La Liste de Schindler, de Steven Spielberg
Par Anansi le mardi 22 août 2006, 17:58 - Canard sur canapé - Lien permanent
Nature morte. Et l'humanité avec elle. Tableau monochrome d'un peintre dérangé. Instant raconté d'une horreur conditionnée. Bienvenue chez vous, bienvenue chez moi. Armageddon planétaire, bienvenue sur Terre.
La Liste de Schindler
est un film exceptionnel. Voilà, au moins on est fixés dès le
début, tant pis pour le suspens. Non pas qu'il soit récent : 1993, ça remonte
quand même. Mais voilà, après l'avoir vu, je n'ai pas pu m'empêcher de faire un
article. Disons qu'il fait partie d'une rubrique "Nostalgie"... Car, oui, ce
film est exceptionnel. Prenant comme base la Shoah pendant la deuxième guerre
mondiale (le massacre des juifs par l'Allemagne nazie), il raconte l'histoire
vraie d'Oskar Schindler (joué par le formidable Liam Neeson), un
industriel allemand qui a réussi à sauver près de 1200 Juifs promis à la mort
dans le camps de concentration de Plaszow, sans pour autant occulter les
travers du personnage un peu ambigu et cherchant à tirer un profit matériel de
la situation. Car, oui, Schindler n'était pas un ange : ce qu'il veut avant
tout, c'est faire prospérer son entreprise de fabrication de batteries de
cuisine, et cherche seulement à se faire de l'argent. Ainsi, le film se
focalise sur ce personnage énigmatique, et Spielberg a choisi délibérément de
montrer les atrocités de la Shoah en prenant comme point d'observation un
allemand, plutôt que les victimes. Ni témoignage faussement lacrymal, ni
documentaire austère, La Liste De Schindler est une merveille du
cinéma, qui nous montre les atrocités de la guerre sans exagérer : il n'en fait
jamais trop, et cela rend la résultat encore plus choquant. C'est donc Oskar
Schindler qui va servir de point d'ancrage à l'humanité, et Spielberg pousse le
téléspectateur à s'identifier à ce personnage troublant, et le forcer à
ressentir les mêmes émotions face à la tragédie se jouant en face de ses yeux,
c'est-à-dire le génocide.
Celui qui sauve une vie... C'est donc une vraie réflexion métaphysique que nous fait poser Spielberg, en nous obligeant à être les témoins de ces massacres juifs, pour que l'on se positionne par rapport à cela. Que l'on se révolte. Et puis, vient implacablement ce sentiment d'impuissance face à l'ampleur du phénomène : que faire ? Comment agir pour le bien de tous ? Car, sauver une vie reviendrait à choisir celle-là plutôt qu'une autre... Inégalité, injustice, frustration. Pourquoi certains mériteraient plus de survivre que d'autres ? Parce qu'ils sont essentiels ? Essentiels à quoi ? A qui ? Autant de questions que l'on se pose, que Schindler s'est posé. Comme si la survie de l'humanité entière se jouait sur la réponse à une simple question, à une simple partie de dés. Et ce cheminement est autrement plus efficace que si le réalisateur nous avait gratifié d'une histoire tragique à propos d'une victime parmi les millions que firent les nazis. Non, ici, ce n'est pas l'histoire d'une âme torturée au milieu des autres : on contemple le génocide dans son ensemble, l'horreur dans son unilatéralité assassine. Et là tout est dit. Oui, dites-vous-le, La Liste de Schindler est un film qui vous choquera, et vous n'en ressortirez pas indemne. Ce n'est pas de la compassion gratuite que distille la pellicule, c'est du dégout pour l'humanité toute entière. Ce dégout acidifié, qui ronge la vie pour se blottir contre les coeurs des Hommes. Et en cela, on ne peut qu'admirer le talent du réalisateur, qui a de ce fait réussi son pari.
