Les Trompettes de la Mort. La mort a toujours fasciné les gens. Certains en sont effrayés et se voient donc contraints de créer une sorte d'entité supérieure, à la fois pour les guider dans leur vie, mais aussi pour les accueillir dans leur mort. Les Grecs se virent ainsi dotés d'une panoplie complète et intriquée de Dieux, dont Thanatos, le Dieu des Morts, qui allaient cueillir les âmes pour les amener au Royaume des Morts, gouverné par Hadès. Tout ça pour en arriver à la considération chrétienne de Dieu, où un être supérieur est censé nous guider durant notre vie, et nous garder dans le Chemin de la Lumière, pour nous emmener au Paradis lorsque se venu notre temps de quitter le monde des vivants.
    Pour ma part, j'ai toujours pensé que la mort ne sera rien d'autre qu'un grand rideau noir qui se tire, et nous laissant dormir, pour un sacré bon moment. Dans certains cas, un petit garçon avec une trompette viendra nous jouer un air de jazz, parce qu'il n'a que ça à faire et que ça l'amuse, mais rien de plus transcendant que ça. "Qu'est-ce que vous faîtes-là ?" me dirait-il. Je lui répondrais alors que je viens de mourir et il s'en irait, en jouant de sa trompette.
    En tout cas, le thème de la Mort a bien évidemment fasciné énormément de monde, à commencer par les artistes... Et le dernier album de My Chemical Romance, sorti en octobre 2006, répond à cet état de fait. The Black Parade nous conte en effet les dernières pensées d'un mort sur son lit de mort... Une trame narrative pas vraiment joyeuse, mais que les p'tits gars de MCR nous servent avec un punk enlevé et théatral, dans le sens le plus "opéra" du terme.

    Come to Ogre Battle. The End., introduisant l'album (déjà, respect pour le paradoxe), débute par les bip d'une électrocardiogramme, peignant immédiatement le tableau. Superbement influencé par tout un pan Opéra-punk de la musique, The End. est une véritable perle, qui trouve son pendant dans Dead!, qui suit directement, et dans laquelle le héros est cliniquement mort. You heard the news that you're dead ? Celle-ci se fait encore plus enlevée, portée par des la la la la (c'est beaucoup mieux quand on les entend, croyez-moi), nous ramenant directement à Queen.
    Une autre chanson est un autre hommage direct à Queen, avec Welcome to the Black Parade, la pièce-titre de l'album nous présentant le souvenir le plus fort du personnage principal avant qu'il ne meure. Impossible de ne pas penser à l'album Queen II, magistralement porté par des bijoux intemporels comme The March of the Black Queen... Je ne tiens pas non plus à comparer The Black Parade avec le plus grand album de tous les temps (oh que oui), mais toujours est-il que Welcome to the Black Parade est une merveille, dont la construction même repose sur des bases on ne peut plus théatrale. Dans ce qui est le premier acte, un piano intronise les pensées du héros, pour être ensuite rejoint par de véritables tambours de fanfare. Puis, dans un second temps, les guitares se font beaucoup plus présentes, et permettent d'enchainer avec le troisième acte permettant un retour des tambours, cette fois-ci à coté des autres instruments et de multiples choeurs... Au secours !
    I Don't Love You, qui suit directement, est une balade rock beaucoup moins inspirée, trop conditionnée pour devenir un single et qui se révèle très peu représentative des morceaux du reste de l'album. Comme par exemple House of Wolves, punk rythmé où la guitare électrique et les percussions se font plus présentes que jamais, et où Gerard Way (le chanteur) est proprement génial. La chanson qui suit est, elle, complètement différente, puisque principalement au piano ; Cancer évoque les regrets du héros par rapport à sa maladie, et nous présente ainsi les raisons de sa mort prochaine.

    Famous Last Words. Puis, le coté "théatre vaudeville" insufflé à l'album se fait plus présent que jamais avec Mama, la deuxième véritable pierre angulaire de l'album. C'est bien simple, ce morceau ne ferait pas tache dans un film de Tim Burton, le coté punk en prime. Servie dans une ambiance mélangeant du Beetlejuice avec du Queen des débuts, elle trouve son apogée avec Liza Minelli (oui, oui, la vraie), interprétant le rôle de Mother War, qui chante douceureusement une phrase sur fond de musique de carrousel, pour laisser la place à un choeur... Tout, dans ses 4min39, est fait pour créer une atmosphère brumeuse et intemporelle, et pas si glauque que ne le laissent supposer les paroles. Au contraire, la musique joyeuse et presque guillerette crée un contraste absolument saisissant.
    La musique joyeuse se retrouve également sur Teenagers, un peu plus loin, à un point presque paroxystique : l'ensemble se révèle très californien, et incroyablement ironique et sarcastique, où le second degré est roi.
    Enfin bref... Je pourrais continuer des heures, vous parler de la bonus track qui a elle seule vaut l'achat de l'album, ou du packaging sublime (ah ce livret !), mais vous avez compris : The Black Parade est un excellent album. Ne se contentant pas d'une musique uniquement punk, il va puiser ses références là où elles sont les meilleures, pour nous offrir une galette épique et presque symphonique, à la fois théatrale et emphatique. De L'opéra-punk beau et pur, comme il se fait trop rare. Bienvenue dans la Parade Noire !


The Black Parade (Reprise Records), de My Chemical Romance, sortie le 28 octobre 2006.