Drole d'Oiseau, de Babet
Par Anansi le samedi 10 mars 2007, 11:11 - Le canard et la musique - Lien permanent

Babet, tout le monde la connait pour être la violoniste de Dionysos. Oui mais voilà, après dix ans passés avec ses copains, madame Maistre avait besoin de se faire plaisir à elle-même : voici donc Drole d'Oiseau, son délicat et dépaysant premier album solo.
Au
commencement était la volonté. Cela fait maintenant dix ans
qu'Elisabeth Maistre - alias Babet -
rencontra Mathias Malzieu à la fac de Montpellier. Dix ans que
les Dionysos sont sur les routes et font les tournées des salles lorsqu'ils ne
sont pas en studio. Une décennie remplie de rencontres, de musique, de vie.
Désormais les Dio prennent une place particulière dans les amoureux du
rock-punk-folk-bizarroïde.
Puis, la petite fée violoniste un peu bizarre du groupe
décida de voir le monde par ses propres yeux, de partir seule, le temps d'un
album. Un besoin impérieux, et une volonté pieuse d'une trentenaire attardée
(c'est toi qui le dis hein !). S'amuser, tout simplement, faire le point
posément et passer "un peu la tête par-dessus le bordel de ces dix
années".
Ainsi, en septembre dernier, 4 jours après la fin de la
tournée des Dio, Babet s'installait dans le grand manoir
servant de studio à La Frette sur Seine et commença à jouer. Naquit Drole
d'Oiseau, dont Babet joua tous les instruments (à part la
basse) et écrit bien entendu toutes les chansons. L'oeuvre d'une seule femme,
en somme. Ou presque, l'album ayant été co-réalisé avec Andy
des Houdini. Ils s'occupèrent de tout, jusqu'aux visuels et la splendide
couverture.
"Have you
ever believed in me ?" C'est par ses mots douceureux que
Babet nous invite dans son monde. Quinze morceaux comme autant
de planètes d'un univers imaginaire. Parfois suave et délicate, parfois
bondissante et pétillante, Babet s'amuse, s'expose, se confie.
Tout commence avec Le Voyageur, chantée en français et anglais. La
guitare acoustique arrive la première, planante, accompagnant une petite voix
haut perchée. Elle nous dit de profiter dès maintenant de ce vent fou qui veut
nous prendre. Puis s'élève le violon, tendrement, transportant la mélodie. Les
images affluent. "Ecoute le chant des oiseaux... J'aimerais bien partir avec
eux".
La transition avec Les Amoureux et son atmosphère
guillerette et joyeuse se révèle donc particulièrement intéressante. Les
violons sont particulièrement présents, accompagnant des gazouillis d'oiseaux
et une Babet coquine, presque aguicheuse. Un morceau qui fait
du bien. Suit Le Marin, histoire aquatique où notre héroïne devient
sirène, nous racontant avec entrain des histoires de coquillages hurleurs, de
sable trouillard... Dans son monde, "les algues s'amusent à imiter les hommes
et les femmes qui se sont noyés".
Puis, l'univers se fait plus sombre, plus menaçant dans
Cling-Clong, avec une basse omniprésente et une mélodie grave. La voix
douce de Babet (ah, l'anglais lui va si bien) drape l'ensemble
d'un voile presque mystique, et les violons finissent de vous subjuger.
Piano-Elephant, au contraire, nous emmène dans un monde Carrolien et
se différencie du reste de l'album par son - superbe - piano omniprésent.
Narrant le conte d'une femme traversant le monde sur le dos d'un piano-éléphant
géant, cette "petite danse des touches noires" est assurément la meilleure
chanson de l'album, sublime ode à l'émerveillement.
La visite
continue. C'est Quand Déjà ?, habilement placé entre
Cling-Clong et Piano-Elephant, se fait plus bondissante, les
riffs de guitare acoustique (l'instrument principal de l'album) se faisant
élégants. Les violons se mèlent à la fête, parsemés ici ou là. Une chanson qui
reste dans la tête avec une facilité déconcertante, sans pour autant devenir
indigeste. Au contraire, elle nous accompagne, douce mélopée élancée.
Dis-moi suit le même trajet, débutant par des
choeurs hypnotiques "dionysesques", dont seule Babet a le
secret. La subtile guitare, s'effaçant derrière les fûts, joint la délicatesse
aux voix superposées finissant cette petite beauté. Des voix superposées que
l'on retrouve dans Cocomoto, voyage passioné gouverné par des guitares
électriques tonitruantes et une batterie plus présente. Babet
y est sublime, nous narrant l'histoire de son monde imaginaire, avec son
pistolet à eau, ses petites motos... Elle "creuse un fleuve en collier d'eau",
s'amuse, et on admire.
Après la débauche d'énergie de Cocomoto,
Andy est plus intimiste, amené par un beau trio "piano-guitare-voix".
Une pause douce, où une voix murmurée hante les lieux, et habille le morceau
d'une douceur éthérée. La guitare acoustique reste ensuite pour Bel
Ami, mais elle se fait ici plus bondissante, trampolinée, servant plus que
bien les paroles - anglaises - de notre chanteuse. De même, Merzouga,
que l'on retrouve un peu plus loin, nous conte en anglais une sortie de
Dionysos dans le désert marocain lors de l'enregistrement de Monsters In
Love. Les choeurs (chantés par Babet, of course) ajoutent
une dimension mirifique au morceau, offrant une rare beauté à un refrain déjà
très mélodieux.
Instants
volés, magie opérée. Mais l'album flirte aussi parfois avec la
pop, avec l'exemple de Body Club. Le violon vient toutefois nuancer
cet état de fait, donnant un résultat hybride à la limite de l'irréel... Comme
on le voit, l'album brille par son coté hétéroclite, même si la guitare
acoustique reste l'élément principal.
Drole d'Oiseau s'avère finalement plutôt folk et
s'éloigne considérablement de la musique de Dionysos, qu'on se le dise !
Babet nous dévoile ici son univers, son petit monde intime.
Elle seule possède les clés de ce petit Paradis musical, et elle décide ici de
nous le présenter...
Après 10 ans de constructions, démolitions, rénovations et
autres réhabilitations, la petite fée nous invite chez elle, pour partager "un
bout de terre, un bout de rêve" où on pourra tous se reposer. Un bout de rêve
sublime, et je ne dis pas ça seulement parce que la dame est d'une gentillesse
surréelle, qui ferait passer le Dalai Lama pour Hitler. Drole d'Oiseau
est simplement un monument de beauté, de joie, de raffinerie... La magie opère
ainsi, laissant les partitions d'Elisabeth Maistre se draper
d'un remarquable apparat.
Drole d'Oiseau, de
Babet. 14€50 l'édition normale, 17€99 l'édition collector (contenant un
deuxième CD avec 11 titres acoustiques). Disponible depuis le 5 mars
2007.

