The Black Parade, de My Chemical Romance
Par Anansi le mercredi 9 mai 2007, 11:15 - Le canard et la musique - Lien permanent

Quand un propos morbide (un homme sur le point de mourir) est présenté sur fond de musique marriant amoureusement le punk et l'opéra épique, cela donne The Black Parade, le deuxième album de My Chemical Romance. Visite d'un monde beau et torturé à la fois, pour un émerveillement constant.
Les
Trompettes de la Mort. La mort a toujours fasciné les gens.
Certains en sont effrayés et se voient donc contraints de créer une sorte
d'entité supérieure, à la fois pour les guider dans leur vie, mais aussi pour
les accueillir dans leur mort. Les Grecs se virent ainsi dotés d'une panoplie
complète et intriquée de Dieux, dont Thanatos, le Dieu des Morts, qui allaient
cueillir les âmes pour les amener au Royaume des Morts, gouverné par Hadès.
Tout ça pour en arriver à la considération chrétienne de Dieu, où un être
supérieur est censé nous guider durant notre vie, et nous garder dans le Chemin
de la Lumière, pour nous emmener au Paradis lorsque se venu notre temps de
quitter le monde des vivants.
Pour ma part, j'ai toujours pensé que la mort ne sera rien
d'autre qu'un grand rideau noir qui se tire, et nous laissant dormir, pour un
sacré bon moment. Dans certains cas, un petit garçon avec une trompette viendra
nous jouer un air de jazz, parce qu'il n'a que ça à faire et que ça l'amuse,
mais rien de plus transcendant que ça. "Qu'est-ce que vous faîtes-là ?" me
dirait-il. Je lui répondrais alors que je viens de mourir et il s'en irait, en
jouant de sa trompette.
En tout cas, le thème de la Mort a bien évidemment fasciné
énormément de monde, à commencer par les artistes... Et le dernier album de My
Chemical Romance, sorti en octobre 2006, répond à cet état de fait. The
Black Parade nous conte en effet les dernières pensées d'un mort sur son
lit de mort... Une trame narrative pas vraiment joyeuse, mais que les p'tits
gars de MCR nous servent avec un punk enlevé et théatral, dans le sens le plus
"opéra" du terme.
Come to
Ogre Battle. The End., introduisant l'album (déjà,
respect pour le paradoxe), débute par les bip d'une
électrocardiogramme, peignant immédiatement le tableau. Superbement influencé
par tout un pan Opéra-punk de la musique, The End. est une véritable
perle, qui trouve son pendant dans Dead!, qui suit directement, et
dans laquelle le héros est cliniquement mort. You heard the news that
you're dead ? Celle-ci se fait encore plus enlevée, portée par des la
la la la (c'est beaucoup mieux quand on les entend, croyez-moi), nous
ramenant directement à Queen.
Une autre chanson est un autre hommage direct à Queen, avec
Welcome to the Black Parade, la pièce-titre de l'album nous présentant
le souvenir le plus fort du personnage principal avant qu'il ne meure.
Impossible de ne pas penser à l'album Queen II, magistralement porté
par des bijoux intemporels comme The March of the Black Queen... Je ne
tiens pas non plus à comparer The Black Parade avec le plus grand
album de tous les temps (oh que oui), mais toujours est-il que Welcome to
the Black Parade est une merveille, dont la construction même repose sur
des bases on ne peut plus théatrale. Dans ce qui est le premier acte, un piano
intronise les pensées du héros, pour être ensuite rejoint par de véritables
tambours de fanfare. Puis, dans un second temps, les guitares se font beaucoup
plus présentes, et permettent d'enchainer avec le troisième acte permettant un
retour des tambours, cette fois-ci à coté des autres instruments et de
multiples choeurs... Au secours !
I Don't Love You, qui suit directement, est une
balade rock beaucoup moins inspirée, trop conditionnée pour devenir un single
et qui se révèle très peu représentative des morceaux du reste de l'album.
Comme par exemple House of Wolves, punk rythmé où la guitare
électrique et les percussions se font plus présentes que jamais, et où
Gerard Way (le chanteur) est proprement génial. La chanson qui
suit est, elle, complètement différente, puisque principalement au piano ;
Cancer évoque les regrets du héros par rapport à sa maladie, et nous
présente ainsi les raisons de sa mort prochaine.
Famous
Last Words. Puis, le coté "théatre vaudeville" insufflé à
l'album se fait plus présent que jamais avec Mama, la deuxième
véritable pierre angulaire de l'album. C'est bien simple, ce morceau ne ferait
pas tache dans un film de Tim Burton, le coté punk en prime.
Servie dans une ambiance mélangeant du Beetlejuice avec du Queen des débuts,
elle trouve son apogée avec Liza Minelli (oui, oui, la vraie),
interprétant le rôle de Mother War, qui chante douceureusement une phrase sur
fond de musique de carrousel, pour laisser la place à un choeur... Tout, dans
ses 4min39, est fait pour créer une atmosphère brumeuse et intemporelle, et pas
si glauque que ne le laissent supposer les paroles. Au contraire, la musique
joyeuse et presque guillerette crée un contraste absolument saisissant.
