Carnivàle, de Daniel Knauf
Par Anansi le mardi 29 mai 2007, 14:28 - Le coin-coin des séries - Lien permanent

Je me suis enfin décidé à tout laisser de coté et à me mettre à Carnivàle, cette série dont tout le monde dit du bien ! Et après quelques épisodes de la saison 1, je ne peux qu'être d'accord : cette série est un bijou.
Un staff
impresionnant. Je ne vous apprends rien, Carnivàle
n'est pas vraiment la dernière série en date aux Etats-Unis. Commençant sa
diffusion en 2003, celle-ci s'est arrêtée après deux saisons, pour des raisons
plus ou moins obscures (un manque de téléspectateurs, probablement). Malgré
tout, la série s'est forgée en ce court espace de temps une base de fan plutôt
conséquente, et elle est encore l'une des séries les plus acclamées.
Ainsi, Carnivàle faisait partie de ses séries
réputées excellentes mais dont je n'avais jamais pu regarder une seule seconde,
comme Six Feet Under, par exemple. Mais voilà que je tombe par hasard
sur le DVD de la saison 1 à la FNAC du coin... L'occasion ou jamais de réparer
mes fautes et de me laisser emporter par La Caravane de l'Etrange (le
nom français de la série, qui est classique, mais efficace).
Tout d'abord, il faut préciser que la série a été diffusé
sur HBO... A croire que les séries hors-du-commun d'HBO doivent forcément
s'arrêter après deux saisons (même si, pour Rome, les coûts de
production expliquent mieux l'arrêt). Dans tous les cas, HBO représente un
signe de qualité. Elle a été créée par Daniel Knauf, un
monsieur par forcément très connu mais réputé pour ses scénarios tordus, qui a
d'ailleurs valu à son film d'être refusé plusieurs fois avant de devenir une
série pour HBO. Elle est le fruit de la collaboration de plusieurs maîtres,
comme par exemple Ronald D. Moore, LE monsieur de
Battlestar Galactica, qui était ici producteur éxecutif et qui signe
le scénario de plusieurs épisodes. On peut aussi retrouver Rodrigo Garcia et
Jeremy Podeswa, qui ont aussi bossé sur Six Feet Under. Pas vraiment
des débutants, donc.

Allez, on
parle un peu du scénario. L'histoire prend place au coeur des
Etats-Unis, aux alentours de 1934. La situation est délicate : la deuxième
Guerre Mondiale est sur le point de pointer le bout de sa Luftwaffe,
le gigantesque krash boursier de Wall Street de 1929 est responsable de la
Grande Dépression, et les Middle West subissent le Dust Bowl,
gigantesque tempête de poussière.
La fameuse Carnivàle est une foire itinérante, parcourant
tous les Etats-Unis pour apporter un peu de joies aux habitants. Comme le dit
Sofie, « The people in these towns...They're asleep. All day at work, at
home... Just sleepwalkers. We wake them up. » Ainsi, les membres de la
Carnivàle ont tous un talent ou une particularité, qui explique leur présence.
L'un est un aveugle qui voit beaucoup plus qu'on ne le croit, l'autre soigne
les gens... Sans oublier évidemment la femme à barbe, les siamoises, ou encore
le
boss de la troupe, un nain ! Enfin, l'un des personnages les plus
énigmatiques et intéressants réside en un
prêtre, qui possède de bien étranges pouvoirs (notez le sens du
dramatique)...
On retrouve dans ce casting beaucoup de visages connus par
leurs séries précédentes ou futures : l'aveugle Lodz dont je parle un chouïa
plus haut est interprété par Patrick Bauchau, qu'on avant vu dans Le
Caméléon. Le héros de l'aventure, Ben
Hawkins, est lui joué par Nick Stahl (Terminator
3), l'un de ses jeunots d'Hollywood comme Shia
LaBeouf qui ont le don de m'exaspérer au plus au point. Finalement, il
s'en sort plutôt bien. Mais le vrai bijou de la série reste Clea
DuVall, qui joue un petit rôle dans Heroes en la personne de
l'agent du FBI Audrey Hanson (mais si, la pote à Parkman), mais qui est ici une
pure merveille dans son rôle de Sofie, une
cartomancienne télékinésiste.

Merci
HBO. Mais cette foire itinérante n'est pas le seule élément du
scénario, puisqu'elle n'est finalement que la partie émergée de l'iceberg. Plus
profondément, Carnivàle dépeint un combat titanesque entre le
Bien et le Mal. N'en étant encore qu'au début de la saison 1, cette trame n'est
pas encore bien développée, mais le tout s'avère incroyablement passionant dès
le début.
Avant de terminer, je me dois de parler du générique...
Comme pour Rome, celui-ci dure une bonne minute et demi, et il est
simplement le plus beau que j'ai pu voir. D'ailleurs, cela ne m'étonnerait pas
que ce soit le même qui ait réalisé les génériques de Carnivàle et
Rome (en tout cas, l'auteur de la musique est le même), puisqu'ils
reprennent le même procédé à base d'un mélange de 3D et de 2D, montrant des
peintures célèbres dans lesquelles la caméra se déplace et les fait
vivre.
Et cela est plutôt représentatif de la série elle-même : une
ambiance très particulière, une âme vraiment bien présente, qui la rend tout de
suite hors-du-commun et la place au dessus du lot, pour la personne recherchant
de l'originalité quitte à découvrir un monde plutôt barré. Au déroulement lent
(encore un point commun avec Rome), elle nous dépeint des personnages
aux psychologies on ne peut plus développées. En deux mots, Carnivàle
est intrigante et surprenante dès les premières secondes, et mérite bel et bien
les éloges qui lui sont faites, quel dommage qu'elle ait été arrêtée si
tôt.
Carnivàle, série de Daniel Knauf (deux saisons de 12 épisodes), disponible en DVD.
- Un excellent site de fan, avec notamment une analyse
complète du générique


