Nous sommes au tout début du XXème siècle, à Vienne. A cette époque, un illusioniste du nom d'Eisenheim gravit peu à peu les marches de la célébrité, jusqu'à devenir une vraie star locale. Mais ses prestations ne passent pas inaperçues : il va vite se trouver un ennemi en la personne du Prince héritier Léopold, qui charge alors l'inspecteur Uhl (ça c'est du nom ridicule, où je m'y connais pas) d'enquêter sur l'illusioniste. Et puis, pour ne rien arranger, Eisenheim entretient une relation plus ou moins cachée avec la compagne du futur Prince, Sophie von Teschen, les deux amoureux se connaissant depuis leur plus tendre enfance.
    Voilà grosso modo le topo concernant The Illusionist, le film de Neil Burger. Alors que l'on pourrait croire aux premiers abords qu'il s'agit d'un film proche de l'excellentissime The Prestige de Christopher Nolan, il n'en est finalement rien, poil aux mains. Alors, oui, évidemment, les deux films parlent de magiciens régnant dans un monde rappelant furieusement l'époque victorienne. Mais, là où Nolan peignait les portraits de deux rivaux s'entredéchirant, Burger (marrant, ce nom) se focalise ici sur un seul personnage et ses relations avec le gouvernement.
    Ce personnage est bien évidemment Herr Eisenheim, joué par Edward Norton, le meilleur acteur du monde entier (et qui est d'ailleurs la raison principale pour laquelle je suis allé voir ce film, en fait). Eisenheim est un personnage torturé, énigmatique à un point pathologique, et Norton y amène une aura sombre, malsaine, démesurément psychopathe. Génial.

    Il sera confronté à toute une galerie de personnages tout aussi intéressant, à commencer par le chef de la Police locale, joué par l'excellent Paul Giamatti (la deuxième raison), que l'on avait croisé il y a peu en compagnie d'une Jeune Fille ennuyeuse, au bord d'une piscine. Il joue à merveille ce personnage multi-facette, obligé de faire son travail mais possédant une conscience l'obligeant à se poser des questions. Il va donc enquêter sur Eisenheim et sa relation avec la future Princesse, incarnée par la très belle mais très fade Jessica Biel.
    Tout cela nous fournit un scénario passionant, les faux-semblants et les rebondissements étant monnaie courante dans cet univers de presdi... prestigiti... de magie. Tout n'est pas forcément ce qu'il paraît être, et le scénario joue à merveille sur cet aspect. Ainsi, sans atteindre la finesse et l'intelligence de The Prestige (ah ben je suis bien obligé de les comparer), The Illusionist est passionant du début à la fin. Le petit monde de la magie va vite se retrouver emmelé à de sombres machinations politiques, la barrière entre le surnaturel et le réel étant vite floue.
    Mais, au lieu de nous expliquer tout le coté mécanique de la magie, fait de contre-poids, rouages et autres mécanismes, le réalisateur joue plus sur l'aspect « inexplicable » et paranormal, car il ne faut pas oublier que Eisenheim est un illusioniste au sens strict du terme, pas un magicien faisant apparaître des lapins dans un chapeau melon. Notre bonhomme fait disparaitre des montagnes, fait parler les morts, et encore tout un tas de trucs droles... Mais ne couche pas avec Claudia Schiffer, par contre.

    On flirte donc constamment avec la magie telle qu'on la retrouve dans les contes, faite de phénomènes « dépassant l'entendement » comme ils disent dans les cirques au moment où un homme en costume moulant s'amuse à jongler, debout sur un cheval. Mais l'ambiance victorienne et les troubles d'Einsenheim nous ramène bien vite à la réalité, et toute sa cruauté. The Prestige et The Illusionist ont donc ça en commun : une volonté de démystifier le monde de la magie (mais avec respect), quitte à faire couler du sang.
    Pour conclure, et parce qu'il faut bien que cet article se finisse un jour, on peut donc dire (en tout cas moi je le dis, j'ai pas peur !) que le film de Neil Burger est un très bon film, même s'il n'atteint pas l'excellence de celui de Christopher Nolan. Là où ce dernier nous emmenait une splendide broderie surréelle, le script jouant toujours avec une finesse inouïe entre les flash-backs et les retournements de situations, The Illusionist est beaucoup plus linéaire, jouant plus sur la carte du twist final expliquant tout le film, à la manière d'un Shyamalan.
    L'effet de surprise est donc absent, étant donné que le spectateur s'attend à une fin de ce genre, mais ce final n'en est pas moins intelligent et clot avec beauté un film qui mérite le déplacement, porté par un Edward Norton toujours aussi classe.



The Illusionist, film de Neil Burger, sortie le 17 janvier 2007.