Hard Candy, de David Slade
Par Anansi le dimanche 3 juin 2007, 21:31 - Canard sur canapé - Lien permanent

Le 27 septembre 2006, sortait enfin Hard Candy au cinéma, le premier film de David Slade... L'histoire d'une relation entre une fille de 14 ans et un trentenaire, qui ne se passe pas comme on pourrait le croire. Il vient de sortir en DVD, c'est donc l'occasion d'en parler.
"That's
that whole nature versus nurture question, isn't it?... J'adore
les films indépendants. Parce, au milieu de l'océan de bêtes de festival
uniquement créées pour "faire sensation" à Deauville, on peut aussi y trouver
de véritables perles. Ainsi, alors que j'attends toujours le Southland
Tales de Richard Kelly (Donnie Darko !), je
tiens à vous parler de Hard Candy, qui est récemment sorti en dividi.
Dès les premières affiches et bandes annonces, le film avait intrigué, par son
synopsis plutôt original.
Tout commence comme un roman à l'eau de rose classique :
Jeff et Hayley, qui se sont connus sur internet, décident de se rencontrer.
Mais, première pierre dans l'engrenage, Hayley est une petite fille de 14 ans,
tandis que que Jeff est un photographe trentenaire. Le scénario se met en
place, semblant présenter un cas de pédophilie... Néanmoins, plusieurs éléments
clochent : c'est Hayley qui propose d'aller chez lui, c'est Hayley qui veut
faire des photos, c'est Hayley qui leur sert à boire de l'alcool...
Tout va alors basculer, le dominant devient le dominé, le
petit chaperon rouge devient le grand méchant loup... D'ailleurs, cette
magnifica métaphore de la muerta de dios a la playa n'est pas
si anodine que ça, puisqu'on la retrouve dans
l'affiche (et la jaquette du DVD) : une jeune fille en petit chaperon
rouge, vue de dos, debout dans un gigantesque piège à loup. Une affiche que
donne le ton, visant à montrer que la petite romance se transformera bien assez
tôt en expérience angoissante et amorale.

...Was I
born a cute, vindictive, little bitch or... Parce que, oui,
autant vous prévenir, Hard Candy n'est pas pour les âmes sensibles.
Sauf que le méchant est ici une petite fille de 14 ans. Il faut d'ailleurs
remercier Ellen Page, merveilleuse et géniale interprète de
Hayley, qui porte tout le film sur ses frêles épaules. Pour son premier grand
role au cinoche (mais on l'a déjà vu à la télé, remember la série
ReGenesis), elle est simplement parfaite en héroïne dérangée et
viscérale, dont le rôle tout en subtilité convient parfaitement à la
situation.
Hayley est tour à tour touchante, troublante, pitoyable,
déchirante... Et tout ça est également excellement mis en avant par le script.
En effet, plutôt que de tout miser sur l'horreur d'une situation ou l'action
effrayante, on prend ici le temps de nous présenter les personnages, longtemps,
longuement, pour mieux nous faire comprendre leur psychologie.
Le film de David Slade mise donc absolument
tout sur ses deux personnages principaux, expliquant le huis-clos intégral et
le casting très réduit (cinq personnes au générique). Tout le génie du
réalisateur réside également et surtout dans le fait que l'abomination du film
ne passe pas par des horreurs montrées à l'écran et des bras qui volent, mais
surtout par le discours et le dialogue entre les deux protagonistes.

...did
society make me that way?" La terreur se fait progressivement
psychologique, et on ne peut pas s'empêcher de se poser des questions sur notre
rapport à la vengeance, et ce que représentent les deux héros. En deux mots,
Hard Candy ne donne pas de leçons, mais pose les questions et nous
confronte aux faits. Après, on en fait ce que l'on veut. Les personnages ne
sont alors plus que des concepts symboliques et allégoriques (voilà, c'est
juste pour aligner des mots qui font classe).
Avant de finir, je ne peux pas m'empêcher de faire remarquer
encore une fois le personnage de Hayley, le plus marquant que j'ai rencontré
depuis un sacré bon moment. Et puis, tout cela rappelle qu'il subsiste tout de
même de vraies jeunes actrices douées dans le cinéma américain (on a aussi
Jodelle Ferland, notamment sublime dans Tideland !
Par contre, pitié, ne me parlez pas de Dakota Fanning), et
c'est toujours ça de gagné. Malgré tout, il ne faut pas non plus oublier
Patrick Wilson, qui se débrouille lui aussi très bien en
dominant dominé.
Hard Candy fait donc partie de ses films qui
troublent et choquent longtemps après leur visionnage, tout simplement parce
qu'ils interrogent directement le spectateur. Le huis-clos mis en place laisse
la part belle aux deux personnages, dont les psychologies nous sont dévoilées
au fur et à mesure, avec leurs secrets... Des secrets bien évidemment glauques,
pour un film qui ne l'est pas moins.
Hard Candy, un film de David Slade avec Ellen Page et Patrick Wilson, disponible en DVD depuis le 10 mai 2007.
Péhèss : toutes les images (sauf le header) sont ©DVDRama


Commentaires
Personnellement j'ai bien aimé le film, contrairement aux autres (en effet, sur les quatres que nous étions au cinéma, seulement deux ont aimé, et le reste de la salle fut également partagé à la sortie), il m'a donné des frissons.
Je ne pourrais le décrire mieux que toi, et n'en ai d'ailleurs pas l'intention, je voulais seulement intervenir pour dire que perso j'avais aimé et ca me dérangerait pas de le revoir, voili voilou !!!