Mythologie japonaise, etc. Tout d'abord, une petite note d'avant-propos, si vous voulez bien : ceci n'est en aucun cas un "test" classique de jeu vidéo. Je ne suis pas testeur vidéoludique, vous avez déjà des tests très bien faits, par des gens dont qui c'est le métier. Ici, il s'agit tout au plus d'un ressenti, d'une opinion vis-à-vis de l'objet. Et quel objet...
    Okami raconte la légende d'Amaterasu, la déesse du soleil réincarnée sous la forme d'un loup blanc aux tatouages vermeilles, qui permit de combattre le grand démon Orochi. En effet, voilà une centaine d'années, le petit village paisible de Kamiki (comprenez : "un hameau de pécores avec une incroyable concentration de radis et de poules au mètre carré") fut la proie d'une terrible malédiction : toutes les années, une jeune fille devait être sacrifiée au démon Orochi, un dragon à huit têtes. Mais voilà, un beau jour, le sieur Nagi (rien à voir avec celui de Taratata, enfin je ne crois pas) ne fut pas vraiment content que sa dulcinée soit choisie. Ainsi, armé de son éventail, son chandail, ses baguettes et son katana, il partit à la chasse au dragon. Et alors qu'il semblait sur le point de se faire hacher menu, un loup blanc lui vint en aide, et Orochi fut tué et son âme emprisonnée dans l'épée de Nagi. Un siècle de paix relative passa (comprenez : "il y a bien eu deux-trois vols de radis mais sinon ça s'est pas trop mal passé"), jusqu'à ce qu'une nouvelle malédiction frappe le pays...
    Voilà en gros le scénario tel qu'il vous l'est présenté au début du jeu, par le biais d'une longue cinématique faisant intervenir moults (j'adore ce mot) dessins et autres peintures. On voit donc que nous sommes clairement dans un univers médiéval japonais, et cela ne se limite pas au scénario.



    Seul chez Ding ? En effet, ce qui frappe en premier chez Okami, c'est tout simplement son univers graphique. D'un point de vue purement subjectif, je n'ai jamais rien vu d'aussi beau, dans aucun autre jeu vidéo. Alors, d'accord, dis comme ça c'est bizarre, mais croyez-moi, quand vous verrez tourner le jeu vous ne pourrez pas rester de marbre face à toute cette beauté qui vous explose au visage. Se servant, à l'instar de Zelda Wind Waker (avec qui Okami a beaucoup de points communs d'ailleurs, les deux étant des jeux d'aventures du même type), du fameux procédé Cell Shading utilisé depuis des lustres désormais et permettant de produire un effet cartoon ou dessin animé, Okami le transcende, le sublime. Le joueur a ici carrément l'impression de naviguer en direct dans une sublime aquarelle, avec tous les beaux panaches de couleur et toute la somptuosité que cela suppose.
    L'équipe de développement de chez Clover a clairement fait un travail somptueux, nous procurant un petit bijou de beauté et de sérénité, rappelant à qui le veut que le jeu vidéo peut très bien être considéré comme un véritable Art, avec une majscule, oui madame. Et cela nous rappelle bien évidemment d'autres oeuvres comme Ico ou Shadow of the Colossus, les trois jeux ayant en commun leur poésie intrinsèque. Okami, c'est tout ça : charme surréel, lyrisme surdéveloppé, sénérité exceptionnelle et poésie unique. Beaucoup de mélioratifs pour une seule oeuvre, mais elle le vaut bien.
    Ainsi, balancé dans cet univers, votre role sera d'incarner Amaterasu, et de délivrer le pays de sa malédiction. Le simple fait de diriger ce loup blanc est déjà exaltant en soi, et pas seulement parce que sa maniabilité est impeccable : des herbes multicolores marquent son passage, charger un ennemi laissera appaitre des feuilles mortes... Le moindre détail est une petite pièce de l'aquarelle finale, permettant cette ambiance zen et paisible. Même les ombres ne sont pas statiques et plates, mais paraissent fraîchement peintes.



    Bref, ça tue. Et cette notion de peinture se retrouve jusqu'à l'essence même du gameplay. En effet, la déesse que nous sommes se voit doté au début de l'aventure d'un objet singulier pour lutter contre les ennemis et accomplir sa tache : un pinceau. En appuyant sur la touche R1, le temps se figera et une feuille de dessin traditionnelle japonaise apparaitra, vous permettant de peindre ce que bon vous semble, au sens propre du terme, grace à 13 pouvoirs divins que vous obtiendrez au fil de l'aventure. Un trait droit sur un arbre et hop, l'arbre est coupé. Un pont est cassé ? Vous n'avez qu'à dessiner la partie manquante, et il est comme neuf. Je ne vais pas vous révéler tous les pouvoirs que vous pouvez avoir, mais ils sont très diversifiés.
    Cette ambiance calligraphiée, zen et merveilleuse se retrouve donc non seulement dans l'univers graphique mais également dans le déroulement du jeu lui-même. De plus, ce Pinceau Divin ne correspond en rien à un gadget "inutile mais sympathique" : il est l'essence de l'oeuvre. Les développeurs ne sont donc pas contentés de mettre des ponts coupés tous les deux mètres pour vous faire utiliser votre Pinceau, mais ont rivalisés d'ingéniosité pour toujours être originaux. Mais je ne vous en dis pas plus, la découverte prenant beaucoup d'importance.
    Okami est donc un jeu sans précédent : d'une beauté sans égal et avec un système de jeu vraiment et réellement novateur, il élève le jeu vidéo au rang d'Art, avec toute la dignité que cela suppose. C'est élégant, superbe, drole et les plusieurs dizaines d'heures que vous y passerez seront sans aucun doute sublimes (même si tout cela reste très subjectif et dépend entièrement de la réceptivité de chacun à ce monde). De là à dire qu'il s'agit d'un des meilleurs jeux vidéos toutes époques confondues, si ce n'est LE meilleur, il n'y a qu'un pas. Je le fais en souriant bêtement.


Okami (PS2), développé par Clover Studios et produit par Capcom, sortie le 8 février 2007.


Note : les images sont copiraïtationnées par JeuxActu.