Damon Albarn, il est trop fort. C'est bien simple, il n'a jamais été aussi actif que depuis la fin de Blur. Après son petit plaisir pop-cartoon nommé Gorillaz (ah je me souviens de l'époque du tout premier album... Je l'avais découvert parce que Didou le passait en boucle pendant le Dawa de Game One... C'était le bon temps), le revoilà avec un nouveau projet, complètement différent. Pour cette fois, Albarn alla chercher des pionniers, des mythes dans leur domaine. Ainsi, on retrouve Paul Simonon des Clash à la basse, Tony Allen de Fela Ransome Kuti (et Africa 70) à la batterie, et Simon Tong des Verve à la guitare. C'est quand même autre chose que Raoul, le gardien de l'immeuble qui chante Help! à longueur de journée (on a tous notre Raoul, à un moment ou à un autre de notre vie).
    Bref, sur le papier c'est sacrément attirant, et le résultat est à la hauteur des espérances. Ode au voyage autant spatial que temporel, le disque nous emmène dans le music-hall avec un piano martelé et une odeur de saloon, le punk londonien des belles années, où l'on n'avait pas besoin de crier pour faire bouger les gens, sans oublier de passer par la musique anglaise des années 50 à 70. Un peu des Who par-ci, des Clash par-là... Tout ça dans une ambiance bel et bien originale, fruit d'un mélange des genres.
    Le résultat est donc forcément jouissif, s'agissant bel et bien d'un bel hommage à toutes ces références passées et à ces vieux quartiers de Londres remplis de fantômes fumant du passé, en plus d'être un album avec une véritable âme. On a un puissant bouquet d'idées, de sensations, de sentiments, de styles, de matières brutes, qui doit se laisser écouter plusieurs fois pour en assimiler la substantifique moëlle, comme le dirait ce gros pervers de Rabelais.

    C'est une History Song qui ouvre le bal, débutant avec un splendide riff de Simon Tong que l'on retrouve tout au long de la chanson. Ce premier titre annonce tout de suite la couleur : portée par la voix posée et planante de Damon Albarn, on est tout de suite transporté dans une espèce de monde parallèle, calmant et bonifiant. Puis un gros piano s'invite à la fête... Il ne manque plus que le grondement d'un orage et on se croirait revenu au temps de Quadrophenia et son Love, Reign o'er Me, ma chanson préférée des Who.
    Puis vient 80's Life, chanson au titre évocateur, qui nous ramène encore une fois quelques dixaines d'années en arrière... Ah ce doux piano, cette basse sautillante, cette voix planante d'Albarn... Cette alchimie est hors-du-commun. Puis, au détour des 12 pistes que compose l'album, on a l'occasion de visiter plusieurs endroits, tel que ce divin Kingdom Of Doom. Encore une fois, on a cette unité magique entre la guitare, la basse, les percus et le piano, auxquels ont été ici ajoutés plusieurs petits éléments électriques.
       On retrouve également Herculean, le single sonnant très Gorillaz, et d'autres chansons où Albarn montre vraiment toute sa classe de chanteur, en particulier The Bunting Song ou The Soldier's Tale et sa sublime guitare folk. Puis, le voyage se termine avec The Good, The Bad and The Queen, à la fois nom de l'album et du groupe... Quintessence magnifiée de tout ce que contient l'album, elle constitue une véritable perle de 7 minutes, orgie musicale démente et complètement déphasée. Incroyable.

    Fidèle à lui-même, Albarn a énormément soigné le contenu, mais également le contenant ; on retrouve donc encore une fois une superbe iconographie, le principe étant certes moins poussé que pour Gorillaz, mais tout de même superbe. Il n'y a qu'à voir la couverture, qui est un détail de The Tower and the Mint, une peinture de Thomas Sotter Boys datant de la moitié du XIXème siècle, pour se dire que les visuels n'ont pas été oubliés. Pinaise, c'est beau.
    D'ailleurs, je vous recommande la version collector de l'album qui, en plus de proposer un DVD avec des trucs dedans (trois titres live, une vidéo de la répét de A Soldier's Tale, et une interview) histoire de justifier son prix, a un packaging tout en "beau carton qui sent bon le vieux". Ouaip, vous vous en foutez sûrement, mais pour moi ce sont ces petits détails qui font la différence. Le tout est parsemé de dessins de Simonon ou Albarn, l'ensemble formant une continuité avec l'univers mis en place par l'album.
    En bref, on a donc un excellent album comme on en fait peu maintenant, avec une vraie âme et un savoir-faire sans pareil. Damon Albarn frappe encore un grand coup pour son nouveau projet, quittant la pop pour un rock alternatif mélodieux. Lui et ses amis nous offrent un bijou de sensiblilité, de beauté, de classe brute, qui ne laisse apprécier et ne révèle ses différents arômes que si on prend le temps de s'en occuper, de le bichonner.


  The Good, The Bad & The Queen, album de... The Good, The Bad & The Queen, sortie le 22 janvier 2007 (Parlophone).