Commentaires
Je sais, je sais, jsuis un peu à la bourre pour commenter ce post là, mais bon, Je suis venu pour voir comment d'autres causaient d'Hot Fuzz et je suis resté bloqué en voyant que tu encensais aussi Carnivàle. Mais, j'espère que depuis cet article tes sources concernant HBO se sont complétées sinon je vais t'aider ici à ne plus déprimer inutilement.
Il faut savoir qu'aux états unis, les horaires de diffusion d'une série sont mouvants et flexibles. Ce qui permet aux directeurs financiers d'une chaîne (qui sont aussi les programmateurs) de déplacer une série vers une tranche horaire plus adaptée à son public. En principe donc, c'est quand même pratique: si une série coince à son entrée, on lui offre une seconde chance dans une tranche horaire plus adaptée. Mais bon, à producteur américain rien d'impossible, il faut aussi garder en tête que c'est un pays qui n'est pas à une contradiction près concernant sa production audiovisuelle.
Ainsi on trouve deux chaînes majeures dans le paysage de la série télé américaine qui ne sont pas foutues de gérer leur propres productions correctement: HBO et la FOX.
Le gros problême d'HBO, c'est que depuis quelques années déjà, ils osent et produisent de véritables petits bijoux dont Carnivàle faisait exemple (il y a eu Deadwood et aussi Rome par la suite, qui connurent les mêmes sorts). Mais alors qu'ils misent sur l'originalité, les moyens mis en oeuvre, la lignée scénaristique, ils ne prennent malheureusement pas le soin de fidéliser leur public.
Ainsi pour des raisons diverses et variées, si un épisode fait moins de spectateurs qu'un précédent, BOUM, c'est le programme qui change d'heure. Et si ça ne va pas mieux, on le redéplace. Si on trouve un horaire plus convenable, on pause pendant trois semaines et on le diffuse à cet autre horaire. Forcément, le public découvrant la série à ce moment là ne peut accrocher au vu de la complexité des scénars mis en oeuvres depuis trois épisodes qu'il a raté, et le public qui a suivi lesdits trois épisodes fatigue de ne plus retrouver sa série à la même heure chaque semaine et décroche lui aussi. Résultat, les financiers de la chaîne avaient raison: "Ce programme est voué à l'échec. On annule tout". Paradoxalement, la vente dvd de ces séries est un grand rattrapage et les buzzs de fans sur internet en témoignent.
Pour la FOX c'est un peu différent. Loin d'avoir l'audace d'HBO, la FOX produit des séries beaucoup plus vites consommées et l'on trouve dans ses rangs de tout et de rien. Prenons deux exemples frappant concernant la FOX: Buffy et Futurama. Buffy était un prjet dont personne ne voulait. Whedon (créateur et réalisateur de la série) ayant en 1996 réalisé un film sur cette même histoire chez la FOX qui fût un flop total. Il revint les voir en leur demandant de ne pas interférer sur le plan artistique; par un miracle inespéré, ceux-ci le laissairent donc tenter sa chance avec une demi série (la première saison ne faisant que 12 épisodes). Comme on le sait, ce fut le jackpot, et ce durant 4 années. Mais par lassitude, la FOX décida de ne pas renouveler le contrat de diffusion. Whedon alla frapper chez Warner qui se proposa de racheter ces droits de diffusion. La chaîne Warner diffusa alors Buffy sur ses dernières saisons alors que c'était un programme initialement concu par la FOX. La fox fut obligée de continuer de produire la série mais ne verrait son retour financier que sur les coffrets dvds, chose qui paraissait non rentable à leurs yeux. Une grosse erreur pour la FOX effectivement puisque son chiffre d'audience allait justement chuter à la fin de la série X-FILES. M'enfin, se rendant compte de l'erreur, la FOX revint voir Whedon et racheta ses droits de suite au cas où. Malheureusement, les discussions s'arrêterent là, Whedon avait diffusé la fin de sa série, la fox ferait ses bénéfices sur les dvds restants et le spin off Angel, annulé un an plus tard...
Pour Futurama (Matt Groening, auteur des Simpsons), même combat. Mais le pire c'est que cela se passe pratiquement 5 ans plus tard. La FOX n'apprends rien. A la fin de troisième saison, la FOX annonce qu'elle annule la suite. Groening propose de finir sa quatrième saison alors en cours de prod à ses frais et de sortir le coffret dvd d'une cinquième saison aussi. Pas plus interressée, la FOX le laisse s'en aller avec ses droits d'auteurs mais fait des promesses de pressage de galette. La série fait un record en dvd, dépassant le nombre de téléspectateur. Elle devient un phénomène dans le monde de l'animation et créé chaque jours plus de fan. La fox révise son jugement après trois ans de parlotte et propose de produire les longs métrages animés que Groenig a en tête. Il en profitera pour se faire produire le film des Simpsons et relancer cette série sur quelques saisons avant d'accepter. Groening voit double, les Simpsons et Futurama sont renouvelées sans que la FOX ne vienne mettre son nez dans les scénars.
Voili voilou pour les anecdotes. En gros, les chaînes américaines sont rarement capable de voir plus loin que le profit immédiat (à la minute près) et malheureusement, cela coute la vie de nombreuses séries parfois fabuleuses ou historiques (Twin Peaks par exemple, qui n'a jamais connu sa vraie fin).