Ouais, j'suis trop fort en anglais. Croyez-le ou pas, j'adore les histoires de voleurs. Oh, pas ces gros lourds de bandits à la petite semaine, qui chouravent l'orange du marchand quand il tourne le dos. Non madame ! J'adore les filous, les assassins méticuleux, qui font tout dans la soubtilidad et qui vivent dans l'ombre. Et ce profil, figurez-vous que le héros de Scott Lynch y correspond parfaitement. Alors, maintenant que j'ai titillé votre curiosité, parlons plus en détail du scénario.
    Les Mensonges de Locke Lamora, ou Lies of Locke Lamora en VO (pour le coup, la traduction est plutôt correcte...) raconte l'histoire des Salauds Gentilshommes, un petit groupe de voleurs beaucoup plus ambitieux qu'ils n'en ont l'air. Le leader de ce groupe, c'est bien évidemment le jeune Locke Lamora, caractérisé par une attirance certaine vers l'entubage à grande échelle. Les autres membres du groupe sont Jean, le bras droit de Locke, les jumeaux Calo et Galdo Sanza, et Moustique, le cadet de 12 ans. Ces cinq-là, malgré leur jeune âge (Moustique n'a que 12 ans, les autres ont une vingtaine d'années) ont des talents absolument redoutables pour dérober tout et n'importe quoi.
    On voit donc qu'on a un scénario plutôt original, qui s'éloigne carrément des carcans habituels de la Fantasy dite classique. Ici, les héros sont des jeunes crapules, qui prennent un malin plaisir à semer le trouble parmi la population de Camorr. Mais toujours avec la plus grande discretion, la prudence étant vertue des mères. Ou un truc dans le genre.

    Senteur marine, etc. Et l'originalité ne se retrouve pas seulement dans le synopsis. Camorr, la cité dans laquelle l'action de ce premier tome (d'une série qui en comptera sept) prend lieu, s'éloigne également considérablement de la ville médiévale classique que l'on nous sert d'habitude. Au gré des 550 pages que comporte le livre, on se déplace dans une ville aux relents vénitiens, constituées d'une multitude de petites îles. Les habitants se déplacent donc par des barges ou par le biais de ponts permettant de relier les différents quartiers.
    Mais là où Venise sent bon l'Italie (la pizza et les pepperonis quoi), Camorr se contente d'effluves de toutes sortes, de délicates senteurs de pourriture humaine et autre chair en décomposition... La description de l'auteur fait d'ailleurs plusieurs fois penser à Ankh-Morpork, la ville principale du Disque-Monde de Terry Pratchett. En effet, on retrouve ce coté crasseux d'une ville maritime, tout comme l'est Ankh-Morpork avec son fleuve central tellement souillé qu'il est possible de littéralement marcher sur l'eau. Ah ah, pour le coup j'en connais un qui fait moins le malin ! Hum.
    A ce titre, Scott Lynch nous dépeint un univers génialement original et dépaysant, aux influences clairement italiennes, ce qui est plutôt rare de nos jours dans la littérature de l'imaginario. Et d'ailleurs, on retrouve également cela dans la vie politique de la ville, gouvernée par un Duc, mais celui-ci devant bien souvent se courber devant le Capa Barsavi, une sorte de parrain local... Bref, essayez d'imaginer le cocktail que tout cela forme, et vous serez carrément emballés.

   Kill Locke. Et ce n'est pas fini, non non, le petit Scott il a plus d'un tour dans son p'tit sac qui va bien ! En effet, si Les Mensonges de Locke Lamora se distingue tout d'abord par son univers et ses personnages on ne peut plus charismatiques (ah Locke, quelle classe !), c'est aussi par sa forme qu'il excelle. Pace que, au lieu de servir une histoire linéaire, avec un découpement classique en trois actes début-milieu-fin comme le veut ce bon vieux Aristote, Scott Lynch préfère servir un déroulement dans le temps discontinu, par le biais de flash-back, retour à la réalité, petit passage dans le futur... A ce titre, on retrouve l'esprit des films de Quentin Tarantino (y'a pire comme comparaison), avec une chronologie éclatée. Et force est de constater que le rendu est formidable !
    Ainsi, si l'histoire principale a lieu lorsque Locke est adulte, on le retrouve régulièrement dans son enfance, au fil de sa formation de voleur... Ces évènements passés expliquant la situation présente. Bref, ça tue, c'est original, c'est ambitieux, et c'est incroyablement bien mené, sans que le lecteur ne se sente perdu une seule fois. Risspekt m'sieur !
    Hé bien, au moment de faire ce dernier paragrahe final censé résumer la chose, je m'aperçois que la phrase que je viens d'écrire le fait très bien : "ça tue, c'est original, c'est ambitieux, et c'est incroyablement bien mené". Mais bon, parce que je ne suis pas qu'un gros crevard, je rajouterai qu'il s'agit sans doute d'un des débuts les plus prometteurs depuis un sacré paquet de temps, et que Scott Lynch est sur le point de créer un cycle excellentissime, pour peu qu'il continue sur sa lancée.


Les Mensonges de Locke Lamora, de Scott Lynch, disponible (Bragelonne, 20,90€).