Only at the grindhouse. Ah Grindhouse... Voilà un sacré bon moment que je vous en parle ici, étant toujours à l'affut des moindres informations à propos du diptyque de Tarantino et Rodriguez. Entre la joie des fans de voir les bandes annonces et autres images, et leur frustation à l'annonce de la séparation des deux films pour la sortie européenne, tout ça n'a pas été de tout repos. Personnellement, j'ai vite préféré que les films soient séparés, pour qu'ils puissent être allongés comme le veulent les réalisateurs. C'est donc avec un certain bonheur que je me suis déplacé avec nonchalance vers mon cinéma de quartier, le seul diffusant en version originale Death Proof, la fameuse partie de Tarantino. Elle durait moins d'1h30 dans Grindhouse, là voilà maintenant qui s'étend sur 2 heures.
    Les lumières s'éteignent. Je m'attends plus ou moins à ce que des feux d'artifices explosent, des confettis tombent du plafond, ou autres choses de ce genre, mais l'écran se contente de s'allumer, pour laisser apparaitre le désormais fameux "Our Feature Presentation", déjà vu dans Kill Bill. La toute première image montre les pieds de l'une des héroïnes, orteils en éventail sur la banquette d'une voiture décapotable. De grosses écritures jaunes vintage s'alignent sur l'image, pour présenter le titre : Quentin Tarantino's Thunder Bolt. Ah non, attendez, l'image est remplacée par un fond noir sur lequel est écrit Death Proof, sur un morceau de pellicule ajoutée à l'arrache. La musique de Jack Nitzsche retentit à nous en faire péter les tympans. Yep, pas de doute, on est bien dans un Tarantino.
    Les pieds exposés au soleil sont ceux de Jungle Julia, fameuse DJ d'Austin. Néanmoins, je me demande si c'est bien la peine de vous présenter le scénario, tant il vous a déjà été rabaché. Et puis, les scénarios de Tarantino n'ont jamais été très développé, et cela se confirme encore une fois avec Death Proof, présenté comme un slasher. Et l'appellation résume tout : un sérial-killer, en la personne de Stuntman Mike, parcourt les Etats-Unis pour tuer des jolies jeunes filles. Pour cela il utilise sa voiture de cascadeur, réputée pour être à l'épreuve de mort.



    Perhaps 'fuck off' might be too kind. Le film peut se diviser en deux parties : dans la première, nous suivons donc Jungle Julia, Arlene, Shanna Banana, ainsi que Kim (Rose McGowan, qui sera l'héroïne du Grindhouse : Planet Terror de Rodriguez) un peu plus tard, tandis que la deuxième partie nous fera suivre un autre groupe de quatre filles, dont Abernathy (Rosario Dawson) et la cascadeuse Zoé (jouée par la vraie cascadeuse Zoé Bell, qui joue donc son propre rôle !). Le seul point commun à toutes ces filles : Stuntman Mike, joué par le sémillant Kurt Russell. Un rôle sur mesure pour le seul et unique Snake Plissken, bien que le rôle ait d'abord été proposé à Mickey Rourke, qui n'en a pas voulu, le crétin. Russell trouve ici son plus grand rôle depuis New York 1997, et constitue vraiment la pierre angulaire du film.
    Malgré tout, les autres filles ne sont pas là pour faire de la figuration et Tarantino va se faire un plaisir de développer un background et une psychologie très forte pour chacune d'elles. D'où de loooongues phases de dialogue entre les personnages, rappelant plusieurs scènes cultes comme le débat sur Like A Virgin au début de Reservoir Dogs, ou encore les discussions entre Vincent et Jules dans Pulp Fiction. En fait, je vais faire ici la première critique concernant Death Proof : ça "ressemble" trop à du Tarantino. Oui, les dialogues entre les multiples personnages sont toujours un bonheur parce qu'ils ont toujours cette qualité indéniable, mais j'aurai préféré que le monsieur prenne peut-être plus de risque.
    Dans la même veine, Death Proof (et Grindhouse dans son ensemble) a toujours été revendiqué comme un amusement rendant hommage à tous les vieux films des années 70. C'est juste dommage que, finalement, l'intérêt principal réside là-dedans. Reservoir Dogs et Pulp Fiction, surtout, tiraient leur force du fait que Tarantino se servait de ces codes anciens pour créer quelque chose de nouveau, par un montage de folie, ou la réinvention de standards. Ici, tout est scrupuleusement respecté, ce qui implique un rendu impressionant car audacieux dans l'approche, mais finalement tout sauf original.



    Conclusion : peut mieux faire. Malgré tout, c'est vraiment un bonheur de voir toutes les références parsemant le film, à la fois par le biais des affiches de cinéma ou des dialogues sur des oeuvres passées, mais également des clins d'oeils à d'anciens films de Tarantino : on retrouve en effet le fameux shériff et son "Son Number One" de Kill Bill, et le prénom Arlene rappelle Arlene Machiavelli, déjà prononcé dans Kill Bill, encore une fois.
    Et puis, je suis encore stupéfait de voir à quel point ce geek de Tarantino soigne son bébé dans le moindre détail, surtout dans la forme : effet de pellicule vieillie, montage délibérément fait à la truelle, freeze de l'image, ou encore ce délicieux passage en noir et blanc cramoisi... Tout est peaufiné, et le résultat est bluffant. Et tout ça est bien évidemment associé à une musique de folie, comme il se doit. Pour Death Proof, Tarantino est naturellement allé chercher des vieilleries comme Willy DeVille, Joe Tex, ou encore April March qui chante Chick Habit (qui est déjà dans une pub, ils vont vite) qui se tranforme en Laisse Tomber Les Filles, reprise de Serge Gainsbourg. Je ne vous dis pas tout, mais attendez-vous à une bande originale culte, la musique prenant énormément d'importance.
    Pour résumer, Death Proof est bel et bien l'hommage qu'il se prétend être, mais il n'apporte finalement pas grand chose. Restent quelques phases d'actions qui valent leur pesant de cacahouète, des dialogues truculents (d'ailleurs, il est inconcevable de voir ce film autrement qu'en VO) entre un Kurt Russell extraordinaire et des actrices excellentes, et cette ambiance vintage carrément jouissive. Et puis, c'est un Tarantino, quoi !

Grindhouse : Death Proof (Boulevard De La Mort), de Quentin Tarantino, sortie au cinéma le 6 juin 2007.