Evolution. Comme le dit si bien ackboo du délicieux Canard PC, il faut peu de choses pour faire l'extase d'un homme : mettez-lui un album de Norah Jones dans les oreilles (la musique, pas le CD en lui-même, hein), et vous aurez tout ce qu'il vous faut. Cela fait maintenant 3 ans qu'on attendait que la fille du grand Ravi Shankar et soeur d'Anoushka Shankar (sacrée famille) sorte un nouvel album, même si on a pu voir entre-temps une petite escapade country avec le groupe The Little Willies.
    Et, franco de porc (les copains d'abord), Not Too Late est une excellente cuvée. Moins "petit jazz au coin du feu" que les deux premiers albums, la belle se fait plus sophistiquée, avec des accords et des instruments beaucoup plus recherchés. Bon, ce n'est pas non plus du Emilie Simon ou du CocoRosie, hein, mais j'apprécie la volonté.
    Toujours produit chez Blue Note, ZI label de Jazz across da globe, l'album est sans doute le plus personnel de Norah Jones (vous avez remarqué comment c'est trop naze comme phrase ? On se croirait dans les Inrocks), puisqu'elle a écrit toutes les chansons, comme une grande. D'où une plus grande sophistication peut-être, la chanteuse voulant jouer autre chose que du Wurlitzer de temps en temps, et on ne peut pas vraiment lui en vouloir.



    "I cherish you, my dear country." Le piano laisse donc la place à la guitare pour donner le rythme, et certains passages se veulent funky... Sinkin' Soon par exemple, avec son solo de mandoline, est carrément géniale, et met une pêche d'enfer sans être très rythmée. Non, il suffit juste d'avoir un doux rythme entêtant, et hop, ça vous donne du baume au coeur.
    Une autre, comme Not My Friend, se veut beaucoup plus hypnotique et montre vraiment à quel point l'album est différent des précédents, avec des éléments électroniques et une guitare présente pendant toute la chanson en fond, accompagnant une Norah Jones virevoltant avec une voix haut perchée rebondissante. Comme si elle sautait sur des petites gouttes d'eau, symbolisées par de fines, impromptues et petites notes de piano... Sublime.
    Mais le VRAI bijou de l'album est indubitablement (hop là, 6 syllabes, facile) My Dear Country, une pure merveille. Presque entièrement piano-voix (à part un mythique interlude où des intruments bizarres interviennent), elle est montée comme une contine que votre môman vous racontait à votre chevet le soir quand vous étiez mômes, la voix suave de Norah Jones s'adaptant parfaitement à ce type d'oeuvre. La miss n'a jamais aussi extatique, croyez-moi.


Norah Jones - Sinkin' Soon (live)


Norah Jones - Sinkin' Soon (live)

    L'art de la beauté. Malgré tout, toutes les chansons ne sont pas génialissimes, même si l'ensemble reste quand même très bon. En fait, le problème avec Norah Jones, c'est qu'il ne faut pas trop écouter les paroles, souvent trop romantico-dégoulinante : "It's not too late for love" et tout et tout, ça va trente secondes mais on en fait vite le tour, en fait. Pour cela, My Dear Country s'avère d'ailleurs surprenante puisque l'interprète quitte son carcan pour faire une critique acerbe des Etats-Unis et de son président, ce qui est toujours bienvenu.
    Enfin, tout cela relève finalement du détail, puisqu'on écoute surtout Norah Jones pour la beauté de la musique et des harmonies... Elle pourrait nous raconter qu'elle s'est brossé les dents ou qu'elle a mangé une pomme Granny, je pense que j'adorerai toujours autant, parce qu'elle le dirait avec sa sublime voix douce et mélodieuse, faisant jouer de ses sublimes envolées lyriques.
    Au final, Not Too Late est et restera l'une des pièces majeures de l'oeuvre de la chanteuse, parce qu'il marque un changement subtil mais fondamental. En glissant douceureusement vers des mélodies douces et dérangeantes qui ne choqueraient pas dans un film de Terry Gilliam ou de Tim Burton, la belle se construit un univers plus sophistiqué mais toujours aussi beau et doux. C'est ce qu'on appelle la classe.


Not Too Late, un album de Norah Jones (Blue Note), disponible en deux éditions.