If you need me, me and Neil'll be hangin' out with the dream king. Neil said "hi", by the way.

    Non, ce n'est pas le mec de Spiderman. Difficile, très difficile... Parler d'une oeuvre de Neil Gaiman sans enchaîner les mélioratifs et les synonymes de "fabuleux" me parait un exercice plutôt risqué, et je ne promet pas de réussir. Mais enfin, avant d'en faire les éloges, parlons du scénario de Sandman si vous le voulez bien... Sandman, qui est beaucoup plus souvent appelé Morphée, ou Dream. Il fait partie de la famille des Eternels, aux cotés de Destiny, Death, Desire, Despair, Delirium et Destruction. Certains le considérent comme le Dieu du Rêve. Ce qui est sûr (et qui est juste), c'est qu'il est la représentation anthropomorphique (et les lecteurs du Disque-Monde sauront de quoi je parle) du rêve, et de la capacité intrinsèque des hommes à s'évader de leur conscience. Chaque membre des Eternels est ainsi la personnification d'un concept, que leur nom désigne.
    Voilà brièvement résumée la trame principale de Sandman, cette série de roman graphique dont Neil Gaiman est l'auteur. En effet, avant d'être l'écrivain qu'il est maintenant, le monsieur était avant tout un scénariste de comics, Sandman étant sa plus grande oeuvre. Débutée en 1988 et s'étalant jusqu'en 1996, le cycle est constitué de 75 parties, constituant une myriade d'histoires plus ou moins longues, chacune indépendante mais mettant toujours en avant les Eternels, et en particulier Dream.
    Ces histoires, autant de petites planètes prenant part à l'élaboration du mythe de Sandman, se virent plus tard regroupées en livres avec couverture cartonnée et tout le tintouin, chaque tome regroupant plusieurs histoires. C'est ainsi que Préludes & Nocturnes arriva en France en 2004, et que les autres tomes suivirent de manière plus ou moins chaotique, jusqu'à arriver à Fables & Reflexions, disponible depuis une paire de mois environ. Un sublime patchwork féérico-mythologique, pour une aventure sensationelle.

    Ah ben oui, il est comme ça lui. J'ai toujours été stupéfait par cette capacité qu'a Neil Gaiman de transporter le lecteur dans son univers. Cela peut se vérifier avec n'importe lequel de ses livres : Neverwhere, Stardust, American Gods, Anansi Boys... Tous ces romans ont marqué ma vie de lecteur car ils ont cette grâce, cette faculté d'émerveillement que je n'ai jamais retrouvé ailleurs. En quelques lignes, Gaiman vous emmène, vous emprisonne dans son monde, et vous n'avez plus aucune porte de sortie, tant que vous n'avez pas fini le livre (et cela arrive beaucoup trop tôt). Cela se vérifie encore mieux sur les histoires courtes que le sieur aime écrire, et qu'il regroupe en compilations, telle que Miroirs et Fumées. Imaginez des mondes entiers emprisonnés entre deux feuilles de papier, et vous aurez une vague idée de ce que vous pourrez découvrir.
    Je suis d'accord avec vous, dire les choses de cette façon parait plutôt naïf et tout sauf subjectif, et je vous répondrai que vous avez raison. Mais que voulez-vous, on ne se refait pas. Toujours est-il que cette sensation reste la même avec Sandman, où l'auteur prouve que, plutôt que d'être un scénariste, romancier ou novelliste, il est surtout un conteur d'histoires. Des contes tragiques, fictifs, dramatiques, mélangeant les mythes et les légendes... Pour ce Fables & Réfléxions (regroupant neuf épisodes), l'auteur nous fait connaître les rêves et les fantasmes d'hommes banals destinés à marquer l'Histoire, comme par exemple le récit vrai de Norton Ier, autoproclamé Empereur des Etats-Unis...
    Une histoire vraie transformée, évidemment, je rappelle qu'il s'agit de Gaiman, mais Norton Ier a bel et bien existé. Autre part, Cain et Able raconteront leur aventure, biblique, tandis qu'une certaine Johanna Constantine, prisonnière de Robespierre recevra l'aide d'Orphée, fils de Dream (ou Morphée, si vous préférez). Chaque conte mèle la réalité historique avec un ésotérisme représenté par Dream et les Eternels, entrechoquant les dimensions, faisant valser les barrières. Et tout cela trouve son apogée avec Orphée, roman graphique en plusieurs parties nous contant en filigrane l'histoire du fils de Morphée partant retrouver sa femme dans le Royaume des Morts.

    Ne l'écoutez pas. Au final, il n'y a qu'un seul défaut que je pourrai formuler pour Sandman, et cela concerne les dessins. En effet, dans un premier temps, il ne faut pas oublier que tout cela date d'une quinzaine d'années : les dessins ne sont donc pas toujours au sommet, et les couleurs bavent quelques fois. Malgré tout, il n'y a rien de très grave, et les dessins remplissent très bien leur contrat unique, qui est de restituer graphiquement l'univers mis en place par Neil Gaiman. Et puis, il faut aussi signaler que chaque petites histoires est illustrée par un dessinateur différent, à la différence des autres comics. Même si cela permet un renouvellement à chaque conte, certains pourront regretter le manque de cohérence, le style des dessinateurs pouvant changer du tout au tout.
    Malgré tout, cela ne m'étonne pas que Sandman ait eu autant de succès à l'époque où il paraissait, aux Etats-Unis. Pour ma part, seul le Peter Pan de Loisel m'aura autant émerveillé et troublé, même si les deux ne jouent pas sur le même tableau et que mon but n'est pas ici de les comparer (parce qu'il n'y a aucun intérêt). Ne connaissant Sandman que pour son auteur et son scénario qui m'intéressait à un point incroyable, j'ai découvert le mythe avec ce sixième volet (oui, car Fables & Réflexions est le sixième tome, mais chacun peut se lire indépendamment), et je ne peux donc m'étaler sur la qualité supposé du cycle dans son ensemble. Mais celle de tome-ci, je peux en discuter, et je ne me suis donc pas géné.
    Encore une fois, Neil Gaiman m'aura prouvé qu'il est un auteur extraordinaire (je vous ai dit que je n'y arriverais pas), en créant un univers fragmenté mais toujours précis et établi. Par le biais d'une multitude de personnages secondaires, réels ou non, il nous emmène dans son univers improbable et malsain. Tant pis pour nous...

Sandman, le Roi du Rêve, ce personnage pâle et élancé que vous allez rencontrer dans chacun de ces histoires, est peut-être moins mauvais qu'il n'y paraît. Bonsoir. Dormez bien. Prenez garde aux punaises.


Fables et Réflexions (Sandman, T. 6), écrit par Neil Gaiman et illustré par plein de gens, disponible (Panini Comics).