Une soul saine dans un corps sain. J'adore les exceptions. Ces petites perles sorties de nulle part, que vous n'attendez pas et qui vous montrent qu'elles aussi, elles existent... L'exception en question s'appelle ici Joss Stone, et est agée de vingt piges. Joss Stone, je l'ai découverte il y a trois ans, avec son premier album, The Soul Sessions. Alors que je n'avais jamais été très fan de la musique soul (et je n'en suis toujours pas un fervent défenseur), l'album avait été une véritable claque en pleine poire : du haut de ses dix-sept ans, la miss avait réalisé une merveille de disque ennivré de toute la culture soul, et emmené par une voix extraordinaire. Premier coup de maître pour l'Anglaise, The Soul Sessions était en fait un hommage à la soul du sud des Etats-Unis, comprenant des reprises des plus grand(e)s : Aretha Franklin, Laura Lee, Carla Thomas... Tandis que, dans un paradoxe génial, le premier single était une reprise des White Stripes !
    Tandis que Mind Body & Soul, son deuxième album, voyait Joss Stone rentrer définitivement dans le cercle très (très) fermé des vraies chanteuses classieuses de notre époque, la revoilà enfin avec son troisième album. Introducing Joss Stone (ça, c'est le titre) est sorti en mars dernier, et ce serait un euphémisme de dire qu'il suit la lignée de ces prédecesseurs : oui, qu'on se le dise, ce disque est une merveille absolue ! Distillant avec classe une soul enlevée et hypnotique, Introducing Joss Stone est l'un des meilleurs albums du moment, porté bien évidemment par une Joss Stone toujours aussi explosive... Ah cette voix, bon sang, cette voix !
    La jaquette seule de l'album (l'image qui est juste au-dessous de vos yeux, là), qui est entre parenthèses l'une des plus belles que j'ai jamais vu, pose déjà les fondements et introduit le thème : l'ensemble se veut plus urbain, pop, sobre mais dérangé... Un mélange de sensations diverses, qui commencent dès la première seconde de l'introduction.

Jaquelle de l'album

    C'est beau, en fait. Après une courte introduction de l'acteur Vinnie Jones (Arnaques, Crime et Botanique, Snatch, Operation Espadon...), Girl They Won't Believe It se lance gaiement, la voix de Joss Stone surfant sur un rythme ravageur. On entre donc directement dans le vif du sujet, cet état de fait restant le même avec Headturner, même si cette deuxième piste introduit quelques violons, apportant un drapé subtil qui donne de la profondeur à l'ensemble.
    Et bien sûr, la chanteuse s'amuse plus que jamais... Elle se fait coquine, sensuelle, pour mieux s'affirmer dans le refrain. Puis arrive Tell Me 'Bout It, le premier single, et l'un des joyaux de l'album. Urbain dans un premier temps, puis se faisant plus "soul", il est un enchevêtrement de plusieurs cultures avec un talent impressionant (les personnes ayant regardé mon Vidéo Canard du moment ont d'ailleurs pu s'en rendre compte par elles-même, ou pas). Un rythme qui reste pendant des heures dans la tête, une classe évidente...
    Et puis la chanteuse y est encore une fois impeccable, tout comme dans Put Your Hands On Me un peu plus loin... Là, la recette est simple : une batterie en fond, une trompette et un scratch discret, un choeur et une Joss Stone qui s'éclate comme une petite folle qu'elle est. La puissance dans sa voix est assez phénoménale, tout comme le groove qu'elle y appose... Juste classe.

Tell Me 'Bout It au Grand Journal de Canal

    Elle passe pas en concert en France ? Citons aussi Arms of my Baby, plus fuyante, plus enlevée, où l'essentiel n'est pas dans le rythme mais dans la mélodie... Une merveille, encore une fois, qui se veut belle et émouvante mais également entrainante. Dans le même registre, Tell Me What We're Gonna Now est moins efficace, car presque trop consensuelle et ne prenant pas assez de risque.
    Mais le niveau remonte très vite, avec notamment Music, featuring Lauryn Hill... Rien que ça. Avec un rythme et un groove envoûtant, ce morceau est un pur bijou. D'ailleurs, vous l'aurez compris, cela est le cas de l'album dans son entier... Le producteur Raphael Saadiq a réussi à emmener une touche urbaine et pop à l'univers soul de Joss Stone, cette dernière se révélant encore une fois incroyable et stupéfiante de classe.
    La petit blonde des débuts a quitté pour toujours sa fine chrysalide pour se tranfomer en sublime papillon multicolore, avec son propre univers. En découle un album excellent, sans aucun gros défaut mais avec un nombre incroyable de qualités, pour peu que l'on aime se laisser border par une ambiance typée "sud des Etats-Unis" (alors que la miss est Anglaise, ça laisse réfléchir). Joss Stone, I love you !


Introducing Joss Stone, de Joss Stone, disponible depuis le 12 Mars 2007.