L'innocence est invincible. Le choix de tourner le film en noir et blanc, s'il permet un certain recul par rapport aux violence des images, n'en diminue pas moins l'intensité des émotions provoquées. C'est justement ce monochrome permanent qui ajoute de la crédibilité à l'ensemble, et qui nous rappelle toute la tristesse d'un monde en guerre. Tout est gris, comme si toutes les couleurs de la vie avaient disparu de la surface de la Terre, pour n'en laisser que la misère, la mort et la destruction. Etrange, étrange sensation. Malgré tout, du bon reste sur cette Terre... Et cette étincelle de vie, c'est une petite fillette avec un manteau rouge qui l'apportera : tout n'est pas perdu, tout espoir n'est pas encore annihilé. Une petite fille qui ne fait que passer, qui n'est qu'un détail parmi tant d'autres. Mais elle est là, et c'est le plus important. Cette petite vie frêle, innocente, qui n'est pas encore touchée par l'amoralité d'une guerre sans merci. Comme s'il fallait montrer que la guerre n'avait pas encore tout ravagée, parce qu'il restait cette étincelle de vie innocente, qui ne demandait qu'à s'épanouir. Cache-toi petite fleur de sang, ne te fais pas voir. Et cette enfant sera là pour assister à l'horreur, dans une oeuvre bouleversante qui restera à jamais gravée dans les mémoires. L'auteur n'utilise pas l'horreur pour faire du cinéma ; il utilise le cinéma pour dénoncer l'horreur d'une humanité deshumanisée.
La Liste de Schindler, disponible en DVD.
Celui qui sauve une vie... C'est donc une vraie réflexion métaphysique que nous fait poser Spielberg, en nous obligeant à être les témoins de ces massacres juifs, pour que l'on se positionne par rapport à cela. Que l'on se révolte. Et puis, vient implacablement ce sentiment d'impuissance face à l'ampleur du phénomène : que faire ? Comment agir pour le bien de tous ? Car, sauver une vie reviendrait à choisir celle-là plutôt qu'une autre... Inégalité, injustice, frustration. Pourquoi certains mériteraient plus de survivre que d'autres ? Parce qu'ils sont essentiels ? Essentiels à quoi ? A qui ? Autant de questions que l'on se pose, que Schindler s'est posé. Comme si la survie de l'humanité entière se jouait sur la réponse à une simple question, à une simple partie de dés. Et ce cheminement est autrement plus efficace que si le réalisateur nous avait gratifié d'une histoire tragique à propos d'une victime parmi les millions que firent les nazis. Non, ici, ce n'est pas l'histoire d'une âme torturée au milieu des autres : on contemple le génocide dans son ensemble, l'horreur dans son unilatéralité assassine. Et là tout est dit. Oui, dites-vous-le, La Liste de Schindler est un film qui vous choquera, et vous n'en ressortirez pas indemne. Ce n'est pas de la compassion gratuite que distille la pellicule, c'est du dégout pour l'humanité toute entière. Ce dégout acidifié, qui ronge la vie pour se blottir contre les coeurs des Hommes. Et en cela, on ne peut qu'admirer le talent du réalisateur, qui a de ce fait réussi son pari.
L'innocence est invincible. Le choix de tourner le film en noir et blanc, s'il permet un certain recul par rapport aux violence des images, n'en diminue pas moins l'intensité des émotions provoquées. C'est justement ce monochrome permanent qui ajoute de la crédibilité à l'ensemble, et qui nous rappelle toute la tristesse d'un monde en guerre. Tout est gris, comme si toutes les couleurs de la vie avaient disparu de la surface de la Terre, pour n'en laisser que la misère, la mort et la destruction. Etrange, étrange sensation. Malgré tout, du bon reste sur cette Terre... Et cette étincelle de vie, c'est une petite fillette avec un manteau rouge qui l'apportera : tout n'est pas perdu, tout espoir n'est pas encore annihilé. Une petite fille qui ne fait que passer, qui n'est qu'un détail parmi tant d'autres. Mais elle est là, et c'est le plus important. Cette petite vie frêle, innocente, qui n'est pas encore touchée par l'amoralité d'une guerre sans merci. Comme s'il fallait montrer que la guerre n'avait pas encore tout ravagée, parce qu'il restait cette étincelle de vie innocente, qui ne demandait qu'à s'épanouir. Cache-toi petite fleur de sang, ne te fais pas voir. Et cette enfant sera là pour assister à l'horreur, dans une oeuvre bouleversante qui restera à jamais gravée dans les mémoires. L'auteur n'utilise pas l'horreur pour faire du cinéma ; il utilise le cinéma pour dénoncer l'horreur d'une humanité deshumanisée.
La Liste de Schindler, disponible en DVD.

Commentaires
Quelle histoire. Quel film.
Impressionnant, touchant, bouleversant.
Je retenais mes larmes pendant tout le film, j'en avais mal à la gorge... j'ai craqué plusieurs fois.
L'histoire, si vrai.
La musique, si belle, si triste, si touchante dans cette horreur.
La folie de Schindler à la fin, qui dit qu'il aurai pu acheté une vie, avec... un badge. Quelle misère.
Quelle horreur, cette guerre, quel massacre.