Reconstitution d'un Empire. Nous sommes le 15 mars de la quarante-quatrième année avant Jésus-Christ. L'Empire Romain connaît ses heures les plus sombres. Gaius Julius Caesar vient d'être assassiné de plusieurs coups de couteau, sur le sol même du Sénat. Parmi les meurtriers, son fils adoptif, Brutus. Un coup d'état est en marche, avec pour seul barrière, Marc-Antoine et ses hommes, bien décidés à venger César et reprendre son trône.
    Voilà en quelques mots la situation au début de la saison 2 de Rome, qui commence directement là où la première saison s'arrête. Dès le départ, les pions sont donc placés et le tableau s'affiche, séparés en trois : nous avons Brutus, sa mère Servilia et ses hommes d'un coté (dont Marcus Tulius Cicero), Marc-Antoine de l'autre, et enfin le trio familial Atia-Octavia-Octave. Les éléments s'enchaînent, le patchwork antique prend définitivement forme, pour débuter avec brio une dantesque reconstitution.
    A cette trame, vient s'ajouter bien évidemment l'histoire des deux héros : Titus Pullo et Lucius Vorenus. Là aussi, la situation débute immédiatement à la fin de la saison 1, avec Pullo retrouvant sa bien-aimée Eirene. Concernant Vorenus, les choses sont moins joyeuses, ce qui va d'ailleurs changer considérablement sa mentalité. Il sera beaucoup plus sombre, beaucoup plus amoral.



    "Vanity. Vanity. It's all about vanity." D'un point de vue général, on voit donc que le scénario est incroyablement travaillé, ce qui fait d'ailleurs la première force de Rome. Les trames politiques s'entrechoquent, virevoltent, et se développent, avec une véracité impressionnante. Aucune autre série ne traite avec tant d'ambition d'un sujet aussi large et vaste, sans pour autant noyer le spectateur dans un ensemble indigeste. Au contraire, Rome forme une broderie fluide et naturelle, incroyablement intriquée mais toujours claire. Ainsi, alors que la première saison traitait de la chute de la Rome de Jules César, cette deuxième saison verra se dérouler les batailles pour sa succession, mettant aux prises Marc-Antoine, Brutus, et Octave. Et croyez-moi, vous n'aurez jamais vu ça.
    Mais, sans parler des batailles et du scénario, les personnages eux-mêmes sont incroyablement développés. En effet, il ne faut pas oublier que cette deuxième saison, composée de 10 épisodes, est la dernière de la série (coûts de production trop élevés, tu m'en diras tant). Aucune concession n'est donc faite par rapport aux personnages, bien que je ne puisse pas vous en dire plus sans vous spoiler. On doute constamment, incertains du futur de nos héros, les auteurs pouvant faire disparaître n'importe qui, n'importe quand... Et, paradoxalement, c'est justement l'un des gros points forts de cette deuxième saison : cette sensation que tout peut arriver.
    Les auteurs ne ménagent donc pas leur héros, cela venant également du fait de l'absence de personnages principaux, qui se mettraient sur un piédestal par rapport aux autres. Certes, on pourrait dire que Titus Pullo et Lucius Vorenus sont sur le devant de la scène, mais cet état de fait n'est finalement pas très marqué. Personne n'est finalement indispensable, tous les protagonistes étant des pions de l'élément supérieur, le fil conducteur commun. L'histoire ne sert pas les héros, ce sont les héros qui sont au service de l'Histoire.



    Thirteenth Forever. Rome ne serait pas ce qu'elle est, sans des décors sublimes... Et encore une fois, préparez-vous à être émerveillés. En effet, même si l'effet de surprise de la saison 1 est passé, les décorateurs, armuriers ou autres costumiers ne se sont pas reposés sur leur laurier, et ont abattu un travail de titan. Que l'on soit à Rome, au bord de l'eau, en Egypte dans le palais de Cléopatre, ou ailleurs, chaque lieu est splendide et le sens du détail des responsables est simplement impressionant. Mais nous sommes pourtant loin du "HollyRome" vanté par les superproductions en tous genres : le talent vient ici de la volonté de véracité crasse, s'éloignant des clichés "piliers blancs et blanches toges". Tous les efforts sont mis en oeuvre pour littéralement nous subjuguer, et nous emmener en plein monde romain.
    Et qui dit "monde romain", dit bien évidemment débauche, sexe et violence... Encore une fois, la série ne recule devant aucun vice, et le résultat est incroyable. Ce génie qu'est Alexandre Astier (Kaamelott, la meilleure série française, et l'une des meilleures tout court) en a justement parlé lors d'une récente interview : la chaine HBO (qui diffuse Rome) a cette qualité de laisser une liberté entière et totale aux auteurs, pour faire ce que bon leur semble, et comme ils le veulent. Il ne faut donc pas s'étonner du coté "hardcore" de Rome, ni du fait que les personnages prononcent le mot « fuck » à tout bout de champ. Oui, ce n'est qu'un mot (si si, vérifiez) mais c'est aussi lourd de symbole et très représentatif, quant à l'absence complète de censure.
    Bref, et parce qu'il faut bien conclure, la saison 2 de Rome confirme bien mon avis : il s'agit là de la meilleure série de tous les temps. Avec une ambition titanesque, une classe folle, un scénario à rebondissement (et je suis loin de vous avoir tout dit, notamment concernant le rôle de la sublissime Cléopatre), des décors et costumes sublimes et une liberté totale permettant tous les excès, les qualificatifs viennent à manquer pour la décrire. Parlons également des personnages au charisme divin, avec notamment Marc-Antoine (James Purefoy), l'homme le plus classe du monde juste derrière John Crichton, et Octavian (Simon Woods) vraiment jouissif en Michael Corleone doublé d'une perversion presque vicérale.... Après les dix épisodes de cette saison 2, le plus beau joyau de la télévision vient de s'éteindre, et je me demande si je retrouverai toutes ses qualités dans une autre série un jour. So long, and thank you...


Rome, de Bruno Heller, dont la saison 2 arrive bientôt sur Canal +