"I want to boldly go... Oui, j'ai vraiment énormément d'appréhension pour les séries catapultées "show évènement" du jour au lendemain. Il faut dire que la dernière série ayant profité de ce phénomène fut Lost, une série bien pérave. Pour Heroes, ça partait au moins aussi mal, étant donné le scénario en lui-même dans un premier temps, qui ne brille pas particulièrement par son originalité : au quatre coin du globe (sic), plusieurs individus apparemment normaux se voient dotés de pouvoirs extraordinaires. Bon sang, quelle puissance d'esprit ! L'un aura la capacité de voler, l'autre de voir l'avenir, l'autre de manipuler le temps, une autre se prend pour Wolverine (comprenez qu'elle est capable de régénération cellulaire)... Toute une galerie de personnages, que l'on découvre au fur et à mesure de l'histoire.
    La série se veut donc bel et bien ancrée dans le monde réel, malgré des personnages hors-du-commun. Il est bien loin le temps où les super-héros se baladent en costumes bleu et rouge avec leur slip sur leur pantalon, fracassant du chauve à outrance. Désormais, psychose et dramatisation américaines obligent, les super héros sont des drogués, des aliénés,... Des torturés dans tous les cas, qu'ils en soient conscients ou non. De ce fait, et même si le scénario met en jeu une apocalypse pas piquée des hannetons, la série se focalisera souvent sur les relations entre les Heroes et leurs pouvoirs qu'ils doivent maitriser. Les protagonistes sont en effet ancrés dans un état d'esprit inhibant toute intrusion du "paranormal", les obligeant à douter de leurs pouvoirs. Les quelques personnes conscientes de leurs facultés passent de ce fait pour des naïfs, à l'image de ce geek japonais fan de Star Trek.
    Bref, contrairement au sémillant Peter Parker (ah Spiderman, ça c'est un vrai super-héros, madame !), nos amis - pour la plupart - se cognent totalement des grandes responsabilités devant normalement incomber à un grand pouvoir. Nous suivrons donc Peter Petrelli (le "personnage principal", si tant est qu'il y en ait un) dans ses déboires avec son frère, Nathan, homme politique au coeur de pierre ; Claire Bennet, pom-pom girl, et encore énormément de personnages, dans des aventures permettant souvent des chassés-croisés entre chaque protagoniste.



    ...where no man... Malheureusement, les nombreux personnages sont justement l'un des points noirs de la série. Comme dans Lost (hé oui), on a très souvent l'impression d'une histoire décousue, les scénaristes jonglant entre des évènements cruciaux et d'autres sans aucun intérêt. Ainsi, tandis que tout semble se mettre en place dans les deux ou trois premiers épisodes, avec le méchant Sylar qui nous est présenté, l'histoire ne décolle véritablement qu'au septième voire huitième épisode, Sylar ayant décidé d'aller bronzer au club med pendant les épisodes 3 à 8. On prend donc énormément de temps à rentrer dans l'histoire (enfin, je parle pour moi... J'ai lu qu'énormément de personnes sont devenues accrocs après seulement quelques épisodes, il faudra m'expliquer), les scénaristes n'ayant pas trop l'air de savoir comment et quand tout mettre en relation.
    Par contre, lorsque le scénario se décide enfin à se bouger, on a vraiment une série de qualité, à l'intrigue palpitante et un rythme soutenu très agréable. C'est à ce moment-là qu'on entrevoit vraiment les qualités des auteurs, avec des histoires entremelant efficacement tous les personnages, chacun étant lié à l'autre, de par leurs incroyables facultés. On se dit donc que les déboires du début de la saison étaient dûes à la volonté de poser l'univers, pour mieux lancer l'intrigue... Je l'espère, en tout cas.
    Malgré tout, la surenchère de cliffhangers dont nous avons droit systématiquement droit (tiens, encore un point commun avec Lost...) est particulièrement frustrante, tous les épisodes se finissant sur un "to be continued" plus lassant que fidélisant. En découle le sentiment d'un déroulement saccadé de l'histoire, les révélations se faisant au compte-goutte, tandis que de nouvelles interrogations pointent le bout de leur petit nez fourbe.



    ...has gone before !" Mais enfin, Heroes reste tout de même une bonne série, même si elle est loin d'accéder au titre de série culte qu'on lui avait prédit. Tout d'abord, le coté comic-book assumé est très plaisant à voir (même si on ne le retrouve pas dans la réalisation, comme Ang Lee avait pu le faire avec Hulk), le site officiel du show proposant même de télécharger régulièrement des comics online servant à développer son univers. En voilà une très bonne idée, les comics paraissant d'ailleurs d'assez bonne qualité, bien que je ne sois pas non plus un spécialiste des comics, mes seules possessions étant pas mal de Spiderman et de Neil Gaiman.
    La psychologie des personnages est également bien développée, même si certains sont beaucoup plus charismatiques que d'autres (Hiro le voyageur dans le temps et Isaac le prophète toxicomane sont excellents). En tout cas, le coté "patchwork" de l'ensemble est vraiment passionant, chaque personnage commençant seul l'aventure, mais comprenant bien vite qu'il y en a "d'autres comme lui", et qu'il va devoir compter sur eux s'il veut pouvoir stopper l'apocalypse se préparant (je ne vous en dis pas plus, petits sagouins). De ce coté-ci, on est loin de Lost et de ces personnages se croisant quelquefois sans aucune raison, si ce n'est de faire réagir les fanboys sur leurs forums. Dans Heroes, chacun est lié à l'autre parce qu'il a besoin de lui, parce qu'ils doivent absolument agir ensemble s'ils veulent espérer changer le cours des choses.
    Bref, comme vous avez pu le voir, mes avis sont plutôt partagés à propos de Heroes : possédant un potentiel énorme, il ne reste plus qu'aux auteurs de savoir bien l'utiliser, ce qu'ils n'ont pas toujours bien fait jusqu'à présent. Espérons seulement que la qualité montant crescendo depuis les épisodes 7-8 reste au rendez-vous, et que cette série ne suive pas le même destin que Lost, c'est-à-dire un gros gachis télévisuel. On verra bien, comme le disait Marie Ingalls.


Heroes, série de Tim Kring, actuellement sur NBC et en septembre 2007 sur TF1.