Not Too Late, de Norah Jones
Par Anansi le jeudi 5 juillet 2007, 18:14 - Le canard et la musique - Lien permanent

En janvier dernier, est sorti le troisième album de la sublime Norah Jones, trois ans après Feels Like Home... Pour cette cuvée, la jazzwoman new-yorkaise sort des sentiers battus et s'essaie à de nouvelles expériences, et le résultat est jouissif. Si si, comme je vous dis.
Evolution. Comme le dit si bien ackboo du
délicieux Canard PC, il faut peu de choses pour faire l'extase d'un homme :
mettez-lui un album de Norah Jones dans les oreilles (la
musique, pas le CD en lui-même, hein), et vous aurez tout ce qu'il vous faut.
Cela fait maintenant 3 ans qu'on attendait que la fille du grand Ravi
Shankar et soeur d'Anoushka Shankar (sacrée famille)
sorte un nouvel album, même si on a pu voir entre-temps une petite escapade
country avec le groupe The Little Willies.
Et, franco de porc (les copains d'abord), Not Too
Late est une excellente cuvée. Moins "petit jazz au coin du feu" que les
deux premiers albums, la belle se fait plus sophistiquée, avec des accords et
des instruments beaucoup plus recherchés. Bon, ce n'est pas non plus du
Emilie Simon ou du CocoRosie, hein, mais j'apprécie la
volonté.
Toujours produit chez Blue Note, ZI label de Jazz across
da globe, l'album est sans doute le plus personnel de Norah
Jones (vous avez remarqué comment c'est trop naze comme phrase ? On se
croirait dans les Inrocks), puisqu'elle a écrit toutes les chansons, comme une
grande. D'où une plus grande sophistication peut-être, la chanteuse voulant
jouer autre chose que du Wurlitzer de temps en temps, et on ne peut pas
vraiment lui en vouloir.

"I cherish
you, my dear country." Le piano laisse donc la place à la
guitare pour donner le rythme, et certains passages se veulent funky...
Sinkin' Soon par exemple, avec son solo de mandoline, est carrément
géniale, et met une pêche d'enfer sans être très rythmée. Non, il suffit juste
d'avoir un doux rythme entêtant, et hop, ça vous donne du baume au coeur.
Une autre, comme Not My Friend, se veut beaucoup
plus hypnotique et montre vraiment à quel point l'album est différent des
précédents, avec des éléments électroniques et une guitare présente pendant
toute la chanson en fond, accompagnant une Norah Jones
virevoltant avec une voix haut perchée rebondissante. Comme si elle sautait sur
des petites gouttes d'eau, symbolisées par de fines, impromptues et petites
notes de piano... Sublime.
Mais le VRAI bijou de l'album est indubitablement (hop là, 6
syllabes, facile) My Dear Country, une pure merveille. Presque
entièrement piano-voix (à part un mythique interlude où des intruments bizarres
interviennent), elle est montée comme une contine que votre môman vous
racontait à votre chevet le soir quand vous étiez mômes, la voix suave de
Norah Jones s'adaptant parfaitement à ce type d'oeuvre. La
miss n'a jamais aussi extatique, croyez-moi.
Norah Jones - Sinkin' Soon (live)
L'art de
la beauté. Malgré tout, toutes les chansons ne sont pas
génialissimes, même si l'ensemble reste quand même très bon. En fait, le
problème avec Norah Jones, c'est qu'il ne faut pas trop
écouter les paroles, souvent trop romantico-dégoulinante : "It's not too
late for love" et tout et tout, ça va trente secondes mais on en fait vite
le tour, en fait. Pour cela, My Dear Country s'avère d'ailleurs
surprenante puisque l'interprète quitte son carcan pour faire une critique
acerbe des Etats-Unis et de son président, ce qui est toujours bienvenu.
Enfin, tout cela relève finalement du détail, puisqu'on
écoute surtout Norah Jones pour la beauté de la musique et des
harmonies... Elle pourrait nous raconter qu'elle s'est brossé les dents ou
qu'elle a mangé une pomme Granny, je pense que j'adorerai toujours autant,
parce qu'elle le dirait avec sa sublime voix douce et mélodieuse, faisant jouer
de ses sublimes envolées lyriques.
Au final, Not Too Late est et restera l'une des
pièces majeures de l'oeuvre de la chanteuse, parce qu'il marque un changement
subtil mais fondamental. En glissant douceureusement vers des mélodies douces
et dérangeantes qui ne choqueraient pas dans un film de Terry
Gilliam ou de Tim Burton, la belle se construit un
univers plus sophistiqué mais toujours aussi beau et doux. C'est ce qu'on
appelle la classe.
Not Too Late, un album de Norah Jones (Blue Note), disponible en deux éditions.

