"That's that whole nature versus nurture question, isn't it?... J'adore les films indépendants. Parce, au milieu de l'océan de bêtes de festival uniquement créées pour "faire sensation" à Deauville, on peut aussi y trouver de véritables perles. Ainsi, alors que j'attends toujours le Southland Tales de Richard Kelly (Donnie Darko !), je tiens à vous parler de Hard Candy, qui est récemment sorti en dividi. Dès les premières affiches et bandes annonces, le film avait intrigué, par son synopsis plutôt original.
    Tout commence comme un roman à l'eau de rose classique : Jeff et Hayley, qui se sont connus sur internet, décident de se rencontrer. Mais, première pierre dans l'engrenage, Hayley est une petite fille de 14 ans, tandis que que Jeff est un photographe trentenaire. Le scénario se met en place, semblant présenter un cas de pédophilie... Néanmoins, plusieurs éléments clochent : c'est Hayley qui propose d'aller chez lui, c'est Hayley qui veut faire des photos, c'est Hayley qui leur sert à boire de l'alcool...
    Tout va alors basculer, le dominant devient le dominé, le petit chaperon rouge devient le grand méchant loup... D'ailleurs, cette magnifica métaphore de la muerta de dios a la playa n'est pas si anodine que ça, puisqu'on la retrouve dans l'affiche (et la jaquette du DVD) : une jeune fille en petit chaperon rouge, vue de dos, debout dans un gigantesque piège à loup. Une affiche que donne le ton, visant à montrer que la petite romance se transformera bien assez tôt en expérience angoissante et amorale.



    ...Was I born a cute, vindictive, little bitch or... Parce que, oui, autant vous prévenir, Hard Candy n'est pas pour les âmes sensibles. Sauf que le méchant est ici une petite fille de 14 ans. Il faut d'ailleurs remercier Ellen Page, merveilleuse et géniale interprète de Hayley, qui porte tout le film sur ses frêles épaules. Pour son premier grand role au cinoche (mais on l'a déjà vu à la télé, remember la série ReGenesis), elle est simplement parfaite en héroïne dérangée et viscérale, dont le rôle tout en subtilité convient parfaitement à la situation.
    Hayley est tour à tour touchante, troublante, pitoyable, déchirante... Et tout ça est également excellement mis en avant par le script. En effet, plutôt que de tout miser sur l'horreur d'une situation ou l'action effrayante, on prend ici le temps de nous présenter les personnages, longtemps, longuement, pour mieux nous faire comprendre leur psychologie.
    Le film de David Slade mise donc absolument tout sur ses deux personnages principaux, expliquant le huis-clos intégral et le casting très réduit (cinq personnes au générique). Tout le génie du réalisateur réside également et surtout dans le fait que l'abomination du film ne passe pas par des horreurs montrées à l'écran et des bras qui volent, mais surtout par le discours et le dialogue entre les deux protagonistes.



    ...did society make me that way?" La terreur se fait progressivement psychologique, et on ne peut pas s'empêcher de se poser des questions sur notre rapport à la vengeance, et ce que représentent les deux héros. En deux mots, Hard Candy ne donne pas de leçons, mais pose les questions et nous confronte aux faits. Après, on en fait ce que l'on veut. Les personnages ne sont alors plus que des concepts symboliques et allégoriques (voilà, c'est juste pour aligner des mots qui font classe).
    Avant de finir, je ne peux pas m'empêcher de faire remarquer encore une fois le personnage de Hayley, le plus marquant que j'ai rencontré depuis un sacré bon moment. Et puis, tout cela rappelle qu'il subsiste tout de même de vraies jeunes actrices douées dans le cinéma américain (on a aussi Jodelle Ferland, notamment sublime dans Tideland ! Par contre, pitié, ne me parlez pas de Dakota Fanning), et c'est toujours ça de gagné. Malgré tout, il ne faut pas non plus oublier Patrick Wilson, qui se débrouille lui aussi très bien en dominant dominé.
    Hard Candy fait donc partie de ses films qui troublent et choquent longtemps après leur visionnage, tout simplement parce qu'ils interrogent directement le spectateur. Le huis-clos mis en place laisse la part belle aux deux personnages, dont les psychologies nous sont dévoilées au fur et à mesure, avec leurs secrets... Des secrets bien évidemment glauques, pour un film qui ne l'est pas moins.


Hard Candy, un film de David Slade avec Ellen Page et Patrick Wilson, disponible en DVD depuis le 10 mai 2007.


Péhèss : toutes les images (sauf le header) sont ©DVDRama