King, Edgar Poe, et autres H.P Lovecraft. Une oeuvre d'une ambition démesurée, où la fiction parait tellement réelle...
"This... House
of leaves est le bouquin le plus fou que j'ai jamais pu lire, soyez-en
persuadés. Oh, beaucoup d'entre vous le connaissent peut-être déjà, étant donné
que sa sortie anglaise date du 7 mars 2000 (2002 pour la France). Tout cela
remonte d'ailleurs à plus loin, le livre n'étant au départ qu'une pile de pages
manuscrites, se retrouvant parfois sur internet... Sa sortie en livre a marqué
le début d'un véritable culte à une oeuvre à part entière, une conte dérangeant
qui ne ressemble à rien d'autre, l'oeuvre d'une vie, celle de Mark Z.
Danielewski. Un homme dérangé, si vous voulez mon avis.
Tout comme les portmanteau chers à Humpty Dumpty,
le scénario de House
of Leaves est une union de plusieurs éléments, englobant littéralement
le lecteur. Le début du scénario est plutôt clair : une famille emménage dans
une maison,
sur les hauteurs de Ash Tree Lane. Le père de famille, Will Navidson,
est un photographe renommé, et décide de faire un film de son emménagement dans
cette superbe maison. Mais voilà, la
famille découvre une pièce qui n'était pas présente plus tôt, puis une autre,
puis une autre... Navidson doit bien se rendre à l'évidence : sa maison est plus grande à
l'intérieur qu'à l'extérieur. Que cache ces sombres pièces et couloirs ? Quel
est ce bruit que l'on entend ?
Mais, ce qui est formidable, c'est que
Danielewski met en place dans son récit une multitude de mises
en abime, là où il aurait pu se contenter de simplement raconter son histoire.
En effet, le livre commence avec un monologue de Johnny Truant, un tatoueur de
Los Angeles. Cherchant un nouvel appartement, il visite celui d'un certain
Zampanò, un homme aveugle mort récemment. Et c'est ainsi qu'il découvre un
manuscrit écrit par Zampanò lui-même, un essai de critique académique d'un
film, The Navidson Record. Et c'est ce film qui raconte l'aménagement
de la famille Navidson dans la fameuse maison "maudite".
... is
not... Et toute la folie de House
of Leaves est là : le livre est en fait la critique de Zampanò sur le
film de Navidson, elle-même parsemée des notes et recherches de Johnny Truant,
qui se retrouve passionné par cette histoire. Et même si l'intrigue principale
est cette maison à la géométrie
variable, on est autant passionné par les investigations de Zampanò et de
Johnny Truant, chacun voulant comprendre... Et c'est avec un talent hors norme
de l'auteur que l'on voit l'emprise que va avoir la maison sur tous ceux qui
cherchent à comprendre ses secrets.
Le point culminant étant bien évidemment Johnny Truant,
complètement rongé et sombrant peu à peu dans la folie, à cause d'un lieu qu'il
n'a jamais vu, des personnes qu'il n'a jamais rencontré. House
of Leaves est poisseux, crade, dérangeant, impressionant, obnubilant,
étouffant, inquiétant. Je suis bien clair ? Parce que, je ne vous ai pas tout
dit : s'il est impressionant sur le plan du scénario même, le livre se démarque
également par sa forme. En effet, le texte, la typographie, les mots, leurs
positions, leurs caractères, tout cela reflète l'état du narrateur.
Ainsi, alors que la mise en page au début du livre est
claire et nette, elle devient de plus en plus chaotique au fur et à mesure de
l'avancée de l'intrigue, des notes parsemant la page, de manière erratique.
Certains passages sont regroupés dans de petits cadres bleus, d'autres pages
peuvent ne contenir que quelques mots... Vous avez un exemple juste un tout
petit peu plus bas (cliquez pour le voir en plus grand), pour vous rendre
compte à quel point l'auteur est taré. De plus, les notes de Johnny Truant
peuvent être très claires dans certains cas, mais peuvent être carrément
incompréhensibles lorsque Truant lui-même laisse totalement sortir ses pensées
alors qu'il est drogué, et qu'il écrit sur sa machine à écrire. Ou comment une
seule phrase peut remplir une page entière grand format.
... for
you." Dans le même ordre d'idée, le mot "house" est écrit en bleu
dans tout le livre, tandis que le mot "minotaur" est écrit en
rouge dans certaines éditions... De véritables folies de la part d'un auteur
véritablement à part, qui aura mis dix ans pour écrire son oeuvre, et on le
croit aisément, tant l'ensemble parait irréalisable. La somme d'éléments, de
notes, d'anecdotes réelles nous faisant croire que The Navidson Record
existe réellement, de détails sur les personnages, tout est
impressionnant.
Cela résulte bien évidemment en un bouquin dense et
difficile à appréhender, qui déplaira certainement à la personne qui ne sera
pas directement rentré dans le trip complètement hypnotique de l'auteur. Mais,
si elle y arrive, elle n'en sortira pas avant d'être arrivée à bout des 700
pages que compte la sublime édition originale. Pour parler d'une aventure
personnelle, je me souviens avoir loupé trois fois de suite le tramway
montpéllierain, parce que Navidson était sur le point de faire une découverte
bouleversante...
Plus qu'un livre, House
of Leaves est une véritable expérience littéraire sans comparaison, un
élan de folie créatrice horrifique, raconté par le biais d'un essai académique,
ajoutant de la froideur glacée là où une simple narration aurait manqué
d'originalité... Si vous n'avez pas peur de l'anglais, procurez-vous l'édition
originale facilement trouvable à 15 euros, ou commandez-vous l'édition
française pour un peu moins de trente euros. Dans les deux cas, vous vous
offrirez une merveille. "And then the nightmare will begin."
sǝlqɯnɯ ǝɥ "'ɟlǝsʎɯ uɐɥʇ ɹǝɥʇo ƃuıɥʇʎuɐ ɟo ǝsuǝs ou ǝʌɐɥ ı"

