Fables et Réflexions (Sandman, T. 6), de Neil Gaiman
Par Anansi le jeudi 24 mai 2007, 16:10 - Littérature et BD - Lien permanent

"There are seven beings that are not Gods, that existed before humanity dreamed of Gods, that will exist after the last God is dead. There are seven beings that exist because, deep in our hearts, we know that they exist."
If you need me, me and Neil'll be hangin' out with the dream king. Neil said "hi", by the way.
Non, ce
n'est pas le mec de Spiderman. Difficile, très difficile...
Parler d'une oeuvre de Neil Gaiman sans enchaîner les
mélioratifs et les synonymes de "fabuleux" me parait un exercice plutôt risqué,
et je ne promet pas de réussir. Mais enfin, avant d'en faire les éloges,
parlons du scénario de Sandman si vous le voulez bien... Sandman, qui
est beaucoup plus souvent appelé Morphée, ou Dream. Il fait partie de la
famille des Eternels, aux cotés de Destiny, Death, Desire, Despair, Delirium et
Destruction. Certains le considérent comme le Dieu du Rêve. Ce qui est sûr (et
qui est juste), c'est qu'il est la représentation anthropomorphique (et les
lecteurs du Disque-Monde sauront de quoi je parle) du rêve, et de la
capacité intrinsèque des hommes à s'évader de leur conscience. Chaque membre
des Eternels est ainsi la personnification d'un concept, que leur nom
désigne.
Voilà brièvement résumée la trame principale de
Sandman, cette série de roman graphique dont Neil
Gaiman est l'auteur. En effet, avant d'être l'écrivain qu'il est
maintenant, le monsieur était avant tout un scénariste de comics,
Sandman étant sa plus grande oeuvre. Débutée en 1988 et s'étalant
jusqu'en 1996, le cycle est constitué de 75 parties, constituant une myriade
d'histoires plus ou moins longues, chacune indépendante mais mettant toujours
en avant les Eternels, et en particulier Dream.
Ces histoires, autant de petites planètes prenant part à
l'élaboration du mythe de Sandman, se virent plus tard regroupées en livres
avec couverture cartonnée et tout le tintouin, chaque tome regroupant plusieurs
histoires. C'est ainsi que Préludes & Nocturnes arriva en France
en 2004, et que les autres tomes suivirent de manière plus ou moins chaotique,
jusqu'à arriver à Fables & Reflexions, disponible depuis une paire
de mois environ. Un sublime patchwork féérico-mythologique, pour une aventure
sensationelle.
Ah ben
oui, il est comme ça lui. J'ai toujours été stupéfait par cette
capacité qu'a Neil Gaiman de transporter le lecteur dans son
univers. Cela peut se vérifier avec n'importe lequel de ses livres :
Neverwhere, Stardust, American Gods, Anansi
Boys... Tous ces romans ont marqué ma vie de lecteur car ils ont cette
grâce, cette faculté d'émerveillement que je n'ai jamais retrouvé ailleurs. En
quelques lignes, Gaiman vous emmène, vous emprisonne dans son
monde, et vous n'avez plus aucune porte de sortie, tant que vous n'avez pas
fini le livre (et cela arrive beaucoup trop tôt). Cela se vérifie encore mieux
sur les histoires courtes que le sieur aime écrire, et qu'il regroupe en
compilations, telle que Miroirs et Fumées. Imaginez des mondes entiers
emprisonnés entre deux feuilles de papier, et vous aurez une vague idée de ce
que vous pourrez découvrir.
Je suis d'accord avec vous, dire les choses de cette façon
parait plutôt naïf et tout sauf subjectif, et je vous répondrai que vous avez
raison. Mais que voulez-vous, on ne se refait pas. Toujours est-il que cette
sensation reste la même avec Sandman, où l'auteur prouve que, plutôt
que d'être un scénariste, romancier ou novelliste, il est surtout un conteur
d'histoires. Des contes tragiques, fictifs, dramatiques, mélangeant les mythes
et les légendes... Pour ce Fables & Réfléxions (regroupant neuf
épisodes), l'auteur nous fait connaître les rêves et les fantasmes d'hommes
banals destinés à marquer l'Histoire, comme par exemple le récit vrai de Norton
Ier, autoproclamé Empereur des Etats-Unis...
Une histoire vraie transformée, évidemment, je rappelle
qu'il s'agit de Gaiman, mais Norton Ier a bel et bien existé.
Autre part, Cain et Able raconteront leur aventure, biblique, tandis qu'une
certaine Johanna Constantine, prisonnière de Robespierre recevra l'aide
d'Orphée, fils de Dream (ou Morphée, si vous préférez). Chaque conte mèle la
réalité historique avec un ésotérisme représenté par Dream et les Eternels,
entrechoquant les dimensions, faisant valser les barrières. Et tout cela trouve
son apogée avec Orphée, roman graphique en plusieurs parties nous
contant en filigrane l'histoire du fils de Morphée partant retrouver sa femme
dans le Royaume des Morts.
Ne
l'écoutez pas. Au final, il n'y a qu'un seul défaut que je
pourrai formuler pour Sandman, et cela concerne les dessins. En effet,
dans un premier temps, il ne faut pas oublier que tout cela date d'une
quinzaine d'années : les dessins ne sont donc pas toujours au sommet, et les
couleurs bavent quelques fois. Malgré tout, il n'y a rien de très grave, et les
dessins remplissent très bien leur contrat unique, qui est de restituer
graphiquement l'univers mis en place par Neil Gaiman. Et puis,
il faut aussi signaler que chaque petites histoires est illustrée par un
dessinateur différent, à la différence des autres comics. Même si cela permet
un renouvellement à chaque conte, certains pourront regretter le manque de
cohérence, le style des dessinateurs pouvant changer du tout au tout.
Malgré tout, cela ne m'étonne pas que Sandman ait
eu autant de succès à l'époque où il paraissait, aux Etats-Unis. Pour ma part,
seul le Peter Pan de Loisel m'aura autant émerveillé
et troublé, même si les deux ne jouent pas sur le même tableau et que mon but
n'est pas ici de les comparer (parce qu'il n'y a aucun intérêt). Ne connaissant
Sandman que pour son auteur et son scénario qui m'intéressait à un
point incroyable, j'ai découvert le mythe avec ce sixième volet (oui, car
Fables & Réflexions est le sixième tome, mais chacun peut se lire
indépendamment), et je ne peux donc m'étaler sur la qualité supposé du cycle
dans son ensemble. Mais celle de tome-ci, je peux en discuter, et je ne me suis
donc pas géné.
Encore une fois, Neil Gaiman m'aura prouvé
qu'il est un auteur extraordinaire (je vous ai dit que je n'y arriverais pas),
en créant un univers fragmenté mais toujours précis et établi. Par le biais
d'une multitude de personnages secondaires, réels ou non, il nous emmène dans
son univers improbable et malsain. Tant pis pour nous...
Sandman, le Roi du Rêve, ce personnage pâle et élancé que vous allez
rencontrer dans chacun de ces histoires, est peut-être moins mauvais qu'il n'y
paraît. Bonsoir. Dormez bien. Prenez garde aux punaises.
Fables et Réflexions (Sandman, T. 6), écrit par Neil Gaiman et illustré par plein de gens, disponible (Panini Comics).