La musique joyeuse se retrouve également sur
Teenagers, un peu plus loin, à un point presque paroxystique :
l'ensemble se révèle très californien, et incroyablement ironique et
sarcastique, où le second degré est roi.
Enfin bref... Je pourrais continuer des heures, vous parler
de la bonus track qui a elle seule vaut l'achat de l'album, ou du
packaging sublime (ah ce livret !), mais vous avez compris : The Black
Parade est un excellent album. Ne se contentant pas d'une musique
uniquement punk, il va puiser ses références là où elles sont les meilleures,
pour nous offrir une galette épique et presque symphonique, à la fois théatrale
et emphatique. De L'opéra-punk beau et pur, comme il se fait trop rare.
Bienvenue dans la Parade Noire !
The Black Parade (Reprise Records), de My Chemical Romance, sortie le 28 octobre 2006.


Commentaires
Alors je ne me permettrait pas de m'étendre des heures sur un sujet auquel je ne connais rien, n'ayant pas l'honneur de connaître ces artistes, et puis j'ai une vie (quoi que certains disent, mauvaises langues me traitant de no-life, je suis moins geek que vous moi mÔssieur !!!), et faut que je retourne réviser.
Je me contenterait donc de donner mon humble avis de profane, je n'ai jamais écouté une seule note de ce CD et pourtant, en lisant ces mots j'ai l'impression au fond de moi d'entendre la musique, je ne saurai dire à quoi elle ressemble, ne la conaissant pas, mais l'impression est la et bel et bien là, c'est simple je n'ai plus qu'une seule envie, écouter ce que cette musique à vraiment à me dire, tellement vous l'avez si bien décrite monsieur Canard.
(PS : Hmm, Vous etes sur de réviser vos partiels de L3 science et de ne pas être un critique journalistique ? Hein ???)
ah bravo, tu as tout dit chapeau, achetez-le, ça vaut le cout d'avoir le beau package et le livret !
Hé oui Sushie, je suis bien en L3 science, mais enfin quand je vois comment se passent mes partiels ces temps-ci je me demande si je ferais pas mieux de faire critique journaliste :D En tout cas merci, si l'article t'a donné envie d'en savoir plus, alors j'ai réussi mon coup !
Hé ouaip Rom, on est d'accord, le petit livret qui se déplie est juste sublime
puis c'est la première fois que je ne vois pas le nom du groupe ni
le titre de l'album sur la couverture, même si on les voit bien sur la pochette
cartonnée qui entoure la boite du cd (comment ça, c'est pas clair ?).
Ah oui monsieur ce n'est pas clair, parcke moi jai vu le cd et jai pas limpression de voir le mm que vous
Cet album est beaucoup moins bon que les deux anciens du groupe ! Plus énervés, beaucoup plus frénétiques et sombres. Sur The Black Parade, ils ont préféré prendre un virage plus rock pour plaire au grand public. De plus en plus de groupes d'emo font ça...
Et les concepts albums, c'est cool mais là, je trouve que ça tombe complètement à plat. Y a tout ce "gigantisme", cet artwork travaillé, cette envie de faire un album majeur, cette sorte de prétention ; et tout ça pour ça...
Jetez donc une oreille aux deux premiers albums, "I Brought You My Bullets, You Brought Me Your Love" et "Three Cheers for Sweet Revenge".
Bon alors j'ai écouté leur premier album I brought you machin, à part 2 chansons environ c'est très bof, pour une fois c'était pas mieux avant ^^
J'ai acheté cet album, et je le trouve *raaaah* splendiiiiide. Le livret à l'intèrieur, il faut bien regarder chaaaque détail du dessin, et là on se rend compte que c'est vraiment de l'art. Un peu glauque, certes. Sinon, je crois que tu as tout dit sur Mama et sur Welcome To The BP, mais je pense qu'une chanson comme The Sharpest Lives aurait bien mérité un petit détour, non? Sinon, je pense que tu aurais aussi pu parler des vidéos, car il y a un réel travail derrière. A part peut-être pour Teenagers, qui selon moi, est le clip de trop, et j'aurais préféré un Gerard complètement shooté comme dans I'm Not Okay, plutôt que l'homme sage qu'il est aujourd'hui (a part sur le "Ooooh yeaaaah" où j'ai bien pu rire en me repassant chacun de ses gestes). Ensuite, le concept de l'album lui même est très bien. Mais côté musique, je pense que Three Cheers For Sweet Revenge est aussi excellent, avec des morceaux cultes comme Helena et The Ghost Of You (mon coup de coeur) mais un morceau comme Thank You For The Venom a de quoi faire parler de lui aussi. =)