"This... House of leaves est le bouquin le plus fou que j'ai jamais pu lire, soyez-en persuadés. Oh, beaucoup d'entre vous le connaissent peut-être déjà, étant donné que sa sortie anglaise date du 7 mars 2000 (2002 pour la France). Tout cela remonte d'ailleurs à plus loin, le livre n'étant au départ qu'une pile de pages manuscrites, se retrouvant parfois sur internet... Sa sortie en livre a marqué le début d'un véritable culte à une oeuvre à part entière, une conte dérangeant qui ne ressemble à rien d'autre, l'oeuvre d'une vie, celle de Mark Z. Danielewski. Un homme dérangé, si vous voulez mon avis.
    Tout comme les portmanteau chers à Humpty Dumpty, le scénario de House of Leaves est une union de plusieurs éléments, englobant littéralement le lecteur. Le début du scénario est plutôt clair : une famille emménage dans une maison, sur les hauteurs de Ash Tree Lane. Le père de famille, Will Navidson, est un photographe renommé, et décide de faire un film de son emménagement dans cette superbe maison. Mais voilà, la famille découvre une pièce qui n'était pas présente plus tôt, puis une autre, puis une autre... Navidson doit bien se rendre à l'évidence : sa maison est plus grande à l'intérieur qu'à l'extérieur. Que cache ces sombres pièces et couloirs ? Quel est ce bruit que l'on entend ?
    Mais, ce qui est formidable, c'est que Danielewski met en place dans son récit une multitude de mises en abime, là où il aurait pu se contenter de simplement raconter son histoire. En effet, le livre commence avec un monologue de Johnny Truant, un tatoueur de Los Angeles. Cherchant un nouvel appartement, il visite celui d'un certain Zampanò, un homme aveugle mort récemment. Et c'est ainsi qu'il découvre un manuscrit écrit par Zampanò lui-même, un essai de critique académique d'un film, The Navidson Record. Et c'est ce film qui raconte l'aménagement de la famille Navidson dans la fameuse maison "maudite".



    ... is not... Et toute la folie de House of Leaves est là : le livre est en fait la critique de Zampanò sur le film de Navidson, elle-même parsemée des notes et recherches de Johnny Truant, qui se retrouve passionné par cette histoire. Et même si l'intrigue principale est cette maison à la géométrie variable, on est autant passionné par les investigations de Zampanò et de Johnny Truant, chacun voulant comprendre... Et c'est avec un talent hors norme de l'auteur que l'on voit l'emprise que va avoir la maison sur tous ceux qui cherchent à comprendre ses secrets.
    Le point culminant étant bien évidemment Johnny Truant, complètement rongé et sombrant peu à peu dans la folie, à cause d'un lieu qu'il n'a jamais vu, des personnes qu'il n'a jamais rencontré. House of Leaves est poisseux, crade, dérangeant, impressionant, obnubilant, étouffant, inquiétant. Je suis bien clair ? Parce que, je ne vous ai pas tout dit : s'il est impressionant sur le plan du scénario même, le livre se démarque également par sa forme. En effet, le texte, la typographie, les mots, leurs positions, leurs caractères, tout cela reflète l'état du narrateur.
    Ainsi, alors que la mise en page au début du livre est claire et nette, elle devient de plus en plus chaotique au fur et à mesure de l'avancée de l'intrigue, des notes parsemant la page, de manière erratique. Certains passages sont regroupés dans de petits cadres bleus, d'autres pages peuvent ne contenir que quelques mots... Vous avez un exemple juste un tout petit peu plus bas (cliquez pour le voir en plus grand), pour vous rendre compte à quel point l'auteur est taré. De plus, les notes de Johnny Truant peuvent être très claires dans certains cas, mais peuvent être carrément incompréhensibles lorsque Truant lui-même laisse totalement sortir ses pensées alors qu'il est drogué, et qu'il écrit sur sa machine à écrire. Ou comment une seule phrase peut remplir une page entière grand format.



    ... for you." Dans le même ordre d'idée, le mot "house" est écrit en bleu dans tout le livre, tandis que le mot "minotaur" est écrit en rouge dans certaines éditions... De véritables folies de la part d'un auteur véritablement à part, qui aura mis dix ans pour écrire son oeuvre, et on le croit aisément, tant l'ensemble parait irréalisable. La somme d'éléments, de notes, d'anecdotes réelles nous faisant croire que The Navidson Record existe réellement, de détails sur les personnages, tout est impressionnant.
    Cela résulte bien évidemment en un bouquin dense et difficile à appréhender, qui déplaira certainement à la personne qui ne sera pas directement rentré dans le trip complètement hypnotique de l'auteur. Mais, si elle y arrive, elle n'en sortira pas avant d'être arrivée à bout des 700 pages que compte la sublime édition originale. Pour parler d'une aventure personnelle, je me souviens avoir loupé trois fois de suite le tramway montpéllierain, parce que Navidson était sur le point de faire une découverte bouleversante...
    Plus qu'un livre, House of Leaves est une véritable expérience littéraire sans comparaison, un élan de folie créatrice horrifique, raconté par le biais d'un essai académique, ajoutant de la froideur glacée là où une simple narration aurait manqué d'originalité... Si vous n'avez pas peur de l'anglais, procurez-vous l'édition originale facilement trouvable à 15 euros, ou commandez-vous l'édition française pour un peu moins de trente euros. Dans les deux cas, vous vous offrirez une merveille. "And then the nightmare will begin."



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