Les Mensonges de Locke Lamora, de Scott Lynch
Par Anansi le jeudi 1 mars 2007, 10:40 - Littérature et BD - Lien permanent

Ancré dans un univers vénitien, Les Mensonges de Locke Lamora nous plonge (ah ah !) au coeur des aventures tourmentées d'une petite bande de voleurs, les Salauds Gentilshommes, et de leur leader, Locke Lamora. Avec ce premier tome, Scott Lynch propose une aventure originale et menée d'une main de maître, pour un résultat très prometteur. Let's go !
Ouais,
j'suis trop fort en anglais. Croyez-le ou pas, j'adore les
histoires de voleurs. Oh, pas ces gros lourds de bandits à la petite semaine,
qui chouravent l'orange du marchand quand il tourne le dos. Non madame !
J'adore les filous, les assassins méticuleux, qui font tout dans la soubtilidad
et qui vivent dans l'ombre. Et ce profil, figurez-vous que le héros de
Scott Lynch y correspond parfaitement. Alors, maintenant que
j'ai titillé votre curiosité, parlons plus en détail du scénario.
Les Mensonges de Locke Lamora, ou Lies of Locke
Lamora en VO (pour le coup, la traduction est plutôt correcte...) raconte
l'histoire des Salauds Gentilshommes, un petit groupe de voleurs beaucoup plus
ambitieux qu'ils n'en ont l'air. Le leader de ce groupe, c'est bien évidemment
le jeune Locke Lamora, caractérisé par une attirance certaine vers l'entubage à
grande échelle. Les autres membres du groupe sont Jean, le bras droit de Locke,
les jumeaux Calo et Galdo Sanza, et Moustique, le cadet de 12 ans. Ces cinq-là,
malgré leur jeune âge (Moustique n'a que 12 ans, les autres ont une vingtaine
d'années) ont des talents absolument redoutables pour dérober tout et n'importe
quoi.
On voit donc qu'on a un scénario plutôt original, qui
s'éloigne carrément des carcans habituels de la Fantasy dite classique. Ici,
les héros sont des jeunes crapules, qui prennent un malin plaisir à semer le
trouble parmi la population de Camorr. Mais toujours avec la plus grande
discretion, la prudence étant vertue des mères. Ou un truc dans le genre.
Senteur
marine, etc. Et l'originalité ne se retrouve pas seulement dans
le synopsis. Camorr, la cité dans laquelle l'action de ce premier tome (d'une
série qui en comptera sept) prend lieu, s'éloigne également considérablement de
la ville médiévale classique que l'on nous sert d'habitude. Au gré des 550
pages que comporte le livre, on se déplace dans une ville aux relents
vénitiens, constituées d'une multitude de petites îles. Les habitants se
déplacent donc par des barges ou par le biais de ponts permettant de relier les
différents quartiers.
Mais là où Venise sent bon l'Italie (la pizza et les
pepperonis quoi), Camorr se contente d'effluves de toutes sortes, de délicates
senteurs de pourriture humaine et autre chair en décomposition... La
description de l'auteur fait d'ailleurs plusieurs fois penser à Ankh-Morpork,
la ville principale du Disque-Monde de Terry
Pratchett. En effet, on retrouve ce coté crasseux d'une ville
maritime, tout comme l'est Ankh-Morpork avec son fleuve central tellement
souillé qu'il est possible de littéralement marcher sur l'eau. Ah ah, pour le
coup j'en connais un qui fait moins le malin ! Hum.
A ce titre, Scott Lynch nous dépeint un
univers génialement original et dépaysant, aux influences clairement
italiennes, ce qui est plutôt rare de nos jours dans la littérature de
l'imaginario. Et d'ailleurs, on retrouve également cela dans la vie
politique de la ville, gouvernée par un Duc, mais celui-ci devant bien souvent
se courber devant le Capa Barsavi, une sorte de parrain local... Bref, essayez
d'imaginer le cocktail que tout cela forme, et vous serez carrément
emballés.
Kill
Locke. Et ce n'est pas fini, non non, le petit
Scott il a plus d'un tour dans son p'tit sac qui va bien ! En
effet, si Les Mensonges de Locke Lamora se distingue tout d'abord par
son univers et ses personnages on ne peut plus charismatiques (ah Locke, quelle
classe !), c'est aussi par sa forme qu'il excelle. Pace que, au lieu de servir
une histoire linéaire, avec un découpement classique en trois actes
début-milieu-fin comme le veut ce bon vieux Aristote, Scott
Lynch préfère servir un déroulement dans le temps discontinu, par le
biais de flash-back, retour à la réalité, petit passage dans le futur... A ce
titre, on retrouve l'esprit des films de Quentin Tarantino
(y'a pire comme comparaison), avec une chronologie éclatée. Et force est de
constater que le rendu est formidable !
Ainsi, si l'histoire principale a lieu lorsque Locke est
adulte, on le retrouve régulièrement dans son enfance, au fil de sa formation
de voleur... Ces évènements passés expliquant la situation présente. Bref, ça
tue, c'est original, c'est ambitieux, et c'est incroyablement bien mené, sans
que le lecteur ne se sente perdu une seule fois. Risspekt m'sieur
!
Hé bien, au moment de faire ce dernier paragrahe final censé
résumer la chose, je m'aperçois que la phrase que je viens d'écrire le fait
très bien : "ça tue, c'est original, c'est ambitieux, et c'est incroyablement
bien mené". Mais bon, parce que je ne suis pas qu'un gros crevard, je
rajouterai qu'il s'agit sans doute d'un des débuts les plus prometteurs depuis
un sacré paquet de temps, et que Scott Lynch est sur le point
de créer un cycle excellentissime, pour peu qu'il continue sur sa lancée.
Les Mensonges de Locke Lamora, de Scott Lynch, disponible (Bragelonne, 20,90€).
- Couverture française, plutôt réussie.
- Site officiel de l'auteur.
- LiveJournal de l'auteur (oui, parce qu'en plus le monsieur est un geek).

